René Angélil, 1942 – 2016: l’Angélil gardien

René Angélil a dirigé la carrière de Céline Dion comme un gambler: coups de dés… coups de maître. En rappel, voici un portrait de l’homme d’affaires publié dans les pages de L’actualité en 1993.

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Couverture du numéro de L’actualité du 15 juin 1993.

René Angélil, gérant et époux de la chanteuse Céline Dion, est décédé jeudi matin à l’âge de 73 ans. Article original paru dans L’actualité en juin 1993.

Il y a quatre ans, René Angélil a parié sur Céline Dion : un vrai pari, avec des vrais billets et un vrai bookie. C’était à Dublin, la capitale des courses de chevaux. La chanteuse n’était pas favorite au concours Eurovision : les paris étaient de trois contre un contre. « Imaginez, dit Angélil, je pouvais miser sur Céline. »

Il a vidé tout le contenu de ses poches — 400 livres anglaises : environ 800 dollars. Il a expliqué au type derrière le comptoir qu’au moment où les résultats seraient annoncés, il serait sur l’avion du retour. « Est-ce que vous pouvez m’envoyer mes gains par la poste ? » L’autre a jeté un regard endormi sur ce client trop confiant. Oui, a-t-il fini par répondre, si vous gagnez nous vous posterons votre argent. Angélil lui adressa un sourire satisfait. Évidemment, Céline a arraché le grand prix de l’Eurovision, une sorte d’olympiade de la chanson et Angélil a bel et bien reçu ses quelque 2500 dollars par le retour du courrier. « Elle ne nous a jamais déçu », dit Angélil avec la placidité d’un croupier.

Céline Dion est en effet un numéro gagnant. Depuis ce jour de 1989 à Dublin, l’enfant prodige a tellement relevé de défis que ses premiers succès – qui étaient déjà spectaculaires – ressemblent aujourd’hui aux petits amuse-gueule que l’on sert en préambule à un grand festin. Son 13e disque, le plus récent, simplement intitulé Celine Dion (sans accent), s’est vendu à près de deux millions d’exemplaires (dont un million aux États-Unis). Le 12e, Dion chante Plamondon, a depuis longtemps été consacré platine (75 000 exemplaires) au Québec. En 1992, elle est l’artiste de l’écurie Sony qui a vendu le plus de disques au Canada, devançant les mégastars Michael Jackson et Bruce Springsteen. Jamais un chanteur québécois de langue française n’avait réussi une telle percée sur le marché anglophone.

Quand il regarde Céline évoluer sur le plateau du Tonight Show, à la cérémonie des Oscars, à la soirée des Grammy ou tout simplement quand il la voit saisir les mains d’Arsenio Hall — l’animateur du show télévisé, où elle a fait un malheur en janvier —, René Angélil ne peut s’empêcher de penser à la petite fille timide et maigrichonne qui a échoué dans son bureau un jour de janvier 1981. Il lui avait donné un stylo : « Fais semblant que c’est un micro et que tu es à la Place des Arts. » Elle y avait mis tellement de coeur que René Angélil en avait pleuré. « C’est ce moment qui me revient quand je la vois triompher sur les scènes les plus prestigieuses. »

Non, Angélil n’a pas la larme aussi facile que Céline. Mais à cette époque, il avait le coeur dans l’eau et le moral dans les talons. Pour tout dire, en ce début 1981, l’ex-Baronet était en pleine dépression nerveuse. Ginette Reno, dont il pilotait la carrière depuis un moment, venait de le laisser tomber comme une vieille chaussette. Sa confiance était ébranlée, sa crédibilité, dit-il, annihilée. Il songeait à retourner aux études, ce qui, avec son tempérament impatient, équivalait à peu près à un suicide. Évidemment, il n’avait plus un rond.

