RBO frappe encore

Les membres de Rock et Belles Oreilles se sont mis à table pour discuter de paternité, d’humour et de nationalisme, dans la dernière édition de votre magazine (janvier 2008). Si vous avez aimé ce que vous avez lu dans L’actualité, voici des passages supplémentaires de l’entrevue avec André Ducharme, Bruno Landry, Guy A. Lepage, Yves Pelletier et Jacques Primeau, leur agent et complice de la première heure.


 

L’ENFANCE

Vous avez été enfants dans les années 1960. Quand vous pensez à l’enfance que vous avez eue et que vous la comparez à celle de vos enfants, qu’est-ce que vous trouvez de plus différent ?

Bruno Landry : Ce qui me frappe le plus, c’est qu’à l’époque où l’on était enfants, nous, on vivait dans la bulle de l’enfance avec nos amis. Maintenant, les enfants sont tout à fait intégrés, ouverts à la société et au courant de tout ce qui se passe. C’est la différence fondamentale.

Guy A. Lepage : À l’époque, les enfants étaient assis à la table des enfants…

André Ducharme : Il y avait une convention qui faisait que les enfants étaient à part…

Bruno Landry : À la fête de Noël, il y avait 10 adultes et 30 enfants, maintenant, c’est le contraire. Il y a 15 adultes pour 7 enfants. Alors ils ont des discussions avec des adultes, constamment. Ils ont des moyens de communication que nous n’avions pas. Mon fils sait combien coûtent les choses. Il est au courant d’une foule de choses qui, au fond, ne le regardent pas.

Est-ce que ça tient seulement du nombre ou du comportement de l’adulte ?

André Ducharme : Un peu des deux. Quand j’étais petit, je sortais de la maison et il y avait huit p’tits culs dans la rue. C’était notre monde, on faisait nos affaires, on jouait au hockey. Aujourd’hui, tu sors et il n’y a plus personne. Des p’tits culs qui jouent au hockey dans la rue, tu ne vois plus ça. Des enfants du même âge que les miens, dans les rues autour de chez nous, il n’y en a pas. Ils ont un réseau beaucoup plus large, ils ont un réseau à travers la Rive-Sud, faut que tu ailles les conduire trois villes plus loin. Forcément, ils sont plus intégrés à la vie des adultes, parce que sinon, ils sont seuls.

Guy A. Lepage : Je vais citer André Ducharme qui a dit la plus belle phrase sur les enfants que j’aie pu entendre. Il a dit : « Mon fils, il me ressemble exactement quand j’avais le même âge ; lui il est beau, pis moi j’étais laid. Pourquoi? C’est probablement l’amour. » J’ai compris ce qu’il voulait dire. Les gens qui ont eu des enfants et le voulait, ce qui est notre cas, en ont eu un ou deux plutôt que cinq ou six. On les entretient, on les intègre… Moi, je n’ai jamais été intégré. À 12 ans, je me disais : « j’ai hâte de " décrisser " de la maison et de faire mes affaires ». Mon fils vient d’avoir 16 ans. À 14 ans, je lui ai demandé à quel âge il voudrait partir, il m’a répondu 32 ans ! En tremblant…


 

LA RELIGION

Vous avez quand même été élevés en pleine Révolution tranquille. Vous n’avez pas connu les interdits que vos parents ont connus, non ?

André Ducharme : On a vraiment connu la queue de la comète. On a été élevés un peu dans l’interdit, dans les limites, dans « t’as pas le droit de faire ça », pis dans les conventions, plus que nos enfants ne l’ont été… Peut-être pas pour tout le monde. On allait encore à la messe, sans savoir trop pourquoi on allait là.

Bruno Landry : À la messe, je me tournais toujours pour regarder ce qui se passait en arrière, ce qui se passait en avant ne m’intéressait pas du tout. Mes parents ont vite compris qu’il n’y avait rien à faire avec moi. ..

