RENCONTRE / Olivier Choinière, maître chanteur

Doué pour trousser des titres impossibles à retenir — Agromorphobia, mélodrame végétarien de Elvire O’Connor —, Olivier Choinière a présenté une pièce sur le toit du Théâtre d’Aujourd’hui, entraîné le public dans des balades audioguidées sur le mont Royal, au centre-ville de Montréal ou dans le réseau souterrain, écrit du théâtre de facture plus « classique » (Venise-en-Québec, Félicité), traduit des pièces à succès.

Codirecteur artistique du théâtre Aux Écuries, ouvert aux pratiques parallèles, il enseigne l’écriture dramatique à l’École nationale de théâtre du Canada, où il a obtenu son diplôme, en 1996. Au printemps 2009, il adressait une lettre aux critiques de théâtre montréalais, les incitant, avec humour, à mettre de la réflexion dans leurs articles. Quand il trouve le temps, il fait du rap.

Photo : Jocelyn Michel
Photo : Jocelyn Michel

Comme vous l’écriviez avec ironie dans un numéro de la revue Jeu, l’auteur « n’est-il pas trop collé suçon texte » pour pouvoir le mettre en scène ?

— Le metteur en scène peut écrire un texte, le diriger et le jouer, pas de problème, mais qu’un auteur le fasse, hou là là ! L’auteur, c’est l’intellectuel qui, c’est bien connu, jongle avec les idées et les mots, mais ne sait pas parler aux acteurs, ignore ce que sont les tripes et l’émotion, ne peut imaginer son texte en trois dimensions.

Là, vous mettez le paquet en écrivant, dirigeant et signant la musique de Chante avec moi. De quoi s’agit-il ?

— Il ne faut pas s’attendre à une comédie musicale où le gars dit à sa blonde qu’il l’aime en chan­tant. C’est un spectacle sur le spectacle qui parle de conditionnement, par l’intermédiaire de la chanson populaire.

Photo : Olivier Choinière
Photo : Olivier Choinière

Vous ne pouvez pas être contre la chanson…

— Bien sûr que non, elle est uni­ficatrice, démocratique. Mais je l’utilise comme figure de l’envahissement du spectaculaire dans nos vies, comme métaphore de tout système qui nous broie et sur lequel on ne peut agir. De plus en plus et en toute circonstance, le spectacle avale le contenu. La commission Bastarache en est un exemple.

Pourquoi avoir choisi d’en faire la démonstration avec 50 acteurs ?

— Pour traduire l’envahissement, rien de mieux qu’une foule. Et 50 personnes sur une scène, croyez-moi, c’est une foule. Quand vient le temps des répétitions, je ne vous dis pas le défi que représente la gestion des horaires.

Vous avez eu du mal à recruter autant de comédiens ?

— Je pensais devoir user de chantage émotif ou de « tordage de bras ». Eh bien, ils ont beau être payés des « pinottes », ils ont répondu avec un enthousiasme et un engagement épatants dans une période où il est conseillé de créer des spectacles pour peu d’acteurs, vu le manque d’argent.

Que cherchez-vous à faire avec cette production ?

— Ce que j’essaie tout le temps : désaliéner le spectateur de sa position habituelle de regardant, solliciter son pouvoir d’écriture et d’édition pour qu’il devienne spect-acteur. Si je continue à faire du théâtre, c’est pour tenter, sinon de le réinventer, du moins de le bousculer en y faisant entrer des formes qui lui sont traditionnellement étrangères.

Les critiques de Montréal ont-ils compris le message que vous leur avez adressé en 2009 ?

— Qu’en pensez-vous ? Le milieu théâtral est aussi responsable de l’appauvrissement de la critique en préférant un « prépapier » [entrevue avant la première du spectacle] à une critique qui peut être négative. Le cliché veut que l’artiste déteste la critique ; ce n’est pas mon cas. Mais je réclame de vraies analyses, des interlocuteurs solides.

Chante avec moi, Espace Libre, à Montréal, du 26 oct. au 6 nov., 514 521-4191.


https://vimeo.com/15237239

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J’ai rencontré Olivier à l’été 1989… nous avons travaillé ensemble quelques étés. Et je dois avouer qu’il est toujours égal à lui-même! Cet homme est fascinant, bourré de talent et très intélligent!