Romans: après l’apocalypse

En représentant leur lutte désespérée contre l’extinction des identités culturelles, Catherine Mavrikakis nous livre ici son meilleur roman.

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Oscar de Profundis, par Catherine Mavrikakis, Héliotrope, 328 p. et Station Eleven, par Emily St. John Mandel, Alto, 432 p.

Depuis que Cormac McCarthy a reçu le prix Pulitzer pour son roman La route, les auteurs littéraires ne se gênent plus pour investir le genre postapocalyptique. Cet automne, c’est au tour de Catherine Mavrikakis et d’Emily St. John Mandel de proposer leur vision très personnelle de notre planète dévastée, et toutes deux sont beaucoup moins préoccupées par la simple lutte pour la survie individuelle que par la conserva­tion des traces culturelles de notre passage ici.

Dans leurs romans, l’humanité se trouve décimée par une pandémie aussi virulente que sans remède. Chez Catherine Mavrikakis, la « maladie noire » ne frappe que les pauvres et les sans-abris, pendant que les nantis se calfeutrent dans la banlieue et attendent patiemment que les villes soient purgées de cette vermine indésirable. Le Gouvernement mondial, pour sa part, en profite pour interdire les livres sur papier et uniformiser la culture.

À Montréal, cependant, des rebelles utilisent leurs dernières forces pour sauvegarder ce qui reste du passé francophone. Pour faire entendre leurs revendications, ils planifient l’enlèvement d’une vedette internationale : Oscar de Profundis, érudit décadent qui a renié ses origines québécoises et préfère collectionner les grandes œuvres du patrimoine mondial, qu’il entrepose dans une immense nécropole. En représentant leur lutte désespérée contre l’extinction des identités culturelles, Catherine Mavrikakis nous livre ici son meilleur roman.


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Dans Station Eleven, c’est le virus de la grippe géorgienne qui se propage comme une traînée de poudre, réduisant les terres habitées à « un archipel de petites localités ». Comme au Moyen Âge, une troupe itinérante vient chaque année présenter aux survivants un programme constitué de pièces de Shakespeare et de concerts symphoniques, parce que « survivre ne suffit pas ». Mais cet art ancien est-il une réelle consolation ou un attachement nostalgique qui rend plus difficile l’adaptation aux temps nouveaux ?

La question que pose ici Emily St. John Mandel devient encore plus cruciale quand la troupe trouve, dans un aéroport, un musée consacré aux artéfacts de notre civilisation, désormais anachroniques. Ces reliques, pour les jeunes nés après l’apocalypse, « c’est de la science-fiction » — comme quoi tout est relatif. L’auteure souligne ainsi l’importance, pour chaque génération, de trouver le mode d’expression artistique approprié à sa réalité. Y a-t-il une autre façon d’assurer notre survivance ?

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1 commentaire
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Le premier roman semble actuel à ce que nous vivons, Il ne faut pas se cacher les petites boîtes disparaissent au profit des plus grosses. Nous assistons à la disparition de la diversité qui est la richesse de l’humanité.