Salmigondis de fin de saison

Puisque la saison littéraire tire à sa fin, voici un bref retour sur cinq essais marquants, cinq ouvrages qui méritent une longue vie…

Salmigondis de fin de saison

DÉSTABILISANT

On avait découvert une grande romancière avec Le ciel de Bay City. On la lit avec tout autant de bonheur quand elle enfile ses habits d’essayiste.

Dans L’éternité en accéléré (Hélio­trope, 278 p., 24,95 $), recueil de 52 textes d’abord publiés sur le Web, Catherine Mavri­kakis traite à la fois de l’universel et de l’intime. Mieux encore, elle fait le pont entre les deux réalités. Qu’elle évoque la mort de Michael Jack­son, son adolescence dans l’est de Montréal ou l’importance de Facebook dans sa vie, elle nous déroute, nous séduit, nous bouscule. Et on retrouve avec joie ce vif sentiment d’urgence qui anime son écriture.

 

ESSENTIEL

Pour célébrer les 50 ans de Liberté, les éditions Le Quar­tanier publient une anthologie des essais les plus importants parus dans cette revue littéraire entre 1959 et 2009. Fon­dée par le poète Jean-Guy Pilon, Liberté répondait à la nécessité d’une prise de parole par les écrivains, au moment où le Québec se remettait d’une sombre période dominée par les pouvoirs politiques et religieux.

On retrouve bien sûr dans l’anthologie le texte le plus percutant jamais paru dans le périodique, « La fatigue culturelle du Canada français », d’Hubert Aquin. Elle comprend aussi des textes des principaux penseurs et écrivains qui ont animé la revue : Jacques God­bout, Jacques Ferron, Fernand Ouellette, Fer­nand Dumont, Pierre Vade­boncœur, Gilles Marcotte, André Major, Yvon Rivard et François Ricard. On referme par ailleurs cette compilation avec la certitude que Liberté garde aujourd’hui toute sa pertinence. Sous la gouverne du rédacteur en chef Pierre Lefebvre, la revue a connu un nouveau souffle.

Les membres de l’équipe de rédaction actuelle ont repris les armes en 2004, fouettés, expliquent-ils, par les coupes massives dans le secteur de la culture, le virage à droite des gouvernements et le rétrécissement de l’espace public réservé aux intellectuels.

(Anthologie Liberté : L’écrivain dans la cité – Cinquante ans d’essais, Le Quartanier, 464 p., 32,95 $)

 

ÉBLOUISSANT

Depuis son enfance à Rimouski, Robert Lévesque aime les trains et les gares. Le critique dramatique et chroniqueur littéraire a fait de l’univers ferroviaire le thème d’un éblouissant recueil de courts textes consacrés aux écrivains qu’il apprécie.

Kafka, Rim­baud, Balzac, Ibsen, Gabrielle Roy, Oscar Wilde, Tchekhov, Barthes et Marcel Proust sont du voyage. On y retrouve aussi Arthur Buies, qui, selon Léves­que, « a laissé dans l’histoire du journalisme canadien-français du 19e siècle le seul, le grand exemple d’un chroniqueur aussi perspicace, lettré, progressiste, ironiste, désespéré et libre ». Lévesque sait-il que, lorsqu’il décrit ainsi Buies, c’est de lui-même qu’il parle ?

(Déraillements, par Robert Lévesque, Boréal, 161 p., 19,95 $)

 

DÉRANGEANT

Le philosophe Benoît Dubreuil et le démographe Guillaume Marois marchaient sur des œufs en publiant cet essai au titre provocateur (Le remède imaginaire : Pourquoi l’immigration ne sauvera pas le Québec, Boréal, 320 p., 27,95 $).

Ils ont beau nous prévenir qu’ils ne se concentrent que sur les aspects économiques et démographiques de l’immigration, il reste que leurs conclusions bousculent les idées reçues. En s’appuyant sur des études menées tant en Europe qu’en Amérique du Nord, ils affirment que « les difficultés d’intégration économique des immigrants compromettent sérieusement la possibilité que l’immigration ait un impact favorable sur l’économie et les finances publiques ».

 

PERCUTANT

Robert Lacroix et Louis Maheu ont été au cœur de l’aventure du Centre hospitalier de l’Université de Montréal (CHUM) pendant sept ans, le premier à titre de recteur de l’Université de Montréal, l’autre à titre de représentant de l’université au conseil d’administration de l’hôpital. Ensemble, ils ont vu défiler cinq ministres de la Santé et trois premiers ministres.

Avec une rigueur implacable, ils racontent l’histoire de ce gâchis et expliquent pourquoi le centre hospitalier de l’Université McGill est déjà en construction et ouvrira probablement ses portes en 2014-2015, tandis que le CHUM ne verra le jour qu’en 2020-2022, si tout se déroule bien…

L’intérêt de cet essai important transcende nettement la question du CHUM. Les auteurs font ressortir les aspects systémiques de l’incapacité collective des Québécois de mener à bien de grands projets, voire leur propension à les torpiller.

(Le CHUM : Une tragédie québécoise, Boréal, 320 p., 27,95 $)