RENCONTRE / Robin des bois

Une gueule de voyou, un cœur d’écorché, un comédien habité (détenu dans Temps dur, psy gourou sur les bords dans De père en flic). Né à Victoriaville, comme les humoristes des Chick’n Swell, dont il fut membre cofondateur, Robin Aubert a montré ses fesses à Tout le monde en parle, mais surtout scénarisé et réalisé plusieurs courts et moyens métrages ainsi que trois longs, dont le plus récent, À l’origine d’un cri.

Une gueule de voyou, un cœur d’écorché, un comédien habité (détenu dans Temps dur, psy gourou sur les bords dans De père en flic). Né à Victoriaville, comme les humoristes des Chick’n Swell, dont il fut membre cofondateur, Robin Aubert a montré ses fesses à Tout le monde en parle, mais surtout scénarisé et réalisé plusieurs courts et moyens métrages ainsi que trois longs, dont le plus récent, À l’origine d’un cri.

« Un film coup-de-poing », annonce Michel Barrette, l’un des interprètes principaux, avec Jean Lapointe et Patrick Hivon. L’accroche : « Un jeune homme prend la route avec son grand-père afin de retrouver son père, qui a fui avec le corps de sa défunte femme. » Un road movie aux allures de drame familial, qui passe de plexus à plexus.

Votre film est dédié à votre grand-père, Cébald Aubert.

– Une nuit, pendant que j’écrivais mon premier film, Saints-Martyrs-des-Damnés, j’ai rêvé à lui, qui m’a dit : « Au lieu de filmer des niaiseries, quand est-ce que tu vas faire un film sur nous autres ? » Il est en quelque sorte le déclencheur. Mais il m’a fallu du temps pour transcender la réalité et raconter une histoire.

L’une des phrases clés du film est : « Quand on n’a plus son père, on est obligé de devenir un homme, pis là ça fait mal. » Vous voulez témoigner du malaise actuel des hommes ?

– Plusieurs femmes, dont la monteuse, m’ont dit que j’avais fait un film de femmes parlant des hommes. Pourquoi pas ? Mais je n’ai pas écrit un film sur la condition masculine – je n’ai aucune compétence en la matière -, j’ai simplement essayé de comprendre pourquoi j’étais enragé comme ça dans la vie, d’où venait ma colère.

Avez-vous trouvé quelques réponses ?

– Je ne pense pas qu’un film puisse changer le monde, mais il peut changer l’auteur. Je crois avoir enfin accepté qui j’étais et pardonné à ceux à qui il fallait que je pardonne.

Quelle serait votre plus grande force en tant que réalisateur ?

– Sans doute mon instinct pour distribuer les bons rôles aux bons acteurs. Car, pour le reste, mes films sont toujours un peu délinquants, bourrés de défauts.

photo : Joannie Lafrenière
photo : Joannie Lafrenière

Cela ne les rend-il pas plus vrais ?

– Dans Saints-Martyrs, j’ai voulu mettre un trop-plein de créativité et cela a donné une grosse soupe aux légumes. Pour celui-ci, j’ai visé la soupe miso, mais je ne pense pas y être parvenu. Car le trop-plein fait partie de moi, je suis quelqu’un d’intense, j’ai du mal à épurer.

Vous êtes un excellent acteur, mais on ne vous voit pas beau­coup. Qu’est-ce qui vous fait accepter un rôle ?

– Quand je manque d’argent pour finir un de mes films ! J’accepte de faire l’acteur plus par affinité avec le réalisateur que pour le rôle lui-même. Et pas question de jouer dans mes propres affaires : ça serait le comble du narcissisme.

Dans le blogue alorigineduncri.com, vous écrivez : « On n’est qu’une poignée au Québec à faire des films. Et en même temps, on est déjà beaucoup trop. Je veux dire, pour deman­der de l’argent. » Frustrant d’attendre les subventions des autorités publiques ?

– Je me défoule par l’écriture. Sinon, je veux faire des films pour les bonnes raisons, pas pour aller manger des canapés dans des festivals et y ren­contrer d’autres cinéastes. La vie est trop courte, et il y a tellement de gens plus intéressants que les cinéastes. Depuis cinq ans, je possède une fermette avec des chevaux, des poules, des canards. Quand je suis en ville, j’angoisse : mon film sera-t-il aimé ? Combien de salles vont le présenter ? Mais quand je caresse un cheval dans le champ, tout devient futile.

À l’origine d’un cri, en salles depuis le 24 sept.

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