Saint-Henri, vedette d’un film

Une quinzaine de cinéastes ont passé la journée du 26 août 2010 dans un quartier populaire de Montréal. Ils en ont rapporté un document remuant : À St-Henri, le 26 août, à l’affiche à Montréal et à Québec jusqu’au 26 mai.


Invités par la réalisatrice Shannon Walsh, pour qui le cinéma se révèle un outil d’engagement social, 16 documentaristes de premier plan ont capté – le 26 août 2010, jour de rentrée scolaire – 24 heures du quartier Saint-Henri, à Montréal. Un quartier qui n’a pas (eu) la vie facile.

Au fil des séquences et de multiples petites histoires, on découvre des personnages qui dépassent la fiction : Jennifer, lanceuse de couteaux ; Belinda, coiffeuse délurée née au Togo ; Rages, graffiteur urbain ; Babyface, champion de boxe canadien de 15 ans ;  Doris qui ramasse des bouteilles vides ; Danielle, « voyageuse dans l’inconnu » pour ne pas dire dans les égouts  ; des jeunes qui appliquent une technique étonnante pour faire surgir de terre les vers qui leur servent  d’hameçons pour la pêche dans le canal Lachine ; et plein d’autres visages. Des couples, des gens seuls, beaucoup d’enfants ; des sourires en masse, de la solidarité, de la diversité, des échantillons d’humanité.

J’ai été particulièrement ému par le couple que forment Robert et Edmée. Au marché Atwater, il la tient par la main de peur que le vent l’emporte. Edmée a 90 ans, la silhouette minuscule, le caractère bien vissé : « Je te l’ai dit, Robert, on vit nos plus belles années. » Eh bien, il y a de l’espoir !

Vibrant, coloré, À St-Henri, le 26 août se fait l’écho d’À Saint-Henri le cinq septembre, tourné par Hubert Aquin, en 1962, avec l’aide d’une quinzaine de cinéastes – et pas les plus manchots :  Michel Brault, Claude Jutra, Gilles Groulx, Fernand Dansereau, etc. Les réalisateurs jouent les touristes et épient le quotidien des résidants du quartier, à l’époque où la religion et les usines rythment les existences. « Nous avons fait ce film sans mise en scène avec l’amour voluptueux de l’arbitraire. » Le commentaire de Jacques Godbout, un brin ampoulé, voire hautain, ne manque pas d’humour. En contrepoint d’un service funèbre, le narrateur mentionne que « d’être enterré coûte aussi cher que de vivre six mois au bord de la mer ».

Heureusement, le film de Shannon Walsh et de ses complices n’offre pour tout commentaire que les propos des participants. On n’a pas besoin d’autre chose. Les images parlent par elles-mêmes. Et aussi la musique, très inspirée, de Patrick Watson.

À St-Henri, le 26 août, à l’affiche au Cinéma Parallèle, à Montréal, du 20 au 26 mai ; et au Cinéma Le Clap, à Québec, du 20 au 26 mai.

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