Yves Pelletier : Moi, je pouvais décrire par cœur toute l’architecture des églises. Je passais mon temps à regarder le plafond.

André Ducharme : Je me rends compte que mes enfants ne sont jamais entrés dans une église, à part en voyage. Ils n’ont aucune idée de ce que c’est et de ce à quoi ça sert.

Yves Pelletier : J’ai bien peur qu’ils y retournent!

Guy A. Lepage : Moi, mon fils n’est pas baptisé. Je lui ai dit : « r’garde, si ça t’intéresse, tu le feras toi-même!»

Le fait que les repères religieux judéo-chrétiens soient transmis à vos enfants, qu’ils aient une part de spiritualité, même imparfaite, ça vous touche  ?

Guy A. Lepage : Pas du tout ! Au contraire. Je pense qu’il y a un retour à la religion dans tous les pays. On est probablement en guerre de religion, présentement. Et juste de voir ce qui se passe aux États-Unis, je suis quasiment content que ça arrive juste à côté, pour voir à quel point même la religion catholique, qu’on a peut-être mise de côté depuis une trentaine d’années, tellement elle était devenue inoffensive au Québec, comment cette religion-là a été dangereuse pour nous, comment elle a été oppressante. Tu vois comment c’est aux États-Unis. C’est presque la chasse aux sorcières. Moi, je suis athée, volontairement. Si mon fils veut faire une démarche spirituelle religieuse, il va la faire sans moi.


 

Vas-tu essayer de l’en dissuader?

Guy A Lepage : Non, parce que c’est quelqu’un d’assez calme et d’assez organisé dans sa tête. Mais c’est sûr que je ne vais pas l’aider. Sûr, sûr, sûr. Parce que ça me fait peur. Roy Dupuis a dit quelque chose, l’autre jour, que je partage, mais que je vais dire plus rapidement : « Quand t’as affaire à la religion et à la foi, tu quittes le monde de la logique pour le monde de la croyance. » Ce qui fait que les gens ont des arguments et des argumentaires qu’ils n’auraient pas sur un autre sujet. Mais là…

Yves Pelletier : Ce que le Québec a rejeté, c’est le fait que l’Église catholique était intimement liée au pouvoir et les abus qu’elle a commis.

André Ducharme; Vous devez avoir ça chez vous, des photos en noir et blanc où l’on est de même [à genoux, les mains en croix]. On est les derniers à avoir eu ces photos.

Croyez-vous qu’on va inventer de nouveaux rites? Pierre Bourgault et Voltaire sont allés à l’Église pour leur dernier passage…

Guy A. Lepage : C’était bizarre quand tu sais ce que Pierre Bourgault pensait. J’étais là, dans la plus belle église de Montréal. Et la moitié du monde qui y était aussi ne va pas à l’église.

[…]

Yves Pelletier : Ce sont des rites drôles, quand même, ceux de l’Église catholique. Ils nous ont inspiré beaucoup de sketchs.

André Ducharme : Des rites drôles, peut-être, mais je ne connais pas beaucoup d’humoristes de 30 ans qui font des jokes avec ça !

Dans Les Aimants, Yves Pelletier, vous semblez ouvert à une dimension non rationnelle, non ?

Yves Pelletier : Vous avez vu l’ironie, j’espère, dans tout ça. Je suis un sceptique qui adore rêver. Ce qui me plaît dans tous ces trucs vaguement ésotériques, ces hasards, c’est qu’à un moment donné, on est confrontés dans la vie, qu’on le veuille ou non, à des coïncidences. L’aspect magique de la vie nous fait avancer. En même temps, je suis quelqu’un d’extrêmement rationnel. Ce que je trouvais le fun dans Les Aimants, c’est la confrontation entre ces deux mondes. Des gens qui doutent. C’est l’imagerie d’une rencontre amoureuse, c’est une fable positiviste. À la suite, les gens me demandaient qu’est-ce qui se produirait avec ces personnages-là deux mois plus tard. Ce serait un autre film… Quelqu’un m’a dit : « Ça fait deux ans que je suis avec ma blonde. On s’est rencontrés au Club vidéo, on voulait tous les deux une copie des Aimants, il n’en restait qu’une. On a décidé de le regarder ensemble… »


 

LA PATERNITÉ

Trois d’entre vous devez assumer l’autorité paternelle, l’autorité la plus émotive, une autorité responsable. Par rapport aux pères que vous avez connus, comme vous situez-vous? Comment assumez-vous cette responsabilité ?

