Raconte-moi un auteur : Yvon Rivard

Quel est votre rituel d’écriture ? Avec quel auteur prendriez-vous le thé ? Quel est l’ouvrage qui vous a marqué ? L’actualité a demandé aux lauréats des Prix littéraires du Gouverneur général, édition 2013, de parler de leur métier… et de ce qui les inspire. Yvon Rivard, gagnant dans la catégorie «Essais», s’est prêté à l’exercice.

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Yvon Rivard (photo : Dominique Thibodeau)

Yvon Rivard a remporté le Prix littéraire du Gouverneur général 2013 dans la catégorie «Essais» pour Aimer, enseigner (Les Éditions du Boréal).

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Comment est né le désir d’écrire chez vous ?

Une expérience : enfant, je passais des heures à pêcher la truite, seul, dans des forêts sauvages. Leçon de patience, relation avec l’invisible (le poisson), contemplation de la beauté, silence.

Trois livres m’ont donné le désir d’écrire :

Pieds nus dans l’aube (lu quand j’avais 14 ans, je crois) : Félix Leclerc y raconte son enfance dans la forêt près de La Tuque, enfance qui ressemblait beaucoup à la mienne. Révélation : ma vie pouvait devenir un livre, quelqu’un en racontant sa vie pouvait sans le savoir raconter la mienne.

Les poèmes de Rimbaud (lus entre 17 et 18 ans) : découverte du pouvoir des mots qui pouvaient créer, entre le réel et l’imaginaire, un monde étrange mais qui m’était aussi familier que celui que ma raison et mes sens percevaient.

Les cahiers de Malte Laurids Brigge (lu à 21 ans) : je voulais écrire, mais trouvais que je n’avais rien à dire. «Mais voici que ce néant se met à penser.» Quand j’ai lu cette phrase de Rilke, je me suis pour ainsi dire senti autorisé à écrire.

Quel est votre rituel d’écriture ?

J’écris le matin, dans le silence, à la main — et, depuis quelque temps, parfois à l’ordinateur. Je lis parfois des pages à un ou deux amis.

Un ouvrage particulièrement marquant pour vous ?

À tous les 10 ans environ, un livre me marque et m’accompagne dans tout ce que j’écris. Ce sont presque toujours des livres qui parlent du temps, de l’enfance, de l’amour, de la mort. Quelques exemples : Les vagues (Virginia Woolf), Un amour libre (Pierre Vadeboncœur), La mort de Virgile (Hermann Broch), Poèmes de Saint-Denys Garneau, Lent Retour (Petre Handke).

Qu’est-ce qui vous inspire ?

Les lieux isolés, les gens simples, les séjours à l’étranger, les grandes souffrances et les petites joies.

Deux auteurs (québécois et étranger) avec qui vous prendriez le thé ?

Québécois vivants : ils sont trop nombreux. Morts : Germaine Guèvremont, pour savoir ce qu’elle penserait du Québec d’aujourd’hui, ce que le Survenant ferait et dirait s’il revenait parmi nous.

Étranger : Peter Handke, parce que je lis depuis plus de 30 ans et qu’il m’intimide ! Ce serait comme une épreuve !

D’après vous, quelle est l’idée la plus fausse qu’on puisse se faire au sujet d’un écrivain ?

Que c’est quelqu’un qui écrit bien, qui a de l’imagination, qui connaît beaucoup de choses, etc., alors que c’est quelqu’un qui, le plus souvent, est foncièrement démuni et vulnérable, et qui ne peut avoir accès au monde et à lui-même qu’en écrivant.

Comment avez-vous réagi en recevant le Prix littéraire du Gouverneur général ?

J’étais heureux que ce prix attire l’attention sur un livre (Aimer, enseigner), qui est un plaidoyer pour une éducation qui émancipe, et une défense de tous les élèves humiliés, abusés par leurs professeurs. L’éros pédagogique, le bien et le mal, ce ne sont pas des sujets très «populaires», des choses dont on veut entendre parler ! Je trouve que les membres du jury ont fait preuve d’un certain courage.

Et puis recevoir ce prix pour une deuxième fois, 30 ans plus tard (Les silences du corbeau, 1986) m’a fait réaliser que je n’ai plus trop de temps à perdre si je veux finir ce que j’ai commencé.

Un thème à aborder dans une prochaine œuvre ?

L’amitié (essai) ; l’art de vieillir, de bien accomplir les dernières tâches qui nous sont confiées (roman).

Quel est l’avenir du livre, selon vous ?

Il sera, comme il a toujours été, un lieu de retraite et de résistance.

Votre relations avec vos lecteurs ?

J’aime les rencontrer, ce qui est rare, mais quand j’écris, je ne pense pas à eux.

Les Prix littéraires du Gouverneur général sont administrés et financés par le Conseil des arts du Canada.

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