Roman: effacement inéluctable

L’auteure de L’angoisse du poisson rouge aborde quelques-unes des causes qui, dans notre monde éphémère, amènent les êtres et les choses à disparaître.

Les voies de la disparition, par Mélissa Verreault, La Peuplade, 496 p.
Les voies de la disparition, par Mélissa Verreault, La Peuplade, 496 p.

«La terreur n’est pas l’apanage des endoctrinés, des extrémistes et des fous de Dieu», écrit Mélissa Verreault dans son troisième roman, Les voies de la disparition. C’est avec pertinence et en détail qu’elle nous remet en mémoire les deux décennies de plomb qu’a connues l’Italie de 1969 à 1989 alors que les groupes armés communistes et néofascistes rivalisaient de violence à coups d’assassinats et de quelque 600 attentats à la bombe — violence qui a culminé avec le massacre de 85 innocents à la gare de Bologne, en 1980.

Un des personnages du roman, Claudio, y a perdu un ami et ne s’en est jamais remis. Préférant tourner le dos à l’Italie, il a fui en France, dans une ferme des Alpes maritimes où l’on faisait l’élevage d’une espèce menacée: le cheval sauvage de Przewalski. Maintenant retraité, il arrive au Québec pour rendre visite à son filleul Fabio et sa femme, Manue (protagonistes du précédent roman de l’auteure, L’angoisse du poisson rouge), jeune couple qui essaie désespérément d’avoir un enfant.

Dans le chassé-croisé de leurs discussions et des rappels historiques, Mélissa Verreault aborde quelques-unes des causes qui, dans notre monde éphémère, amènent les êtres et les choses à disparaître: l’infertilité, qui sonne le glas d’une lignée, l’alzheimer, qui efface la mémoire, l’infidélité, qui dissout les couples, la surexploitation, qui épuise les ressources naturelles et éteint les espèces, la violence, qui risque d’entraîner l’anéantissement de l’humanité. Elle traite de ces sujets avec une lucidité qui est le fruit d’une profonde réflexion sur nos maigres chances de survie.

Et pourtant, jamais son ambitieux roman ne sombre dans le pessimisme. Si elle insiste sur le fait que, dans notre réalité en constant changement, tout a une fin, c’est pour laisser entendre qu’un jour, même les groupes terroristes ne seront plus qu’un mauvais souvenir. Oui, tout passe, assure-t-elle, sauf l’amour, qui reste notre seule planche de salut. Avec Les voies de la disparition, Mélissa Verreault montre combien, de roman en roman, elle fait du chemin… et entend laisser sa trace.

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