Bruno Landry : Très bien. La responsabilité d’indiquer la limite à notre enfant est beaucoup plus difficile que de tout lui permettre. Par contre, en étant présent et en lui montrant que c’est fait pour les bonnes raisons, ça donne le droit à l’erreur.

Êtes-vous différents de vos pères ? Si oui, en quoi ?

André Ducharme : À bien des égards, oui. J’explique plus, je comprends plus et j’exprime plus mes émotions. À tous les jours, il y a un moment où je veux que mes enfants sachent que je les aime et je veux savoir qu’ils m’aiment. Il faut qu’il y ait quelque chose qui se passe. Ça peut être dans le regard. Ça peut être dans des mots échangés.

Yves Pelletier : Je les vois de l’extérieur, avec le recul. Je trouve que ce sont de bons pères. Mais je ne suis pas dans l’intimité.

Bruno Landry : Dans le temps, on ne se demandait pas « est-ce que je dois avoir des enfants ? ». On en avait. Mon père a toujours pris ses responsabilités. Mais je pense qu’il s’emmerdait avec des enfants. Il a commencé à nous parler quand on commencé à lire Le Devoir. Là, il nous parlait.

Guy A. Lepage : Moi, j’ai senti mon père comme un homme de devoir plutôt que de cœur.

André Ducharme : J’ai senti mon père détendu le jour où je n’étais plus là et que je gagnais ma vie. Là, c’était cool.

Guy A. Lepage : Mon père a été malade les sept ou huit dernières années de sa vie. En fait, il est tombé malade au même moment où j’ai eu un enfant. J’ai vraiment eu l’impression, pendant un certain temps, que j’élevais mon fils et mon père. C’est un sentiment qui n’est pas super le fun. Ce n’est pas le fun de raisonner ton père, de lui dire : « tu ne peux plus faire ça… ». Dans la crise du verglas, mon père était à moitié paralysé chez lui. Il n’y avait personne pour aller le chercher et il n’avait même plus l’électricité. Je passais de la maison à chez lui, pour aller le changer. J’ai fait ça pendant toute la crise du verglas. Ça a été ça, ma crise du verglas : des couches, de l’électricité…


 

On vous a longtemps vu comme de grands adolescents. Maintenant, vous êtes des parents d’adolescents… Qu’est-ce que ça vous fait?

Guy A. Lepage : Ça fait longtemps qu’on n’est plus des adolescents. Vers la fin de RBO, il y a 15 ans, on avait 35-36 ans, on n’était pas des ados. Dans notre tête, les jeunes qui nous aimaient, faisaient qu’on était super contents. Quand on a commencé à faire RBO, c’était pour les gens de notre génération. Quand les plus vieux aimaient ça, c’était du bonus. Si, mettons, Suzanne Lévesque avait aimé ça, tu disais : tant mieux. Mais moi ce que je voulais, c’était que mes amis aiment ça et le monde de ma génération aussi. Un jour on s’est rendu compte que les très jeunes aimaient ça parce qu’on se déguisait. Ils trouvaient ça drôle. Évidemment, ils n’avaient pas accès à ce qu’on disait.

Yves Pelletier : Je trouve qu’on a un esprit ado qui perdure. Ça a pris 10 secondes, l’année passée, pour que la machine réembarque. On a un sens de l’ironie typiquement adolescent qui est la contestation de l’autorité.

