Raconte-moi un auteur : Pierre Pratt

Quel est votre rituel d’écriture ? Avec quel auteur prendriez-vous le thé ? Quel est l’ouvrage qui vous a marqué ? L’actualité a demandé aux finalistes des Prix littéraires du Gouverneur général de parler de leur métier… et de ce qui les inspire. Pierre Pratt, finaliste dans la catégorie «Littérature jeunesse — Illustrations», s’est prêté à l’exercice.

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Pierre Pratt

Pierre Pratt est finaliste aux Prix littéraires du Gouverneur général 2014 dans la catégorie «Littérature jeunesse — Illustrations» pour Gustave, texte de Rémy Simard (la Pastèque).

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Comment est né le désir de créer chez vous ?

Impossible de me rappeler, car tout ça fait partie de ma vie depuis toujours. Mais mes souvenirs les plus précis commencent vers 4 ans, quand mon père m’amenait voir des parties de baseball au parc Jarry.

J’ai peu de souvenirs de ces parties (quoique j’aimais l’ambiance et les hot dogs, mais je sais qu’une fois rentré à la maison, je dessinais les joueurs de mémoire. En fait, à la maison (et à l’école), je dessinais tout le temps. Maintenant, je ne dessine plus tout le temps.

Quel est votre rituel de création ?

Je n’ai pas vraiment de rituel, mais je travaille tous les jours. Certains sont plus efficaces que d’autres. Les dates de tombée décident souvent de la longueur de mes journées de travail, mais pas de l’inspiration.

J’ai mon atelier à la maison ; je me mets au boulot tout de suite après le petit-déjeuner, et pour le reste de la journée, il m’arrive aussi de travailler le soir. L’idée, c’est de remplir des feuilles de papier, le plus possible.

Un ouvrage particulièrement marquant pour vous ?

Le Désert des Tartares, de Dino Buzzati, puis tout Dino Buzzati. Pour tout ce qui n’y est pas dit.

Qu’est-ce qui vous inspire ?

Tout, sinon, ce n’est pas juste. Il suffit d’être à l’affût, et on peut trouver de l’inspiration dans tout ce qui bouge autour. Mais je ne suis pas toujours concentré… La page blanche aussi m’inspire ; il faut la remplir de tout ce qui nous passe par la tête à ce moment-là, et y mettre un peu d’ordre. C’est un défi plutôt captivant.

Deux auteurs (québécois et étranger) avec qui vous prendriez le thé ?

Si je ne venais pas de le connaître cet été, à Lisbonne, j’aurais répondu «Patrice Lessard !» (c’est un peu une espèce d’alter ego). Mais parmi les Québécois que je n’ai jamais rencontrés, il y a Dany Laferrière. J’aime l’écouter parler, j’aime le personnage public qu’il est, et il me semble que nos échanges pourraient être très intéressants ; j’aime les gens qui savent rire.

Le seul hic, c’est que je n’ai lu qu’un seul de ses romans, le très beau L’énigme du retour. Il faudrait peut-être qu’on évite de parler de son œuvre au moment de notre rencontre, sinon je serais pris un peu au dépourvu (mais je parie qu’il n’a pas lu beaucoup de mes livres, alors ça va…). Néanmoins, je me promets de rattraper les pages perdues, un jour.

Si l’étranger du salon de thé était Saul Steinberg, on ne parlerait pas : on dessinerait sur les nappes, les chaises, les murs, les serveurs. Ce serait bien, vraiment très bien, mais malheureusement, ce ne sera jamais possible.

D’après vous, quelle est l’idée la plus fausse qu’on puisse se faire au sujet d’un créateur ?

Qu’il ne travaille pas, ou peu. Et qu’il porte seulement des vestes en corduroy beige foncé, ou des foulards en soie avec des motifs bariolés.

Qu’est-ce que cela vous fait de voir votre travail remarqué par les Prix littéraires du Gouverneur général ?

Ça fait plaisir, puis très plaisir, et on est honoré, excité. Puis ça me rappelle que je vais continuer de faire des livres toute ma vie.

Un thème à aborder dans une prochaine œuvre ?

Je travaille en ce moment sur plusieurs projets qui n’ont pas encore d’éditeur, et qui ont pour thèmes la ville, la solitude, les amis, les amours, des meurtres, du sang… mais je n’ai pas encore trouvé les coupables. Et sur d’autres projets qui ont un éditeur, dont un conte de Noël et de loups.

Quel est l’avenir du livre, selon vous ?

Sait-on ? Mais j’espère bien voir ça.

Votre relation avec vos lecteurs ?

Mes lecteurs sont les enfants et leurs parents. J’aime bien savoir qu’ils feront tout ce qu’ils voudront de mes histoires, de mes images, et de tout ce qui m’a échappé avant que le livre ne parte sous presse — puis qu’ils auront des idées à partager à partir de ces premières lectures pour les uns, et des secondes premières lectures pour les autres. Et j’aime quand ils viennent m’en parler dans des salons, dans des rencontres ou dans les courriels qu’ils m’envoient. Je sais alors que je ne suis pas tout seul.

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Les Prix littéraires du Gouverneur général sont administrés et financés par le Conseil des arts du Canada.

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