RENCONTRE / Lina Cruz fait danser la soupe

Féline, volontaire, trilingue, Lina Cruz a la beauté qu’une existence libre donne aux êtres. Née à Carthagène, en Espagne, elle a vécu son enfance en Colombie, étudié la danse dans les grandes écoles d’Espagne et des États-Unis. Elle s’installe à Montréal en 1989, met son talent au service de divers chorégraphes, puis fonde sa compagnie, Fila 13, en 2003.

Féline, volontaire, trilingue, Lina Cruz a la beauté qu’une existence libre donne aux êtres. Née à Carthagène, en Espagne, elle a vécu son enfance en Colombie, étudié la danse dans les grandes écoles d’Espagne et des États-Unis. Elle s’installe à Montréal en 1989, met son talent au service de divers chorégraphes, puis fonde sa compagnie, Fila 13, en 2003.

Lina imagine des spectacles empreints d’une réelle gaieté du corps. Sa danse, faite de « désarticulations cubistes », mise sur la théâtralité, s’emplit d’images et d’actions démultipliées, s’accomplit sur une partition livrée en direct par un musicien qui paie de sa personne en esquissant des mouvements au milieu des danseurs. Rôle qui incombe à son compagnon, l’auteur-compositeur-interprète Philippe Noireaut, qui veille sur sa bien-aimée comme sur un bordeaux millésimé.

Photo : Jocelyn Michel
Photo : Jocelyn Michel

Comment définissez-vous votre signature chorégraphique ?

— Tout art est une tentative de communication. La mienne repose sur un travail au niveau des articulations, en particulier sur l’expression des bras et des épaules. Le corps humain possède 585 articulations et plus de 800 muscles. Imaginez les possibilités ! J’essaie de révéler les dessins et les sculptures que contient le corps. Une journaliste anglophone a un jour associé à mon travail le mot « immediacy » [caractère d’immédiateté, d’urgence]. Cela me convient.

Pourquoi avoir intitulé votre nouvelle création Soupe du jour ?

— Concrètement, pour faire un clin d’œil au bol qui apparaît dans le spectacle, mais surtout pour en souligner le caractère d’adaptabilité. Un créateur doit souvent sacrifier des parties de son œuvre pour se plier aux contraintes des tournées. J’ai donc conçu des solos et des duos amovibles, pouvant bouger au fil des représentations, assimiler les « ingrédients du jour » : dimensions de la scène, budget alloué, nombre de danseurs disponibles.

Le titre original de votre pièce est Mindscapes/Soupe du jour, qui induit un univers à la fois mental et surréa­liste. Pourquoi l’avoir tronqué pour les représentations à Mont­réal ?

— C’est une illustration du concept d’adaptabilité que je viens d’évoquer ! Partout ailleurs, par exemple en Espagne, où nous nous produirons après Montréal, la pièce portera son titre entier.

Vous avez engagé pour ce spectacle une danseuse de Québec et un danseur de Toronto. C’est un geste politique ?

— Non, un geste de fraternité, un mot très important pour moi. Je souhaitais commu­niquer avec d’autres artistes que l’on voit rarement à Mont­réal, mais qui pourtant sont proches — on n’est qu’à six heures de train de Toronto !

Du coup, vous vous donnez une chance de présenter votre spectacle dans ces deux villes ?

— Il y a une part de ça, bien sûr. Vous savez, il est souvent plus facile de partir en tournée en Europe que dans le reste du Canada.

Vous faites de la danse contemporaine, pourtant, vous enseignez le ballet classique.

— La base de tout, n’est-ce pas le classique ? Quand on connaît les positions traditionnelles, on peut ensuite les décentrer, les déséquilibrer. Mes classes commencent avec 10 minutes de préparation physique basée sur l’échauffement typique de l’entraînement de karaté. Les arts martiaux [elle possède une ceinture brune en karaté shotokan] m’ont beaucoup appris sur l’union harmonieuse du corps et de l’esprit.

https://www.youtube.com/watch?v=FO1YJIPHR88

Soupe du jour, Agora de la danse, à Montréal, du 3 au 6 nov., 514 525-1500.

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