« Et les parents de Céline qui n’arrêtaient pas de me parler de leur admiration pour Ginette Reno », dit-il avec un petit rire d’écolier. Les Dion ne savaient pas pour Ginette… Il ne leur demanda qu’une chose : « Faites-moi confiance et dans cinq ans Céline sera une grande vedette. »

René Angélil a dû raconter cette histoire des dizaines de fois. Immanquablement, j’en suis certaine, la même lueur doit s’allumer dans son regard. L’imprésario peut vous entretenir des heures durant de Céline — de son perfectionnisme, de sa gentillesse, de ses petits problèmes de voix — sans montrer un soupçon de lassitude. Qu’importe si vous ne partagez pas son intérêt pour cet oto-rhino-laryngologiste new-yorkais qui sonde la gorge de Céline avec une caméra. Il ne s’en aperçoit même pas tellement il est persuadé que tout ce que fait ou dit Céline est passionnant. Selon Suzanne Mia Dumont, ex-attachée de presse de Céline et grande amie d’Angélil, cette admiration pour sa protégée constitue la première explication de son succès. « Il aime Céline à la folie », résume-t-elle.

Il est constamment à ses côtés, à la ville comme à la campagne, au boulot comme en vacances, à la scène comme en coulisses, à Los Angeles, Toronto, Paris, Tokyo, Séville ou Montréal. Si jamais Céline le quittait, il serait bon pour le caniveau. Ce n’est pas rare, un imprésario qui se fait tasser par sa vedette. Il suffit d’un petit ami jaloux, d’un prétendant ambitieux, pour que 10, 12, 15 ans de complicité soient réduits en miettes. « Neuf fois sur 10, estime Suzanne Mia Dumont, l’artiste « arrivé » va renier son impresario. Voilà pourquoi plus personne ne veut de cette job-là. »

Ces sombres statistiques ne font pas peur à René Angélil. « J’aime ça vivre sur la corde raide », dit-il en engouffrant une large bouchée de pâtes au pistou.

Non, il ne fait pas du show-business pour l’argent ni pour la gloire. Il ne vit pas non plus les émois de la scène par procuration. « Je ne pense pas à ces affaires-là. »

Non, si René Angélil exerce ce métier, s’il a mis tous ses oeufs dans le panier d’une petite fille de 12 ans qui chantait du nez et avait les dents tout de travers, s’il a persisté, s’il continue avec la même ferveur, c’est qu’il ne peut plus se passer de cette sensation ultime que tout joueur connaît bien, et qui est faite de risque calculé, d’attente fébrile et de projection dans un futur idéalisé. René Angélil est un joueur compulsif. Et il fait ce métier-là « pour le thrill ».

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Le jeu est considéré comme un vice, aussi beaucoup de joueurs s’adonnent-ils à leur passion discrètement, sinon en secret. Pas René Angélil. « C’est parce que je suis joueur que Céline est là où elle est aujourd’hui. » La chose est connue : pour produire le premier disque de Céline, Angélil n’a pas hésité à hypothéquer sa maison. On connaît la suite.

Il gage sur tout — l’assistance aux spectacles de Céline, les plaques d’immatriculation des voitures, les numéros de téléphone —, il parie partout — au golf, aux cartes, au casino —, et a déjà gagné des milliers de dollars — et même une Cadillac — en jouant au black jack contre 600 concurrents à Las Vegas.

Il a toujours joué. En 1967, alors que la grande majorité des jeunes de sa génération flottaient sur un nuage psychédélique, René Angélil était chez sa mère, à Villeray, en train de compiler des statistiques. Il avait 25 ans — exactement l’âge de Céline aujourd’hui — et l’intention de prendre Las Vegas d’assaut. Après bien des jours de cogitation en peignoir, il sortit enfin de sa chambre avec ce qu’il avait baptisé « le système », qui lui permettrait de gagner des millions à la roulette.

Il persuada trois de ses amis — dont Pierre Labelle, son confrère au sein des Baronets — d’investir chacun 1000 dollars. Pour un premier essai, Angélil se rendrait lui-même dans la capitale du hasard. Par la suite — « nous, après tout, on était des artistes » — ils engageraient des gens de confiance à 100 000 dollars par année pour aller cueillir le magot. René pressentit son frère André pour cette future mission mais celui-ci, averti par sa mère (« René est devenu fou », lui annonça-t-elle simplement), déclina l’offre. Ce fut la seule fois que René se brouilla avec son frère. Mais dans l’avion pour Las Vegas, il n’y pensait déjà plus.