À quel moment avez-vous réalisé que vous êtes devenus adultes?

Yves Pelletier : Quand il y a eu de la mortalité dans mon entourage. La première fois où tu es confronté à la vulnérabilité de l’existence. J’avais 22 ans. Je suis devenu adulte, mais en même temps non. Je sens encore la légèreté de l’enfance et de l’adolescence.

Guy A. Lepage : Moi, c’est à 20 ans ou 21 ans. Ma mère est morte pis tout le monde a " choké " dans la famille. Mon père le premier… Parce qu’elle est morte subitement. Elle a fait un anévrisme et est morte trois heures après. Mon père avait mon âge, 47 ans. Il a baissé les bras pour la première fois de sa vie. Je pense que si je lui avais dit, faut absolument rentrer dans un manège pis faire trois fois le tour du quartier parce que c’est ça, les rites funéraires, il l’aurait fait. J’ai pas mal tout pris en main et je suis entré dans le monde adulte…

Bruno Landry : Je suis devenu adulte très vite. À 15 ans, j’ai fait le tour du Québec sur le pouce. À 17 ans, je suis allé deux mois en Europe avec un chum. Je me suis tanné après un mois et je suis parti tout seul. L’esprit de ne compter que sur ses propres moyens, d’être autosuffisant, autonome, de ne pas se laisser influencer indûment par qui que ce soit, de suivre sa voie.
J’ai refusé des jobs pour faire RBO. Je travaillais à ce moment-là au journal d’entreprise de Bell, on m’offrait des jobs à 35 000$. C’était dans les années 1980. J’ai dit : « ben là, j’ai envie de tripper », en me disant que si je ne le faisais pas là, je ne le ferais jamais. Jamais en pensant que ça aurait que la moindre de chance de succès.C’est parce que ça me tentait et que j’avais le goût de passer du temps avec ces gens-là. Une vraie tête de cochon.

André Ducharme : Je suis devenu adulte très très jeune; depuis ce temps, je le suis de moins en moins. Mes parents ne voulaient pas que je fasse ce métier. Il fallait très rapidement que je prouve que c’était un bon choix. Il fallait que ça marche. Très jeune, j’ai mis toute mon énergie là-dedans. On va arrêter de niaiser. Faut que ça se passe et que ça se passe tout de suite. J’ai eu un enfant jeune (25 ans), je me suis marié (jeune aussi), mais depuis ce temps, je suis pas mal moins sérieux et moins adulte que je ne l’étais. C’est à partir de mon premier enfant que je suis devenu moins sérieux, moins straight. Mon premier enfant m’a libéré. Avec mes enfants, je suis vraiment un épais total. Je leur fais honte !

Guy A. Lepage : André, c’était peut-être le plus sérieux de la gang, il y a 20 ans. C’est peut-être le moins sérieux aujourd’hui !


 

L’HUMOUR

Dans certains sketchs, pensons aux Jeux gais dans le Bye Bye 2006, votre humour est celui du «mon oncle» épais dont vous vous moquiez quand vous étiez plus jeunes…

Guy A. Lepage : On l’est devenu, «mon oncle». À 25 ans, on faisait des jokes de mon oncle épais en se disant «t’sé, les mon oncle épais», maintenant on se les fait entre nous, puis il y a un genre de malaise. On se rend compte qu’on les trouve drôles au premier degré

Bruno Landry : Les personnages humoristiques que l’on faisait à l’époque, c’était toujours des jeunes qui rient de gens qui ont à peu près 45-55 ans. On est exactement dans cette tranche d’âge-là aujourd’hui.

Yves Pelletier : Ça devient de l’autodérision !

André Ducharme : En même temps, le sketch sur les Jeux gais, si on l’avait fait à 24 ans, il aurait peut-être été moins drôle. On est encore plus épais.

Guy A. Lepage : On est plus précis dans ce qu’on veut dire. On a des discussions autour de textes que nous ne ferons pas dans le présent Bye Bye, mais que nous aurions tourné n’importe quand il y a 15 ans.

