« embouteillageS » pour les 50 ans de l’École nationale de théâtre du Canada

Il le dit avec une certaine fébrilité : « C’est fou. » Et comment ! Parmi les nombreuses célébrations du 50e anniversaire de l’École nationale de théâtre du Canada, embouteillageS se révèle l’entreprise la plus audacieuse.

Imaginez : 70 étudiants de tous les programmes de la section française de l’École participent à un exercice public qui a lieu dans 15 véhicules (automobiles, fourgonnette, autobus) disposés dans le Hangar 16 des Quais du Vieux-Port de Montréal. Robert Bellefeuille tient le volant du spectacle. « On m’a confié le mandat d’organiser théâtralement le chaos. » Pas du genre à fuir, le directeur artistique met plutôt sa capacité d’invention à l’épreuve et lance un défi aux concepteurs : comment animer un stationnement et y susciter un événement théâtral significatif ?

Photo : Jocelyn Michel
Photo : Jocelyn Michel

Pour le public friand d’aventures, un beau « tour de machine » en perspective, avec une mosaïque de textes signés Michel Garneau, Jean-Claude Germain, Carole Fréchette, Olivier Choinière, Étienne Lepage et autres auteurs diplômés ou complices de l’École, pilotés par les metteurs en scène Alice Ronfard, Denis Bouchard, René-Daniel Dubois, Isabelle Leblanc, etc. Pour les comédiens, assurément un coup d’accélérateur dans leur apprentissage : ayant tous un monologue à défendre, les finissants doivent gérer, dans le huis clos d’une voiture, l’intimité avec les spectateurs, leurs possibles interventions, la dispersion éventuelle de leur attention. Le spectacle comporte deux parties, chacune constituée de 14 scènes d’une quinzaine de minutes jouées simultanément !

Les spectacles à gageure, Bellefeuille en réclame. L’an dernier, il a dirigé son premier opéra contemporain : L’eau qui danse, la pomme qui chante et l’oiseau qui dit la vérité, de Gilles Tremblay. Même pas eu peur.

Il est né à Alexandria, petit village entre Ottawa et Montréal. « Je me sens comme un homme de frontière. Avec le recul, je constate que mon parcours artistique s’est beaucoup articulé sur l’identité, la langue, l’exil, le voyage. » En 1979, il a cofondé — avec Jean-Marc Dalpé, entre autres — le Théâtre de la Vieille 17, pôle d’expérimentation et de création théâtrale en Ontario français, à la barre duquel l’acteur, auteur et metteur en scène est resté 25 ans. Bachelier en théâtre et en lettres françaises de l’Université d’Ottawa, puis formé comme comédien au Conservatoire d’art dramatique de Québec, il coordonne depuis cinq ans le programme de mise en scène à l’École nationale de théâtre. Conjoint de la comédienne Nathalie Mallette, qui lui a donné une fille, Robert a gardé quelque chose d’enfantin,
la joie têtue d’un gosse qui ne veut pas descendre de son cheval de bois. « Je veux continuer à faire ce métier en ressentant toujours le vertige que j’ai eu la première fois que je suis monté sur scène. »

embouteillageS, Hangar 16, Vieux-Port de Montréal, du 21 au 30 avr., 514 871-2224.

Lors de la conférence de presse. Photo : ENT
Lors de la conférence de presse. Photo : ENT

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