Vingt minutes après l’atterrissage, devant un tapis vert, il encaisse ses premiers bénéfices : 700 dollars. Un appel aux copains à Montréal lui confirme ce qu’il sait déjà : il est un génie. Reséance devant le tapis vert. En une heure, il perd tout : les économies de ses chums, le futur restaurant italien, le studio d’enregistrement que Labelle et lui avaient l’intention d’acheter avec les recettes de cette journée, et l’école de musique que le quatrième actionnaire s’apprêtait à ouvrir avec les mêmes gains. Bref, la ruine, et la sensation bizarre de « se réveiller ». Aujourd’hui, il en parle encore avec André et les copains. Et racontant cela, il rit aux larmes, René Angélil. « Ma mère avait raison. J’étais devenu fou. »

Il a une des têtes les plus étonnantes du milieu artistique : un visage lisse, sans une ride, une peau mate, une barbe blanche, un front chauve, de longs cheveux tirés vers l’arrière par une petite tresse, et des yeux sombres, très beaux, en forme d’amande… Un gars de bicycle avec des yeux de femme. Mais un gars de bicycle habillé comme un prince. Très élégant, M. Angélil — qui a 51 ans — porte des chemises de soie et ses grosses mains velues s’ornent de bracelets d’argent.

À Montréal — ou plutôt à Laval, où il possède un restaurant genre fast food —, il conduit un char de vieux pitou, une grosse américaine luxueuse, aux banquettes de cuir beige, silencieuse, confortable. Francine Chaloult, l’attachée de presse de Céline, a raison de l’appeler « le parrain ». Il y a quelque chose d’autoritaire dans ses manières onctueuses. Dernièrement, il s’est acheté une grande maison chère à Rosemère. Deux de ses trois enfants y habitent avec lui. Quand il a envie de sushis — il en est fou —, il appelle son restaurateur préféré rue Saint-Denis, qui lui fait parvenir des dizaines de petites bouchées de poisson cru. En taxi.

On dit volontiers qu’Angélil a « fait Céline Dion de A à Z ». C’est sans doute vrai. Mais après 12 ans, leur relation a changé. Exit le gérant-papa qui tient « fifille » par la main. Ils ressemblent aujourd’hui à un couple d’acrobates. Des trapézistes. Angélil, bien sûr, reste dans l’ombre. Mais il ne la quitte jamais des yeux, et c’est lui qui donne le cue : Go ! Alors la petite s’élance, en pleine lumière, la voix au zénith, l’âme à fleur de peau, prête à casser la baraque. À chaque fois, il la rattrape. AÀ chaque fois, ils grimpent plus haut. « Ils se font totalement confiance », dit un proche.

On peut difficilement imaginer deux personnalités plus contraires. Le parrain fait 200 livres, la star est filiforme. Le parrain dort à peine quelques heures par nuit, bouge lentement, pèse chacune de ses paroles. La petite a besoin de ses 10 heures de sommeil, réagit comme un fusible et, aussi transparente qu’un livre ouvert, parle à tort et à travers. Pourtant, c’est elle qui est disciplinée, insiste-t-il, alors que — tout excessif qu’il soit — il est habité d’une sorte de nonchalance orientale.

Il a grandi angle Saint-Denis et Gounod, en pleine ville. Son père, né à Damas, est âgé de 37 ans quand il arrive à Montréal. Il vient y épouser une jeune fille de 21 ans, également d’origine syrienne et catholique. Les futurs ne se connaissent pas. C’est la famille qui a arrangé le mariage. « Ce qui ne les a pas empêchés de vivre parfaitement heureux pendant 30 ans », dit l’imprésario. Chez les Angélil, on parle trois langues : l’arabe, le français et l’anglais. Angélil-père, tailleur dans une manufacture, gardera jusqu’à sa mort un accent prononcé. « Mon père, c’était un vrai Arabe », dit René avec un petit rire tendre et gêné. Les parents ne vivent que pour les enfants, qu’ils traînent partout avec eux. C’est ainsi qu’à cinq ans, René verra son premier spectacle à Broadway.

