Romans : féeries de saison

Martine Desjardins propose ici six lectures à se mettre sous la dent pour les Fêtes.

Bibliothèque maudite

Tous les savants fous ont déjà été adolescents. Même Victor Frankenstein, dont les années d’apprentissage font maintenant l’objet d’une série signée Kenneth Oppel, l’un de nos meilleurs écrivains pour la jeunesse. Élevé en Suisse dans un château vermoulu de passages secrets, Victor commence à s’intéresser à l’alchimie quand il trouve, dans une bibliothèque souterraine, la formule de l’élixir qui pourrait bien sauver la vie de son frère jumeau, frappé d’une maladie mortelle. Pour concocter la potion, il devra trouver du lichen phosphorescent, de l’huile de cœlacanthe et de la moelle humaine fraîchement prélevée?: autant d’épreuves qui font du premier tome de la série, intitulé Un sombre projet, un pur trésor d’aventures et de mystères. (Québec Amérique, 440 p., 19,95 $)

Foire occulte

Au XVIIe siècle, le Théâtre de la foire attirait les meilleurs comédiens, jongleurs, acrobates et montreurs d’animaux de Paris. C’est sur cette kermesse bigarrée que règne l’Italien, marionnettiste qui fascine la tisserande Marie autant qu’il la terrifie. Car ce maître manipulateur doit son pouvoir d’envoûtement à un ancien grimoire d’alchimie et à ses entrées impies au cimetière des Saints-Innocents… Fruit de 10 années de recherche, Les laboureurs du ciel (en lire un extrait >>) recréent l’atmosphère truculente des fêtes populaires et des cabales occultes dans un parfait amalgame de poésie et d’authenticité. En entrant dans le laboratoire où Isabelle Forest s’adonne à ses savantes transmutations, on découvre une superbe alchimiste du verbe. (Alto, 240 p., 22,95 $)

Marécage hanté

La Floride regorge de parcs d’attractions, mais aucun n’est aussi glauque que celui qu’a imaginé Karen Russell. Swamplandia, il faut le dire, est en faillite depuis le décès d’Hilola, la dompteuse étoile qui nageait avec les alligators. Abandonnés à eux-mêmes, les trois enfants de celle-ci sombrent dans une sorte d’inconscience qui les livre aux mains de spectres séducteurs et de chasseurs de vautours rapaces, pour aboutir, ultimement, au Pays des morts, un labyrinthe marécageux infesté de moustiques et de dangereux reptiles d’où l’on ne revient jamais – à moins d’avoir hérité de sa mère l’art de maîtriser les monstres. Un voyage initiatique à travers les Everglades, dont aucun personnage ne sortira innocent. (Albin Michel, 480 p., 32,95 $)

Monde miniature

Un cambrioleur réclame de ses victimes non pas de l’argent, mais un objet ayant une grande valeur sentimentale. Il leur vole ainsi une partie de leur âme, ce qui les rend vulnérables aux plus bizarres transformations?: un homme se change en bonhomme de neige, une femme en bonbon, une autre est attaquée par son tatouage représentant un lion, alors que l’épouse du narrateur, elle, se met à rapetisser jusqu’à ne plus mesurer que six centimètres… Derrière les débordements fantaisistes d’Andrew Kaufman se tapit une crainte familière?: celle de se sentir diminué – aux yeux des autres comme aux siens. Aussi inventif qu’émouvant, Minuscule (en lire un extrait >>) est un conte au cœur gigantesque qui attendrira tous les grands enfants. (Alto, 128 p., 17,95 $)

Cirque magique

Deux vieux magiciens rivaux, décidés à prouver une fois pour toutes lequel d’entre eux est le plus doué, se battent en duel par apprentis interposés. Comme arène, ils ont choisi Le cirque des rêves, un lieu mystérieux, ouvert seulement la nuit, où leurs pupilles, Celia et Marco, élaborent des tours extravagants qui dépassent de loin le simple passe-passe – d’autant plus que c’est leur vie (et bientôt leur amour) qui est en jeu. Écharpes qui s’irisent et se transforment en tourterelles, jardins de glace vivante… Sous l’immense chapiteau de son imagination, l’auteure Erin Morgenstern multiplie les effets spéciaux, pendant que le lecteur va de surprises en émerveillements. Un pur enchantement. (Flammarion, 504 p., 29,95 $)

Remous à Venise


La sage-femme de Venise,
c’est Hannah, une juive qui accepte, au péril de sa vie, de sortir du ghetto pour aller aider à l’accouchement d’une comtesse chrétienne. Son prix?: l’argent nécessaire pour payer la rançon de son époux, capturé par les pirates et retenu prisonnier à Malte. Chantage, complots, tentatives d’infanticides, épidémie de peste… En multipliant les péripéties pour faire passer en douceur sa riche documentation, Roberta Rich nous offre l’un des meilleurs romans historiques de l’année. (La courte échelle, 336 p., 24,95 $)

 

Laisser un commentaire