Raconte-moi un auteur : Mélanie Tellier

Quel est votre rituel d’écriture ? Avec quel auteur prendriez-vous le thé ? Quel est l’ouvrage qui vous a marqué ? L’actualité a demandé aux finalistes des Prix littéraires du Gouverneur général de parler de leur métier… et de ce qui les inspire. Mélanie Tellier, finaliste dans la catégorie «Littérature jeunesse — Texte», s’est prêtée à l’exercice.

melanie-tellier
Mélanie Tellier (photo : Alexandra Bolduc)

Mélanie Tellier est finaliste aux Prix littéraires du Gouverneur général 2014 dans la catégorie «Littérature jeunesse — Texte» pour Fiona (Marchand de feuilles).

1446751-gf

Comment est né le désir d’écrire chez vous ?

Mon père pensait qu’il était un peu amérindien. Il portait un collier en dents de caribou et se promenait dans la forêt pieds nus tout l’été. Une épaisse couche de gomme de sapin se formait sous ses pieds.

J’ai donc été élevée dans la forêt à cueillir des bleuets et des mûres sauvages, car mes parents vivaient un retour à la terre et prônaient des valeurs naturelles. Mes frères et moi étions réfractaires et préférions la vie en ville. Mon frère souhaitait obtenir un Nintendo pour Noël, mais il a obtenu un «kit» pour se construire un fumoir à truite avec des branches de sapin. Je voulais aller faire du shopping pour des robes, mais ma mère m’amenait dessiner les champignons sauvages que l’on trouvait dans la forêt.

Dans cet univers-là, tout ce que nous avions, c’était des livres. C’est là que j’ai commencé à écrire en dessinant une tête de violon dans un calepin et en notant l’effet que cela me faisait de la voir naître au printemps.

Quel est votre rituel d’écriture ?

J’écris tout le temps, à toute heure du jour, même en marchant dans la rue, même dans le noir, la nuit, quand je suis dans mon lit et que je me réveille et que je dois absolument noter une idée, sinon je vais la perdre.

J’écris à la main, dans des cahiers en papier japonais imprimés à la main, selon la technique chiyogami. Avec des crayons que je trouve au moment de mes voyages. En ce moment, j’ai une boîte de 12 crayons en graphite Palomino faits au Japon, que je compte aiguiser et user à la corde, tant ils écrivent doucement.

Un ouvrage particulièrement marquant pour vous ?

La première fois que j’ai embrassé un garçon que j’aimais, j’ai pensé à Marguerite Duras. J’ai pensé à son livre L’Amant et je me suis dit que ce que je venais de vivre n’était pas à la hauteur de ce que j’avais lu dans ce fabuleux roman. Dès que j’ai eu 18 ans, je suis partie au Viêt Nam pour vérifier comment ce serait si j’embrassais un garçon là-bas, si ce serait aussi puissant que ce que j’avais lu dans le roman.

Qu’est-ce qui vous inspire ?

En ce moment, ce sont les larmes d’Apaches petites obsidiennes que j’ai trouvées dans un village navajo ; le désert de gypse de White Sands, et les cœurs brisés.

Deux auteurs (québécois et étranger) avec qui vous prendriez le thé ?

Réjean Ducharme, car j’aime les choses impossibles. Salman Rushdie, car il n’y a pas de plus beau livre que The Ground Beneath Her Feet.

D’après vous, quelle est l’idée la plus fausse qu’on puisse se faire au sujet d’un écrivain ?

Qu’il est capable de parler de son travail.

Qu’est-ce que cela vous fait de voir votre travail remarqué par les Prix littéraires du Gouverneur général ?

Ma grand-mère est née à Londres et elle était anglicane. Elle avait un scrapbook dans lequel elle collait des articles de presse en lien avec Elizabeth II. Être finaliste pour un Prix du Gouverneur général me fait sourire et penser à ma grand-mère.

Un thème à aborder dans une prochaine œuvre ?

La route des turquoises au Nouveau-Mexique.

Quel est l’avenir du livre, selon vous ?

Je vais citer l’écrivain Ray Bradbury, qui s’est fait demander ce qu’il pensait des livres numériques.

Interviewer :
«Que pensez-vous des livres numériques ?»

Bradbury :
«Ce ne sont pas des livres. Vous ne pouvez pas tenir un ordinateur entre vos mains comme vous tenez un livre. Un ordinateur ne sent rien. Un livre a deux odeurs possibles. S’il est neuf, il sent bon. S’il est vieux, il sent encore meilleur. Il sent l’Égypte ancienne. Un livre doit sentir quelque chose. Vous devez le tenir entre vos mains et lui adresser votre prière. Vous le mettez dans votre poche et vous marchez avec lui. Il reste avec vous pour toujours. Mais l’ordinateur ne fait pas cela. Je suis désolé.»

* * *

Les Prix littéraires du Gouverneur général sont administrés et financés par le Conseil des arts du Canada.

Dans la même catégorie
Boutique Voir & L'actualité

Obtenez jusqu’à 40% de plus pour votre prochaine sortie

2 commentaires
Les commentaires sont fermés.