Quatorze ans plus tard, il décide d’abandonner ses études pour faire une carrière musicale au sein d’un groupe « yéyé », Les Baronets. Les parents, le père surtout, sont consternés mais René a la tête dure, un trait qui lui est resté. L’épisode des Baronets — un trio qui fera les belles heures de l’émission Jeunesse d’aujourd’hui — est à l’image même des insouciantes années 60. « Pour nous tout était possible, rappelle le comédien Pierre Labelle, un des membres du groupe. Les Jérolas étaient passés au Ed Sullivan Show. Pourquoi pas nous ? »

Comme la majorité des groupes de l’époque, les Baronets se spécialisent dans le repiquage de succès américains ou britanniques. Leur C’est fou mais c’est tout, qui tenait le haut du palmarès en 1964, était une traduction de Hold Me Tight des Beatles. Ils ont 22 ans et de l’argent plein les poches (1 000 dollars par semaine dans leurs bons moments). « On faisait la fête tout le temps », dit Angélil, qui se souvient d’une magnifique Thunderbird rouge dont le toit disparaissait dans le coffre arrière. Neuf jours après l’avoir achetée, il froissait sa belle carrosserie neuve sur une autoroute.

Car tout va très vite. Le « yéyé » n’est qu’un feu de paille. En 1970, au moment où le corps de Pierre Laporte est retrouvé dans un stationnement à Saint-Hubert, Angélil est sur la scène du Patriote devant un parterre à moitié vide. Les célèbres événements d’octobre ne lui ont laissé aucun souvenir sinon celui d’une perte… historique. « Je me rappelle un dimanche. Pendant que je suis sur scène, le Canadien se fait battre 2 à 1 par Buffalo. Mes collègues acteurs ne savent rien, mais moi j’ai 3 600 piastres sur cette partie de hockey. Cet argent-là, je ne l’ai pas et il faut que je rembourse le bookie le lendemain. »

Angélil s’est toujours refait. Un jour il est riche à craquer, le lendemain il est fauché comme les blés. « J’ai même fait faillite une fois. » Au Patriote, c’est Clémence Desrochers qui était allée les chercher, lui et Pierre Labelle, dans l’espoir de décloisonner le monde du spectacle et d’amener le grand public dans les boîtes à chanson. « On a été étonné que je m’associe à eux, dit Clémence. Pour les snobs, c’était des gars cheap. J’ai adoré René. Mais mon plan n’a jamais marché. Nos univers sont restés cloisonnés. »

Dans la « revue » de Clémence, Angélil jouait un péquiste. Pour un fédéraliste comme lui, c’est plutôt comique, non ? Il me jette un regard ennuyé. Il n’est pas fédéraliste, dit-il. Il a même déjà voté pour René Lévesque. « Pour moi ce gars-là est un héros. Mais en même temps, j’aimais aussi Trudeau. »

Selon Suzanne Mia Dumont, une des grandes qualités d’Angélil, c’est sa diplomatie. « Il pourrait être ambassadeur demain matin. » Cette façon de ménager la chèvre et le chou, de se mouvoir dans les méandres du conflit linguistique québéco-canadien sans avoir l’air d’y toucher, c’est de l’Angélil tout craché. Avec mille et une entourloupettes, un marketing habile, deux (bientôt trois) disques en anglais, Angélil a réussi à imposer sa star au Canada anglais sans lui faire perdre une once de son immense popularité au Québec. On pourrait paraphraser Yvon Deschamps : une Céline forte dans un Canada uni.

Comme d’habitude, il a misé sur la personnalité de sa petite colombe, une fille originaire de Charlemagne, la cadette d’une famille de 14 enfants, qui ne parlait pas un mot d’anglais il n’y a pas encore si longtemps.