Yves Pelletier : Nous faisons des gags scatologiques, un peu provocateurs, genre chef Groleau, du dégueulasse, des gags politiques, des jeux de mots. Collectivement on est assez bon public au niveau de l’humour. Les jokes de mon oncle nous rattrapent…

Vous avez fait un sketch sur Ultramar qui n’a jamais été diffusé…

Guy A. Lepage : Ça nous a toujours irrité et ça nous irrite encore, 25 ans plus tard, les gens qui arrivent avec leurs gros sabots argentés et qui disent : « OK, on a congédié du monde, mais on est riches pis on vous met du fun dans la TV ». L’aboutissement de ça, présentement, c’est tout ce qui arrive avec la convergence. Ça m’irrite comme ça m’irritait il y a 25 ans. Unanimement, on réagit à ça, on écrit des affaires, on dénonce tout le temps. On est maintenant privilégiés, mais cela continue à nous irriter et à nous indigner. On a gardé notre capacité d’indignation après toutes ces années-là. Et moi, ça me fait très plaisir. On a un petit côté village d’Astérix…


 

LA PUBLICITÉ

Guy A. Lepage : La publicité, c’est toujours un excellent barême d’où en est ta société. Quand tu veux poser un regard, regarde la TV pendant une semaine et regarde les pubs qui pognent. T’as des témoignages de vie, là. Après Un gars, une fille ou pendant, il y a eu tous les petits couples de Tim Horton et de Brault-Martineau, mais qu’est-ce qu’ils disent ? Ils ont 25 ans. La fille veut déjà meubler sa maison en une journée. Le gars dit : « oui, mais j’ai un match de hockey ce soir ». Nous autres, on ne faisait pas ça à 25 ans. Ce n’était pas ça notre but, à 25 ans. Il y a un retour vers le mariage, un retour vers les valeurs traditionnelles. Ils ont droit, c’est leur génération.

Yves Pelletier : On ne se rend pas compte à quel point la pub prend de la place dans nos vies. Elle est tellement omniprésente, qu’à un moment donné, on ne la voit plus. Va passer cinq jours dans le désert, reviens ici, tu vois des panneaux publicitaires tout partout.

Bruno Landry : Avoir 16 heures pour tourner 30 secondes, honnêtement, c’est un plaisir qu’on ne pouvait se payer.

Jacques Primeau : Disons-le franchement, à l’époque, c’est ce qui faisait la différence entre « nous avons un bon salaire et on fait plein d’affaires » et « on est juste corrects ». Et ça, ça faisait la différence…

Bruno Landry : Je dirais la différence entre un salaire correct et un piètre salaire.

Guy A Lepage : Ce qui m’a fait le plus plaisir, c’est que quand on a fait la pub de Pétro-Canada avec la famille Slomo. Les gens nous disaient : « elle est bonne votre pub de la famille Slomo » et ne parlaient pas de Pétro-Canada…

Yves Pelletier : On n’a jamais démonisé la publicité. La même chose avec les émissions de télé. On a ri d’émissions que je regardais régulièrement ; les deux autres trouvaient ça minable. La forme publicitaire, il y a des gens qui l’utilisent avec brio. On n’est pas là pour dire que ça ne devrait pas exister…

André Ducharme : À la base, on est des étudiants en communications. On aime la télé, par définition.


 

Bruno Landry : On est des enfants de la télé : « Une émission couleur de Radio-Canada »…

André Ducharme : Je me souviens d’avoir lu dans la presse : « comment se fait-il qu’un ex-RBO participe à La Fureur ? Ou comment se fait-il qu’un ex-RBO joue dans Virginie ? ». Si je ne participe à aucune émission dont j’ai ri, je ne fais plus de télé. Et quand on riait de Lance et compte avec Snap pis bourdonne, on " trippait " sur Lance et Compte.

