Raconte-moi un auteur : Robert Lalonde

Quel est votre rituel d’écriture ? Avec quel auteur prendriez-vous le thé ? Quel est l’ouvrage qui vous a marqué ? L’actualité a demandé aux finalistes des Prix littéraires du Gouverneur général de parler de leur métier… et de ce qui les inspire. Robert Lalonde, finaliste dans la catégorie «Romans et nouvelles», s’est prêté à l’exercice.

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Robert Lalonde (photo : Martine Doyon)

Robert Lalonde est finaliste aux Prix littéraires du Gouverneur général 2014 dans la catégorie «Romans et nouvelles» pour C’est le cœur qui meurt en dernier (Les Éditions du Boréal).

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Comment est né le désir d’écrire chez vous ?

Le manque, l’absence, le déracinement. Enfermé au pensionnat, il me fallait — histoire de survivre — évoquer mon village, mon clan, les paysages et les êtres chers, me resituer dans un cosmos où j’avais ma place et dont dépendait aussi bien l’avant que l’après de mon histoire.

Quel est votre rituel d’écriture ?

Cahier, crayon, efface. Peu importe où je me trouve, je peux scribouiller des phrases, m’abandonner à ce qui veut bien venir sur la page. L’anticipation, le temps que durera l’écriture — c’est long, écrire, c’est comme ça —, je ne m’y arrête pas. À toute heure, en tout lieu, prétextant parfois une urgence chimérique, improbable, j’entre dans un café et je travaille. Je ne montre pas l’œuvre en cours, mais prends parfois en otage un ami, une complice et lui fais la lecture, attentif à sa réaction spontanée, qui très souvent m’aiguillonne.

Un ouvrage particulièrement marquant pour vous ?

Le chant du monde, de Jean Giono. Le grand chantre provençal se permet de faire vivre et même parler les arbres, les oiseaux, les saisons, le ciel, au même titre que les personnages. Qu’est-ce qu’un auteur capable de vous influencer ? Celui qui vous donne à point nommé la permission d’aller où vous désirez désespérément aller.

Qu’est-ce qui vous inspire ?

Les humains au cœur simple et à la tête compliquée, pris au piège du jour le jour, englués dans un lieu du monde qu’ils sont les seuls à connaître et à arpenter inlassablement. J’épie, dès que je l’aperçois, le piégé, la captive, attentif à la langue qu’il parle, aux gestes qu’elle dessine dans l’air. Mon personnage, ce sera lui, elle, et son paysage deviendra le mien.

Deux auteurs (québécois et étranger) avec qui vous prendriez le thé ?

Je ferais volontiers un long voyage en train — moyen de transport que, comme moi, elle affectionnait particulièrement — avec Gabrielle Roy, histoire de voir par ses yeux l’au-delà des apparences et de l’entendre comparer la complexité du cœur humain à l’embrouillement énigmatique d’une galaxie. Je ne détesterais pas non plus faire une longue marche avec l’écrivain barcelonais Henrique Vila-Matas, histoire de faire connaissance, grâce à sa merveilleuse intuition de sourcier, avec les écrivains obsédés en confidentiels qu’il fréquente et qui ne risquent pas de me décevoir.

D’après vous, quelle est l’idée la plus fausse qu’on puisse se faire au sujet d’un écrivain ?

C’est d’imaginer perversement que l’écrivain — le créateur — a le choix des sujets qu’il aborde. Il est, qu’on s’en réjouisse (ou, au contraire, s’en désole) aux prises avec sa vision du monde et des créatures qui l’habitent — lui-même compris —, hanté par ce qui a été déposé en lui et qui justifie son entreprise même, et cela, sans relâche. Rien ne me rebute davantage que d’entendre : «Pourquoi ne nous parlez-vous pas d’autre chose, pour faire changement ?»

Qu’est-ce que cela vous fait de voir votre travail remarqué par les Prix littéraires du Gouverneur général ?

Eh bien, ça fait plaisir ! Et pour peu qu’on se rappelle l’aphorisme impitoyable de Flaubert  — «Le succès et l’échec sont deux chiens à fouetter avec le même fouet» —, on se réjouit : l’effort a peut-être valu le coup.

Un thème à aborder dans une prochaine œuvre ?

J’achève un recueil de nouvelles. Un même narrateur et sept personnages — tous des hommes que la vie, pour le meilleur et le pire, a mis sur son chemin. Le thème – je n’aime pas le mot ; disons la tonalité — correspond à une phrase toute simple de Gorki et qui m’a lancé en piste : «La tendresse d’un homme, ça ne s’achète pas au marché».

Quel est l’avenir du livre, selon vous ?

Je vous cite Umberto Eco, qui a dit là-dessus : «On peut toujours tenter d’inventer un nouveau moyen de faire rouler une voiture que la roue. Cependant je doute qu’on trouve mieux». Le livre, s’il vient à perdre sa suprématie, la retrouvera, pour la simple et bonne raison qu’il est DÉJÀ le soutien le plus simple et le plus efficace de l’écriture. Ça n’empêche pas les autres moyens de prévaloir, momentanément…

Votre relation avec vos lecteurs ?

Cordiale, fraternelle, respectueuse — de part et d’autre.

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Les Prix littéraires du Gouverneur général sont administrés et financés par le Conseil des arts du Canada.

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