« Céline est comme un athlète. On ne questionne pas Mario Lemieux, qui joue à Pittsburgh et qui parle anglais tout le temps. Les gens savent que lui, sa passion, c’est le hockey. Avec Céline, c’est la même chose. Tout ce qu’elle veut, c’est chanter. »

À partir de là, peu importe si son dernier spectacle — en avril au théâtre du Forum (5 500 places) — était aux trois quarts en anglais. Peu importe si une semaine plus tôt, au gala des Junos à Toronto, elle annonçait au pays tout entier sa joie « to be back home in Canada », son public québécois est derrière elle à 100 % : il fallait les entendre lui chanter Ma chère Céline… (la star venait d’avoir 25 ans le 30 mars). « Pôpa pi môman » Dion étaient dans la salle — l’interprète de Beauty and the Beast nous les avait fièrement présentés. On aurait dit une grande fête de famille. La seule chose qu’Angélil demande à Céline dans ces cas-là, c’est d’être elle-même. Tant pis si parfois une gaffe (« la séparation du Québec serait épouvantable », à Séville l’été dernier) fait tanguer le bateau un peu fort.

Depuis six ans — depuis le grand retour de Céline après un an et demi de repos où elle a refait son image —, ces deux-là affichent un parcours sans faute. Ou presque. Il y a bien eu la panne de voix de Céline en 1988, la crise cardiaque de René l’an dernier, un traumatisme auquel il ne fait pas référence autrement que par « mon petit accident de parcours ». Mais chaque fois le couple s’est relevé. « It’s all little moves », me dit Vito Luprano, le directeur artistique de la compagnie de disques Sony à Montréal, un Italo-Québécois avec qui René planifie ses coups fumants (entre autres intéresser la direction de Sony International à la petite fille de Charlemagne). La progression de Céline sur l’échiquier du show-business nord-américain s’est faite petit à petit, par avancées successives.

Angélil a d’abord inscrit sa protégée à des cours d’anglais : essentiel. Il a ensuite contacté une grosse compagnie de disques, CBS (acquise par Sony depuis) : « la clé », dit-il. Puis il a saisi toutes les occasions qui se sont offertes à lui. Ainsi, quand la Canadian Academy of Recording Arts invite Céline à interpréter une des chansons de son album Incognito au gala des Junos en novembre 1987, Angélil accepte : d’accord, mais elle va chanter en anglais. Les organisateurs sont déconcertés.

« Eux, tout ce qu’ils voulaient, c’était de « couvrir » le Québec et qu’on n’en parle plus. Mais moi, j’avais vu l’indifférence avec laquelle ils avaient accueilli Martine St-Clair l’année précédente. Non, mon artiste n’irait pas chanter devant un auditoire blasé. J’ai fait traduire une des chansons d’Incognito. Avec Just Have a Heart, elle a volé le show. »

Un an plus tôt, juste pour « mettre le pied dans la porte », Angélil avait fait inscrire une petite clause au bas de son contrat avec CBS : un montant de 25 000 dollars serait consacré à la production d’un disque en anglais. « Une joke, dit-il, 25 000 piastres, tu ne fais rien avec ça. » Mais, chaque fois qu’il le peut, Angélil fait réviser la clause à la hausse. Le coup de Just Have a Heart lui permettait de renégocier à 300 000 dollars.

Deux ans plus tard, quand Céline entrera en studio, le budget aura atteint un million. Son secret ? « Je suis sincère, dit ce grand joueur devant l’éternel. Je ne bullshitte jamais. » Unison, le premier disque en anglais de Céline, s’est vendu à un million d’exemplaires à travers le monde.

Au début cependant, on est sceptique à l’ouest de l’Outaouais. « Il a fallu que Céline grimpe au Billboard, le palmarès américain, pour que le Canada anglais embarque. »

À Montréal, dans une sorte de réaction « distincte », l’ADISQ (l’Association du disque et de l’industrie du spectacle québécois) lui tire le tapis de sous les pieds en lui décernant le trophée de la meilleure chanteuse… anglophone de l’année 90. « Ils voulaient nous faire la leçon parce que Céline chantait en anglais. J’étais furieux. Céline était furieuse. Nous avons refusé le trophée. Vous ne me ferez jamais croire qu’un véritable artiste ne veut réussir qu’au Québec. Ça se peut pas ! Ceux qui disent le contraire sont jaloux. »