Guy A. Lepage : J’en suis venu à une formule mathématique parfaite pour évaluer une parodie d’émission de RBO. On est vraiment dessus quand il y en a deux qui regardent l’émission tout le temps, qui font des jokes d’initiés, qu’il y en a un qui ne l’a jamais regardée et un autre qui haït ça pour tuer. Tu sais qu’il va y avoir une structure logique des deux qui aiment ça et les deux autres vont faire les vraies jokes

Yves Pelletier : Quand on a fait Les Dames de cœur, je n’avais jamais vu l’émission…

André Ducharme : L’an passé, quand j’ai fait des parodies d’Occupation Double et de Loft Story, je n’avais jamais vu cela de ma vie. Je me fiais à un extrait de 30 secondes. Tout le monde me disait, c’est écoeurant !

Bruno Landry : J’ai fait le chanteur des Cowboys fringants. Je ne les avais jamais vus avant.

Guy A. Lepage : Il y a une affaire assez incroyable dans une imitation. Il y a deux façons d’être dessus : connaître le personnage, l’avoir étudié, ou n’avoir vu qu’un extrait de 30 secondes. Tu réussis à sucer l’essence du personnage…

Bruno Landry : Drôle d’expression…

Guy A. Lepage : Lui siphonner la quintessence…


 

LE NATIONALISME

Vous étiez critiques par rapport aux nationalistes exacerbés, comme ce personnage de Damien Bouchard.

Yves Pelletier : On a toujours été critiques par rapport à l’intolérance, peu importe où elle se manifeste.

André Ducharme : Quand j’entends le discours « dans un Québec indépendant, on n’aurait pas de problème avec les ethnies »… C’est quoi ça ? L’intolérance totale ! T’es souverainiste parce que t’es contre les autres? Dans ma tête, ça ne marche pas comme ça.

Yves Pelletier : C’est comme l’idéologie de l’ADQ : on va colmater la dette, on va donner à l’entreprise privée une plus grande liberté d’action et, en même temps, on va bien s’entendre avec le Canada anglais. C’est une utopie…

Bruno Landry : Ça s’appelle aussi savoir lire les sondages…

Jacques Primeau : L’Union nationale disait aussi « égalité ou indépendance », il y a des cycles qui reviennent. Ce qui fait le plus peur dans certains cas, c’est la haine de Montréal de plusieurs de ces députés adéquistes. Quand tu touches Montréal, tu touches plusieurs secteurs, dont la culture, qui leur est complètement inconnu. Quand tu demandes à Mario Dumont sa politique culturelle, il répond que sa femme connaît ça, qu’elle donne des cours de flûte dans les écoles. On n’invente rien.

Bruno Landry : Maxime Bernier, ministre des Affaires étrangères ! On s’entend qu’ils s’en foutent de qui ils mettent là, de l’image du Canada à l’étranger ? Ils mettent un novice. Il ne connaît rien.

Jacques Primeau : Comme les républicains, les conservateurs ont commencé à nommer à des gens au CRTC, un peu partout, qui commencent à pendre de vraies décisions de conservateurs. Par exemple, il y a un rapport qui est sorti sur la radiodiffusion dernièrement qui propose clairement l’abolition des quotas de chansons francophones. Au nom de la libre concurrence. Pascale Picard, Sylvain Cossette, Gregory Charles : gros problème à la radio, on ne sait plus comment les diffuser. Il y a 10 ans, ç’aurait fait un tollé. Aujourd’hui, ça passe.


 

LA TÉLÉVISION

Vous ayez rejoint 88% de l’audience au Bye Bye l’an dernier

Guy A Lepage : Ce qui a fait dire à Denise Bombardier qu’il y avait trois millions d’épais. Non, qu’il y avait un million de personnes intelligentes qui n’ont pas regardé le Bye Bye !

Avant, la tradition du dimanche soir, c’était le rendez-vous culturel à Radio-Canada.

