Raconte-moi un auteur : Simon Boudreault

Quel est votre rituel d’écriture ? Avec quel auteur prendriez-vous le thé ? Quel est l’ouvrage qui vous a marqué ? L’actualité a demandé aux finalistes des Prix littéraires du Gouverneur général de parler de leur métier… et de ce qui les inspire. Simon Boudreault, finaliste dans la catégorie «Théâtre», s’est prêté à l’exercice.

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Simon Boudreault (photo : Monic Richard)

Simon Boudreault est finaliste aux Prix littéraires du Gouverneur général 2014 dans la catégorie «Théâtre» pour As is (tel quel) (Dramaturges Éditeurs).

Comment est né le désir d’écrire chez vous ?

Tout a commencé dans la cour d’école du primaire. La veille, j’avais rêvé à un ami. Pendant une récré, je lui ai raconté ce rêve. Voyant l’intérêt suscité chez les autres élèves, qui me demandaient s’ils étaient eux aussi dans mon rêve, je me suis mis à raconter de plus en plus de rêves.

Pendant plusieurs récrés, un petit groupe se formait autour de moi pour écouter mes rêves, dans lesquels mes amis jouaient de grands rôles. Les rêves étaient de plus en plus inventés. De plus en plus d’élèves cherchaient un moyen de me plaire pour se retrouver dans mes histoires. J’y ai découvert le pouvoir du récit. Avec le recul, je pense qu’à ce moment-là, j’en ai un peu profité.

Quel est votre rituel d’écriture ?

Ayant deux jolies petites filles, l’une de sept ans et l’autre de sept mois, j’écris pas mal quand j’ai le temps. Et tant pis pour moi si aucun mot ne s’écrit pendant ce temps.

Un ouvrage particulièrement marquant pour vous ?

Cyrano de Bergerac, d’Edmond Rostand. J’avais 15 ans et la passion jusque dans le bout des cheveux, l’envie de me battre contre l’univers et cette étrange impression d’être seul et incompris (l’adolescence, quoi !). Je suis tombé amoureux de cette pièce, et c’est probablement à ce moment-là que le théâtre m’a pris dans ses bras.

Qu’est-ce qui vous inspire ?

Tout. Des anecdotes racontées autour d’un souper, une vieille dame qui conduit en écoutant du heavy metal, une confidence trop intime sur Facebook, un souvenir passablement flou, une phrase salace entendue dans l’autobus, un quinquagénaire en habit qui porte des souliers à talon hauts, ma famille, la famille des autres, ce que je lis, ce qu’un ami a lu, un prénom bizarre, un médecin qui écoute une série en russe en même temps qu’il m’examine, une chicane dans l’épicerie et encore plus. Je pique un peu partout, sans scrupule. Non, c’est pas vrai. J’ai des scrupules, mais après.

Deux auteurs (québécois et étranger) avec qui vous prendriez le thé ?

Robert Gravel et Boris Vian. Le thé serait probablement un peu alcoolisé.

Le premier, parce que adolescent, m’a mère m’a amené voir ses pièces au Nouveau Théâtre Expérimental (NTE) et que cela m’a renversé. Et je l’ai admiré à la Ligue nationale d’improvisation (LNI), où j’ai rêvé de le rencontrer. Son décès, l’année précédant mon entrée à la LNI, est encore une douleur vive.

Le deuxième, parce que sa poésie me rentre dans les tripes sans que j’aie eu le temps de m’en rendre compte.

Les deux, parce que ce sont des amants de la liberté. Leur écriture m’est toujours apparue comme un acte libre où l’on se moque des contraintes et des règles — et de soi-même, tant qu’à faire. Et aussi parce qu’ils ont ce mélange d’humour et de tragique qui me plaît tant.

En plus, je passerais vraiment une belle soirée !

D’après vous, quelle est l’idée la plus fausse qu’on puisse se faire au sujet d’un écrivain ?

Que c’est facile. Comme si tout sortait d’un coup, sans être retravaillé. Il y a relecture, et réécriture, et commentaires, et restructuration, et on revient à l’autre version — et pis non, finalement : et si on enlevait ce bout-là ? Et on comprends-tu ? Puis, une rerelecture et autres commentaires, et rééécriture, et rererelecture…

Et là, je parle quand ça va bien.

Mais ce qui est vraiment difficile, pour moi, c’est de lâcher prise, d’accepter que l’œuvre est lancée, et tant pis ! Ça me donne l’impression de m’ouvrir le cœur, et que le premier venu peut le piétiner comme bon lui semble. C’est le même sentiment que lorsqu’on avoue à une femme qu’elle nous plaît (ou un homme, selon qui vous êtes). On ne peut se retenir de le faire, mais on se lance dans le vide en attendant la réponse à notre déclaration.

Qu’est-ce que cela vous fait de voir votre travail remarqué par les Prix littéraires du Gouverneur général ?

Étant toujours au fond de moi ce petit gars qui raconte des histoires dans une cour d’école pour se faire des amis, je me sens comme si, tout d’un coup, on me disait que je suis un «auteur». Comme si tout d’un coup, je l’étais vraiment. Un auteur. Cette reconnaissance, c’est une claque dans le dos. Une grosse claque qui me pousse à aller encore plus loin.

Un thème à aborder dans une prochaine œuvre ?

La haine. Ou plutôt le besoin d’haïr. Ça me fascine de voir à quel point les êtres humains se regroupent rapidement face à ce qu’ils identifient comme leur ennemi. Quand ils ne trouvent pas d’ennemis, ils s’entredéchirent ou s’en inventent.

Quel est l’avenir du livre, selon vous ?

Le livre, c’est la trace. La marque laissée au sol. L’objet concret de la mémoire. On peut croire qu’avec les multitudes d’appareils rétro-éclairés dont nous sommes bombardés, les livres pourraient disparaître. Mais quand je vois ma fille qui prend un livre comme un trésor, qui échange des livres avec ses amies, qui joue à écrire son livre (ou plutôt sa série d’aventures d’«Abrika, la princesse de l’espace»), je me dis que le livre a encore une place de choix.

Votre relation avec vos lecteurs ?

Aucune. De la même façon que j’en ai aucune avec les auteurs que je lis. La lecture est quelque chose d’intime. Une relation au-delà du temps et de l’espace, qui est unique au lecteur. Si l’un d’eux voulait concrétiser cette rencontre avec moi, j’en serais ravi. Mais j’aurais peur qu’il soit déçu, que cette rencontre ne soit pas comme celle — si riche — qu’il avait imaginée.

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Les Prix littéraires du Gouverneur général sont administrés et financés par le Conseil des arts du Canada.

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