Raconte-moi un auteur : Michael Delisle

Quel est votre rituel d’écriture ? Avec quel auteur prendriez-vous le thé ? Quel est l’ouvrage qui vous a marqué ? L’actualité a demandé aux finalistes des Prix littéraires du Gouverneur général de parler de leur métier… et de ce qui les inspire. Michael Delisle, finaliste dans la catégorie «Romans et nouvelles», s’est prêté à l’exercice.

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Michael Delisle (photo : © Martine Doyon)

Michael Delisle est finaliste aux Prix littéraires du Gouverneur général 2014 dans la catégorie «Romans et nouvelles» pour Le feu de mon père (Les Éditions du Boréal).

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Comment est né le désir d’écrire chez vous ?

Je suis un artisan solitaire. L’écriture est une façon de meubler ma solitude, de la structurer aussi, et finalement de lui donner une apparence de vocation. Rien ne me donne davantage de légitimité que le sentiment d’avoir bien travaillé sur un texte. Rien.

Quel est votre rituel d’écriture ?

J’écris pendant mes vacances. Au lever, j’écris mon journal, qui comprend un volet «récits de rêves». Mon journal redit les mêmes angoisses depuis 30 ans. Ces narrations sont une sorte de réchauffement avant de passer à la fiction. C’est mon jogging.

Un ouvrage particulièrement marquant pour vous ?

Plusieurs livres m’ont donné envie d’écrire. Ceux de Joan Didion, Benoit Jutras, Richard Yates, Kenzaburo Ôé, William Carlos Williams… Autrement, il m’arrive de lire, au hasard de l’œuvre d’Anne Hébert ou de Toni Morrison, des passages qui me redonnent foi en l’écriture par la musique des phrases.

Qu’est-ce qui vous inspire ?

Mes révoltes. Tout ce que j’ai l’impression d’être seul à voir. Le silence qui banalise ce qui est criant. 

Deux auteurs (québécois et étranger) avec qui vous prendriez le thé ?

Du thé ? Je n’ai pas ce genre de fantasme. Mais je n’aurais pas dit non à une brosse avec Marguerite Duras ou, de ce côté-ci, Réjean Ducharme…

D’après vous, quelle est l’idée la plus fausse qu’on puisse se faire au sujet d’un écrivain ?

Tous les clichés reliés à l’inspiration. Il n’est pas assez dit à quel point l’écriture est un travail.

Qu’est-ce que cela vous fait de voir votre travail remarqué par les Prix littéraires du Gouverneur général ?

Je suis étonné. Et puis je suis content pour le livre, qui va prolonger sa vie sur les présentoirs.

Un thème à aborder dans une prochaine œuvre ?

Je suis fasciné par les artistes qui abandonnent leur œuvre. Pour moi, ce thème est formidable, et un écrivain a le devoir de regarder en face ce qui le terrifie.

Quel est l’avenir du livre, selon vous ? 

Lire est une activité. Il n’y a rien de passif dans la recréation des univers par le lecteur. Le livre est menacé par tout ce qui encourage la passivité végétative.

Votre relation avec vos lecteurs ?

Je ne pense jamais aux lecteurs quand j’écris. Je suis un peu déconcerté quand je les rencontre.

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Les Prix littéraires du Gouverneur général sont administrés et financés par le Conseil des arts du Canada.

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