Jacques Primeau : Les Beaux dimanches, c’était 300 000 téléspectateurs…

Au tournant des années 1970, le public regardait Les Beaux dimanches, les grands télé-théâtres, etc. Aujourd’hui, on est dans une société où tu mettrais Des souris et des hommes, il serait 4e…

Guy A Lepage : T’exagères, ce serait 6e ou 7e.

André Ducharme; Il y avait seulement deux postes, à l’époque.Il y a plus de réseaux maintenant. Et je pense qu’on idéalise ce qu’était Radio-Canada. Il y avait les quilles à Radio-Canada et le hockey. Mon père regardait le hockey. Mais quand la pièce Des souris et des hommes commençait, il disait : « Quessé-ça, tabarnac ?  ».

C’était le moment où la télé tirait vers le haut, non?

Jacques Primeau : Il y a un million de personnes de plus qui se sont mises à écouter la télé le dimanche soir dans la première semaine de Tout le monde en parle. Le dimanche soir, à la fin des Beaux dimanches, TVA faisait pas deux millions, TVA faisait 800 000, pas plus. La « guerre du dimanche soir » n’existait pas. Le privé mettait des films pas chers, puisque Radio-Canada mettait de la danse ou un télé-théâtre.

Qu’est-ce que ça nous dit sur la société québécoise de savoir que maintenant c’est ça qui marche…

André Ducharme : Je ne suis pas sûr que la société qui ait changé. C’est la télé qui a changé. Je reviens au fait qu’il a des chaînes spécialisées qui font que les quilles ne sont plus à Radio-Canada mais à RDS, Des souris et des hommes, c’est à Art-TV. Tout est encore là.

Yves Pelletier : Ce qui est représentatif de notre époque, c’est la télé-réalité.

Guy A Lepage : Espérons que, comme le reste, c’est le village d’Astérix. L’îlot de résistance, moi je trouve ça sympathique.


 

Par rapport à ce que vous pensiez que votre vie serait en 1980, quel est le mot qui vous vient à l’esprit? L’étonnement, l’ahurissement?

André Ducharme : Wow, est-ce que c’est un mot? C’est drôle, je me faisais la réflexion en réunion aujourd’hui. Si on se reporte à 1981, quand on a commencé, ce n’était pas quelque chose de naturel que nous tous, on travaille ensemble. Nous n’étions pas, au départ, des gens qui avions des affinités naturelles. Qu’on réussisse à travailler ensemble tout ce temps et qu’on travaille encore ensemble de façon si harmonieuse, c’est formidable.

Dernière question. Vous n’êtes pas des porte-parole de votre génération, mais vous l’avez marquée avec votre humour, votre travail, votre cinéma. Si ça se terminait maintenant, est-ce qu’il y aurait un héritage de votre génération. Est-ce qu’il y a quelque chose qui a changé?

Guy A Lepage : Ce sont est des questions…

Yves Pelletier : On est une gang de chums qui a " trippé " ensemble. Il y a des gens qui se sont identifiés à nous. C’est beaucoup plus une question à poser aux gens qui s’identifiaient à Rock et Belles oreilles.

Guy A Lepage : La première fois que j’ai réalisé l’impact qu’avait eu RBO sur les gens, c’est quand je suis sorti de mon sous-sol, quand on a arrêté de faire trois affaires en ligne et que, des fois, on avait du temps pour aller au resto ou on avait un mois de vacances. Là le monde nous disait : « quand j’étais jeune, j’ai écouté toutes vos émissions ». Pour la première fois, on était en contact avec des gens qui connaissaient le matériel de RBO quasiment plus que nous. Je trouvais ça gentil, touchant. Ce sont les premiers mots qui me venaient. Mais si tu me dis, fais-en une analyse sociologique, non. Je ne veux pas embarquer là-dedans…

Jacques Primeau : On n’a pas le recul suffisant pour analyser l’impact de notre génération, on est trop dans l’action.

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