Raconte-moi un auteur: Patrick Doyon

Lauréat des Prix du Gouverneur général, l’illustrateur Patrick Doyon rêve d’avoir un grand studio et les moyens d’offrir des bourses de résidence à des artistes.

Patrick Doyon (Photo: Ariane Pelletier)
Patrick Doyon (Photo: Ariane Pelletier)

Quel est votre rituel d’écriture? Quels sont vos rêves les plus fous? L’actualité a demandé aux finalistes des Prix littéraires du Gouverneur Général de parler de leur métier. Toutes les entrevues de la série «Raconte-moi un auteur» sont accessibles ici.

Patrick Doyon est lauréat des Prix littéraires du Gouverneur général pour le livre jeunesse Le voleur de sandwichs (Éditions La Pastèque), dont il est l’illustrateur et dont André Marois signe le texte.

L’étincelle

Comment est né votre désir d’écrire, de créer? Des souvenirs d’enfance précis?

Aussi bizarrement que cela puisse paraître, je crois que les jeux vidéos ont fortement contribué à mon désir de créer. Jeune, j’étais un passionné de jeux vidéos (Commodore64, NES) et je passais plusieurs heures à y jouer. Comme les personnages étaient généralement représentés par très peu de pixels, il fallait parfois faire preuve d’imagination pour embarquer dans l’univers proposé. Ce n’est pas pour rien que les livrets d’instruction étaient remplis d’illustrations (que j’aimais bien regarder, par ailleurs).

Je me rappelle avoir dessiné un niveau entier d’un jeu qui ressemblait beaucoup trop à Super Mario Bros. Mais comme je n’avais aucune espèce d’idée de la façon dont on pouvait réaliser un jeu vidéo, j’ai rapidement abandonné cette lubie. Par contre, l’envie de dessiner et de créer est demeurée.

Le rituel

Où et quand vous installez-vous pour écrire, pour créer? À quoi ressemble votre espace de travail? Thé, café, boissons, objets fétiches?

J’ai déjà fait l’expérience d’avoir un bureau à la maison et je me suis rapidement aperçu que ce n’était pas pour moi. L’envie de faire une brassée de linge sale ou de ramasser la vaisselle était toujours trop forte (et l’idée de passer ces journées entières à la maison est assez déprimante). Depuis maintenant sept ans, j’ai un atelier à l’extérieur que j’ai partagé avec différents collègues (illustrateurs, cinéaste, photographe, musicien) au fil du temps. Comme j’ai une façon dispersée de fonctionner, j’ai trois tables (dont une pour le matériel informatique) sur lesquelles je peux plancher sur des projets différents au même moment: c’est ma manière de séparer physiquement des projets qui occupent un même espace mental.

L’ouvrage

Quel est le livre qui vous a marqué, qui a changé votre vie? Pourquoi?

Le réducteur de vitesse de Christophe Blain. L’intrigue est un huis-clos qui se déroule sur Le Belliqueux, un cuirassé à la recherche d’un sous-marin ennemi. Pour moi, cette bande dessinée est non seulement une réussite, tant sur le plan narratif (menace de guerre, acte de sabotage, personnages principaux denses) que sur le plan graphique (les dessins de Blain possèdent une vivacité que je jalouse), mais sa lecture correspond à peu près à mon arrivée à Montréal (je viens du Lac-Saint-Jean, de Desbiens plus précisément). C’est à cette époque que j’ai découvert toute une série d’auteurs qui avaient un désir d’écrire de la bande dessinée pour un public adulte. Pour moi qui connaissais à peine Spirou et Fantasio et Tintin, ce fut toute une révélation de lire Joann Sfar, Lewis Trondheim, David B., Marjane Sartrapi et compagnie (en fait, la plupart des auteurs publiés par la maison d’édition française L’Association).

Le projet

Quel est votre prochain projet littéraire? Le ou les thèmes que vous prévoyez aborder?

Je planche présentement sur un projet de livre jeunesse sur lequel je serais à la fois auteur et illustrateur. Il est probablement trop tôt pour donner plus de détails mais disons simplement que de remplir ces deux rôles sur un même projet littéraire est une ambition que je caresse depuis quelque temps déjà (d’autant plus que beaucoup de livres jeunesse que j’admire sont le fruit du travail d’une seule personne). Autrement, je travaille sur la suite du Voleur de sandwichs: ce sera encore une enquête avec Marin et ses copains, où il y sera question, cette fois, d’un gâteau empoisonné. À suivre…

Le rêve

Vos rêves les plus fous! Pour le monde de la littérature (l’avenir du livre, par exemple), pour la société, pour votre entourage, pour les arts…

Le temps est un luxe que les artistes peuvent difficilement s’offrir. Pour cette raison, mon rêve le plus fou serait d’avoir un studio plus grand et d’avoir les moyens d’offrir des bourses de résidence à des artistes (nationaux ou internationaux) dans les domaines de la bande dessinée, du livre jeunesse et du cinéma d’animation. Les artistes invité(e)s pourraient ainsi se consacrer pendant plusieurs semaines à la recherche et la création d’une œuvre (livre, film, expositions, etc.) tout en partageant leur connaissance et leurs expériences avec la communauté artistique montréalaise.

Toutes les entrevues de la série «Raconte-moi un auteur» sont accessibles ici.


Les Prix littéraires du Gouverneur général sont administrés et financés par le Conseil des arts du Canada.

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