Le Canada anglais est une étape majeure dans la stratégie d’Angélil. Encore une fois, en mars dernier, il s’est servi des Junos pour consolider son avance. Non seulement Céline allait remporter quatre trophées, mais c’est elle qui animait le gala. « Autour de moi, on m’avait déconseillé fortement d’accepter la proposition de l’académie. Elle n’avait rien à y gagner, me disait-on, sinon le privilège de se casser la gueule. Moi, je n’étais pas d’accord. O.K., il y avait un risque, Céline n’ayant jamais animé quoi que ce soit en anglais. Mais je pensais : si ça marche, on vient de régler sa carrière au Canada. Céline a triomphé. »

Angélil se retrouve un peu comme celui qui vient de faire sauter la banque. Que faire à présent ? Miser sur le rouge avec une série de spectacles aux États-Unis (où ils ont encore beaucoup à prouver) ou sur le noir avec un troisième disque en anglais ?

Après toutes sortes de calculs, le gambler-manager a décidé d’entrer en studio. Le disque sera prêt à l’automne. Évidemment, on le veut meilleur et encore plus retentissant que le précédent. Mais il faut compter davantage qu’avec la chance du débutant. « Grimper quand tu as du talent, c’est la partie la plus facile. Parce que tout le monde veut t’aider. Quand tu as atteint un certain palier, c’est là que les problèmes commencent. Il y a les autres qui poussent, puis tout le paquet d’envieux. Notre défi maintenant, c’est de rester où nous sommes. Et ça, c’est le plus difficile. »

Quand il jongle avec les chiffres, Angélil a l’air d’un monsieur sérieux. Mais il a un côté fou, très adolescent. Dans le temps des Baronets, il était le spécialiste des canulars. « Il a déjà « acheté » le Radio City Hall de New York en se faisant passer pour un richissime Européen, raconte Pierre Labelle. Il pouvait passer une journée entière à monter un coup au téléphone. C’est un pince-sans-rire extraordinaire. »

« Il est resté un enfant », dit Louis Hechter, le coiffeur attitré de Céline. Hechter a une position difficile à défendre : c’est lui qui est — en grande partie — responsable du look de Céline. Dans sa tâche, il est supervisé par Angélil, qu’il appelle affectueusement « pôpa ». Depuis quelque temps, pôpa a fait ajouter plusieurs zéros au budget beauté de la star. Mais les postiches à 800 dollars et les robes de couturiers à 5000 douilles semblent avoir l’effet opposé au but recherché. « Le problème, dit un observateur de la scène artistique, c’est que René Angélil n’a aucun goût. »

Mais est-ce si important ? Le mot de passe dans l’univers Dion-Angélil n’est pas mode ou beauté, mais bien rêve. Céline Dion en particulier voit sa vie en cinémascope. Se promener en limousine à Hollywood, manger à la table de Michael Jackson ou encore chanter devant le prince Charles et la princesse Diana, voilà de quoi est tissé ce rêve à la Walt Disney. C’est un truc d’enfant qu’elle traîne avec elle depuis toujours, à côté de ses 14 poupées et de la photo de sa future robe de mariée.

Car elle veut se marier, Céline, et le plus tôt possible. Elle désire avoir des enfants aussi. Elle ne s’en cache pas, elle l’a même confié en pleurant à Lise Payette : il y a un homme dans sa vie. Et une rumeur de plus en plus persistante veut que ce soit Angélil, l’élu de son coeur. Régulièrement dans les petits journaux de vedettes, on les fiance, on les marie. Le 1er avril dernier, le Journal de Montréal annonçait même le mariage du couple à Los Angeles. L’imprésario – qui a pourtant un passé légendaire de mystificateur – n’a pas apprécié ce poisson d’avril. « Je trouve ça cheap. »

Mais est-il l’amoureux de Céline ? « J’aimerais mieux ne pas en parler pour le moment. » Tout le Québec a le front penché sur cette énigme. Pygmalion épousera-t-il sa princesse ?

Les paris sont ouverts.

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1 commentaire
Les commentaires sont fermés.

Ma plus profonde sympathie , Céline , sur le départ de René. Puisse-t-il reposer en paix. Bonne santé à toi et ta famille et bonne chance.