La parole libérée

«Céline Dion est-elle intouchable ?» «Le Québec est-il complaisant avec ses artistes ?» Voilà le genre de questions qu’aime bien poser Rebecca Makonnen. Discussion avec la volubile coanimatrice d’Esprit critique.

(Photo: Raphaël Ouellet)
Photo: Raphaël Ouellet

Si Esprit critique était un cocktail, ce serait sans doute le Mai Tai : doux et parfumé au goût, mais étonnamment fort en alcool. Aux côtés de Marc Cassivi, concepteur et coani­ma­teur de l’émission, Rebecca Makonnen y commente l’actualité culturelle sur un ton décontracté — on s’y adonne même à des séances de potinage —, mais on y sort aussi les dents. « J’aime cette formule, dit-elle, parce que sans se pren­dre trop au sérieux, on pose des questions sérieuses. On n’est jamais dans la “plogue”, et même si on a pour collaborateur un Fabien Cloutier qui mène des entrevues déjantées, à saveur humoristique, ce n’est pas d’abord un show de variétés. Il y a de tout, et surtout des vrais débats d’idées. »

Marc Cassini, Rebecca Makonnen et Fabien Cloutier animent Esprit critique,, diffusée à ARTV et à ICI Radio-Canada Télé.
Marc Cassini, Rebecca Makonnen et Fabien Cloutier animent Esprit critique,, diffusée à ARTV et à ICI Radio-Canada Télé.

La formule repose entre autres sur l’idée qu’elle et Marc Cassivi aillent voir les mêmes films, les mêmes pièces de théâtre, pour ensuite comparer leurs points de vue. « Ça nous demande de voir beaucoup de choses et de se forger rapidement un argumentaire critique solide, et ça, c’est un défi qui me plaît », s’enthousiasme cette première de classe, qui admet se mettre elle-même beaucoup de pression, et ce, depuis la petite école. « J’ai toujours eu un besoin viscéral de maîtriser mes sujets. Dès mes débuts dans le monde des médias, j’ai voulu en faire plus que ce qu’on me demandait. Je me souviens qu’à MusiquePlus [elle y a été VJ de 1999 à 2006], mon but était d’être incollable sur les artistes que je recevais et d’arriver à leur poser une question que personne ne leur avait jamais posée. Quand quelqu’un comme Jon Bon Jovi me disait : “Oh, c’est la première fois qu’on me demande ça…”, j’étais ultra-fière de moi ! »

À une époque où le milieu culturel est fragilisé — par de nouveaux modes de consommation de la culture, par une baisse des subventions dans plusieurs secteurs —, Rebecca Makonnen se plaît à parler de responsabilité, celle qui revient aux commentateurs du domaine. L’animatrice de Circuit Makonnen (ICI Musique) et d’On dira ce qu’on voudra (ICI Première) est consciente d’être une tête chercheuse, qui accompagne les auditeurs dans leurs découvertes. « J’ai un rôle de pres­cription. Quand j’ai un gros coup de cœur pour un disque ou un film, je me dis : O.K., je vais faire tout ce qui est en mon pouvoir pour attirer l’attention du public là-dessus. Je suis davantage une guide qu’une critique, d’ailleurs », soutient-elle, admettant du même souffle que des « vrais » critiques, il en manque cruellement au Québec. « On ne leur donne pas assez d’espace médiatique, en tout cas. »


À lire aussi:

Protéger l’ami meurtrier?


L’une des conséquences en est, selon elle, qu’une fois qu’un courant de sympathie s’est installé envers un créateur, il devient périlleux de contredire la tendance. Elle prend pour exemple Fred Pellerin, dont il paraît impensable de dire du mal actuellement. « Je suis allée voir son spectacle. Autant j’aime le gars, autant il me touche quand il conte, autant ses numéros de chanson ne m’ont pas touchée. Oh, tabou ! Les gens sursautent quand je dis ça. On va jusqu’à remettre en question mes compétences ! »

Elle-même, comment prend-elle la critique ? « Pas trop mal, je pense, répond-elle en riant. Il y a des gens qui trouvent que je parle trop vite, que mon enthousiasme débordant me fait avaler des syllabes… C’est sans doute vrai. Mais je fais ce métier avec beaucoup de passion et de sincérité. Ça, je ne permettrais pas qu’on en doute ! »

Les commentaires sont fermés.

Pourquoi que c’est elle qui anime le show de la Confédération chaque année à Ottawa?
Parce qu’elle est une femme noire francophone. Le nec plus ultra dans le Canada de Justin

Nous pouvons parler longuement du pif artistique de cette dame , surtout quand l’on sait qu’elle a déclaré que
les Dead Obies étaient l’avenir de la chanson québécoise . . .