RENCONTRE / Chloé Sainte-Marie expose son amour

Chloé Sainte-Marie a vécu 27 ans auprès de Gilles Carle, décédé le 28 novembre 2009, usé par la maladie de Parkinson, déclarée en 1991. Il avait 81 ans ; elle en a 48. Une exposition, Parce que c’est lui, réunit de nouveau les amoureux. Plus de 400 dessins, peintures et photographies du réalisateur, avec, la plupart du temps, la belle veuve au premier plan.

Chloé Sainte-Marie a vécu 27 ans auprès de Gilles Carle, décédé le 28 novembre 2009, usé par la maladie de Parkinson, déclarée en 1991. Il avait 81 ans ; elle en a 48. Une exposition, Parce que c’est lui, réunit de nouveau les amoureux. Plus de 400 dessins, peintures et photographies du réalisateur, avec, la plupart du temps, la belle veuve au premier plan.

Photo : Jocelyn MichelPhoto : Jocelyn Michel

Comment survit-on à la mort de l’être aimé ?

— Paul Buissonneau m’a dit un jour : « Pense qu’il te voit. » J’aime l’idée que Gilles puisse m’épier. Aussi, le fait que son corps soit dans la terre — il n’a pas voulu être incinéré —, la pos­sibilité que je puisse encore le toucher, m’aide beaucoup à accepter son absence. La mort ne tue pas l’amour. Je l’aime autant qu’avant, je le chi­cane de m’avoir aban­donnée. Jusqu’à la fin, aux soins palliatifs, je lui disais : « C’est toi le plus fort, prouve-le, prouve-le ! »

Que vous a-t-il apporté ?

— J’étais inanimée, il m’a donné la vie. Je n’étais pas destinée, moi, petite paysanne, à rencontrer Gilles Carle, même si j’avais des velléités, depuis mes premières « séances », à cinq ans, de pénétrer le monde des arts.

Il était votre mentor, vous étiez sa muse ?

— En tout cas, il disait que je l’amusais.

En quoi l’exposition est-elle importante pour vous ?

— Elle est importante pour nous deux, car on en parlait depuis longtemps. Étalés sur 25 ans, ces dessins qu’il a faits de moi, ces peintures (moi en religieuse !), toutes ces photos sont des « déclarations d’amour ». On trouvera également des poèmes, des polaroïds de nos amis, de nos partys. Pour que le public communie avec Gilles, j’ai voulu reconstituer, dans la salle d’expo­sition, l’intérieur de notre maison. J’y apporte notre piano, nos meubles.

Pensez-vous qu’on vous reprochera d’exhiber votre vie privée ? Il y a des photos intimes !

— Picasso peignait bien ses femmes ! Oui, j’ouvre notre journal intime, mais c’est pour montrer des œuvres, mettre en valeur l’imaginaire de Gilles, dont on oublie qu’il a fait les Beaux-Arts, qu’il était historien de l’art, en plus d’être écrivain, cinéaste.

Votre carrière d’actrice est-elle définitivement close ?

— J’ai fait du cinéma parce que j’étais amoureuse d’un réalisateur. S’il avait été pilote d’avion, je me serais faite copilote ; plombier, tuyau !

Chanteuse, vous avez consacré des albums à des poètes ; votre dernier disque est entiè­rement en langue innue ! Vous n’avez pas envie d’aventures moins risquées ?

— Je suis mon instinct, mes pulsions. Hubert Aquin disait : « Surtout ne pas penser. » Je me donne la liberté de faire ce métier sans en attendre rien. Je traîne encore des dettes de Parle-moi, mon précédent album, mais je m’en fous, je pourrais vivre dans une roulotte. Je refuse de réfléchir à ce qui va arriver, sinon on prend peur, et la peur est mauvaise conseillère.

D’où vous vient ce goût pour la poésie ?

—  Mon père était baptiste, le premier livre qu’il m’a offert, c’est la Bible. À 7 ans déjà, je fréquentais les métaphores. Plus tard, avec Gilles, j’ai rencontré Miron, Joséphine Bacon, Patrice Desbiens.

Gilles Carle et Chloé Sainte-Marie photographiés par Pierre Dury.
Gilles Carle et Chloé Sainte-Marie photographiés par Pierre Dury.

Pour revenir à Gilles Carle, en plus des films et après l’expo, que restera-t-il de lui ?

— Son plus bel héritage sera peut-être la Maison Gilles-Carle, notre dernière œuvre en commun, qui deviendra la plus importante maison d’aidants au Québec. Quand la maladie se pointe, l’inessentiel disparaît. Ne reste que la relation avec l’autre. De ma vie, je n’avais jamais eu le désir d’être soignante, je le suis devenue par amour. Et là, je veux continuer à aider les autres.

­­>> Parce que c’est lui, exposition des œuvres picturales de Gilles Carle, au marché Bonsecours, à Montréal, du 23 nov. 2010 au 1er avr. 2011. Au cours des quatre pro­chaines années, l’expo, en format réduit, circulera dans tout le Québec.

***

Chloé Sainte-Marie promène au Québec (et en France) un spectacle puissant, poétique, politique : Nitshisseniten e tshissenitamin (Je sais que tu sais). Salle Pierrette-Gaudreault, à Jonquière, le 25 nov., 418 542-5521 ; Théâtre Petit Champlain, à Québec, le 26 nov., 418 692-2631 ; L’Anglicane, à Lévis, le 27 nov., 418 838-6000. D’autres dates.

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