Raconte-moi un auteur : Patrick Isabelle

Quel est votre rituel d’écriture ? Avec quel auteur prendriez-vous le thé ? Quel est l’ouvrage qui vous a marqué ? L’actualité a demandé aux finalistes des Prix littéraires du Gouverneur général de parler de leur métier… et de ce qui les inspire. Patrick Isabelle, finaliste dans la catégorie «Littérature jeunesse — Texte», s’est prêté à l’exercice.

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Patrick Isabelle (photo : Agnès Lalonde)

Patrick Isabelle est finaliste aux Prix littéraires du Gouverneur général 2014 dans la catégorie «Littérature jeunesse — Texte» pour Eux (Leméac Éditeur).

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Comment est né le désir d’écrire chez vous ?

Ayant fréquenté une école alternative au primaire, j’ai été encouragé très jeune à explorer la création. Avec l’amour des livres déjà bien ancré en moi, grâce à mes parents, le déclic s’est fait de lui-même et, rapidement, je me suis mis à écrire des histoires.

J’ai écrit mon premier «vrai» roman à l’âge de 11 ans. C’était un pastiche, pas très réussi d’ailleurs, d’un roman de style «Frisson» — une collection très populaire à l’époque —, publié par Héritage. J’avais apporté le manuscrit dans ma classe, à l’école, et mon professeur de l’époque, impressionné, l’avait fait lire à toute la classe. C’est à partir de ce moment-là que le désir d’être écrivain est réellement né.

Quel est votre rituel d’écriture ?

Je peux écrire en tout temps, pourvu que je sois seul et relativement isolé. Quand je peux me le permettre, c’est le matin, au réveil, que je préfère écrire. Armé d’un café, je m’installe dans mon bureau, devant mon ordinateur, je pose mes écouteurs sur mes oreilles, je me sélectionne une liste de lecture appropriée… et j’écris. La tête reposée, sans soucis, sans souvenir immédiat, je peux m’immerger facilement dans mon récit, et mes doigts partent d’eux-mêmes sur le clavier.

Je crée encore plus facilement sous pression. Les dates d’échéance sont mes alliées. Quelque chose dans l’urgence me pousse à écrire mieux. C’est comme un marathon. Je garde le rythme, je me concentre sur la fin et j’avance dans le roman.

Un ouvrage particulièrement marquant pour vous ?

Impossible de n’en nommer qu’un. Le mystère du lac Carré, de Sylvie Desrosiers, m’a profondément marqué quand j’étais petit. C’est probablement la première fois que je prenais conscience du métier d’écrivain. J’étais fasciné par elle, par ses livres, et je me suis mis à être «fan» et à tout lire ce qu’elle avait publié.

La série Alexis, d’Yvon Brochu, m’a indéniablement marqué. À l’aube de l’adolescence, je me suis identifié profondément au personnage et j’ai eu l’impression que l’auteur de ces lignes s’adressait à moi directement. C’était vertigineux.

Plusieurs œuvres ont marqué mon parcours, mais sans la littérature jeunesse à laquelle j’ai été exposé, je ne serais pas devenu le lecteur, ni l’auteur que je suis aujourd’hui.

Qu’est-ce qui vous inspire ?

Je puise mon inspiration dans les émotions, dans la nature humaine. J’observe beaucoup les autres, je m’abreuve de leurs histoires, de leurs vécus. Ce sont les personnages qui me viennent souvent en premier ; ils sont la base de mon écriture. Les autres m’inspirent. Le reste va de soi.

Deux auteurs (québécois et étranger) avec qui vous prendriez le thé ?

Avec Réjean Ducharme… pour comprendre comment, après avoir entamé un œuvre aussi magistrale, il a pu se terrer dans l’anonymat. Je voudrais connaître cet homme, ce qui l’a poussé à écrire, puis à arrêter. Savoir ses lectures, ses pensées, ses inspirations… Tenter de le convaincre de recommencer.

Avec John Irving. Cet homme-là me fascine. Je suis un admirateur de son œuvre. Encore aujourd’hui, je peux reprendre The Hotel New Hampshire et le relire dans son entièreté. J’en ressors toujours ébloui et déçu de devoir quitter cet univers particulier. Je voudrais parler de création avec lui, d’écriture et de lecture. De sport. De blessures. En plus, il a une maison magnifique et il adore la cuisine. Nous deviendrions bons amis et je pourrais me vanter de côtoyer l’un des plus grand auteurs américains de sa génération !

D’après vous, quelle est l’idée la plus fausse qu’on puisse se faire au sujet d’un écrivain ?

Il y en a deux.

Qu’écrire est facile pour nous. Les gens sous-estiment souvent tout le travail qu’il y a derrière un roman.

Que c’est payant. Le gens croient que, parce qu’un livre est en vente dans une librairie, assurément, nous en retirons un énorme profit.

Qu’est-ce que cela vous fait de voir votre travail remarqué par les Prix littéraires du Gouverneur général ?

Un choc. Un honneur. Quand j’ai écris Eux, j’étais très loin de m’imaginer qu’un an plus tard, mon petit roman se retrouverait finaliste d’un prix aussi prestigieux. J’en suis au tout début de ma carrière. C’est une tape dans le dos, un énorme encouragement à continuer. Je le prends avec beaucoup d’humilité et de consternation.

Un thème à aborder dans une prochaine œuvre ?

La violence familiale, le gangstérisme, la pauvreté et la violence, toujours.

Quel est l’avenir du livre, selon vous ?

Je ne crois pas à la disparition du livre. Au contraire, je crois qu’avec l’avènement des médias sociaux, on en parle davantage. Les médias de masse font de moins en moins de place à la culture en général, encore moins aux livres. Mais tant qu’il y aura des lecteurs et qu’ils réussiront à partager leurs lectures, le livre survivra, d’une manière ou d’une autre. On est loin de la crise numérique que vit l’industrie du disque, par exemple.

Je connais peu de gens qui consomment leur littérature numériquement. L’objet restera toujours, pour les enfants surtout, une source de curiosité, et jamais on ne pourra remplacer l’odeur de l’encre et du papier. Je suis optimiste, voire romantique. Mais j’y crois.

Votre relation avec vos lecteurs ?

Aller à la rencontre de mes lecteurs, c’est mon véritable salaire. Se savoir lu, compris. Savoir qu’on a touché, qu’on a ébranlé, qu’on a fait réfléchir. Il n’y a rien de plus gratifiant et d’inspirant. Être lu, c’est entrer chez les gens, dans leur maison, et laisser une trace. Recevoir un mot de remerciement d’un jeune lecteur, ça vaut tous les chèques au monde. Ça me pousse à continuer.

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Les Prix littéraires du Gouverneur général sont administrés et financés par le Conseil des arts du Canada.

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