Se réconcilier avec son passé

Le public lira de nouveau les historiens, écrit Éric Bédard, « dans la mesure où ils éviteront les corsets théoriques qui, trop souvent, les éloignent des boîtes d’archives ». En clair, affirme-t-il, les historiens gagnent à exposer « ce qui s’est passé » plutôt que de chercher à valider, comme ils le font fréquemment, une théorie ou un cadre interprétatif.

Se réconcilier avec son passé

Le public lira de nouveau les historiens, écrit Éric Bédard, « dans la mesure où ils éviteront les corsets théoriques qui, trop souvent, les éloignent des boîtes d’archives ». En clair, affirme-t-il, les historiens gagnent à exposer « ce qui s’est passé » plutôt que de chercher à valider, comme ils le font fréquemment, une théorie ou un cadre interprétatif.

Professeur agrégé à la TELUQ, l’historien Éric Bédard a su trouver le ton juste, dans son nouveau recueil d’essais, pour faire partager à un public plus large que le cercle restreint des chercheurs son interrogation sur le rapport qu’entretiennent les Québécois avec leur histoire. En voilà un qui appartient manifestement au camp de ceux qui cherchent avant tout à savoir « ce qui s’est passé ».

La plupart des Québé­cois n’aiment toujours pas leur passé, constate-t-il d’emblée, reprenant le constat que dressait il y a 35 ans l’historien Michel Brunet. Pour la majorité, 1960 marque l’an 1 du Québec moderne. L’idée de la « Grande Noirceur » semble avoir été complètement intériorisée, observe Bédard. « Lorsqu’on ne communie pas à la vulgate de Grande Noirceur, on est confiné au camp des nostalgiques ou des réactionnaires », déplore-t-il. Il en veut à l’arrogance de ceux pour qui notre époque surpasse moralement toutes les autres. Le Québec d’avant 1960, estime-t-il, ne fut pas isolé du reste du monde ou étranger aux mutations techniques et philosophiques qu’entraîna la modernité industrielle, politique et culturelle. Bref, tout n’était pas si noir.

Ce que souhaite Bédard, en somme, c’est que les Québécois assument leur passé avec plus de sérénité, de manière à éviter de devenir « étrangers à eux-mêmes » et à garder une distance critique à l’égard du multiculturalisme et des autres dogmes du temps.

« Mon rapport au passé est celui d’un héritier reconnaissant, solidaire des femmes et des hommes qui ont fait ce pays », écrit l’auteur dans un très touchant passage consa­cré à son grand-père. Cette déférence envers les ancêtres qui ont labouré la terre et surmonté la misère, Bédard estime qu’il n’est pas le seul à la ressentir. Le succès foudroyant de la chanson « Dégénérations », du groupe Mes Aïeux, révèle à ses yeux un nou­veau rapport au passé chez les Qué­bé­cois, voire une sensibilité plus conservatrice.

Au terme d’une analyse parfois un peu trop appuyée, il conclut que « cette façon sereine d’aborder la tradition témoigne d’un rapport décomplexé au passé québécois et canadien-français ». Il soutient que Mes Aïeux « participe à l’émergence d’un imaginaire post-boomer qui redécouvre le Québec d’avant la Révolution tranquille ». Éric Bédard est d’avis que le succès du groupe correspond moins à une nostalgie du bon vieux temps qu’à « un désir de filiation qui prend forme dans un contexte où les Qué­bécois francophones souhaitent renouer avec leur être identitaire ». C’est exactement dans cette mouvance qu’il faut situer le livre de cet historien, qui occupe une place de plus en plus importante dans la vie intellectuelle québécoise.

Retours aux sources : Essai sur notre rapport au passé, par Éric Bédard, Boréal, 276 p., 27,95 $

 

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Connaissez-vous le Dr Paul Farmer ?

Grand médecin humaniste et anthropologue américain, il consacre sa vie au peuple haïtien. Publiée en anglais en 2003 sous la plume de Tracy Kidder, la biographie du Dr Farmer paraît dans une traduction du romancier Daniel Poliquin. Régine Chassagne, du groupe Arcade Fire, en signe la préface. « Depuis des décennies, Haïti fait les manchettes à propos de dysfonctionnements, de corruption, d’échecs. Ce livre parle de ce qui fonctionne en Haïti », écrit-elle. Arcade Fire donnera un concert gratuit à Montréal, en septembre, pour soutenir l’organisme Partners in Health, créé par le Dr Farmer, et la fondation KANPE, lancée par Régine Chassagne et Dominique Anglade.

(Soulever les montagnes : L’œuvre du docteur Paul Farmer, par Tracy Kidder, Boréal, 377 p., 25,95 $)

 

Zimbel, un grand photographe humaniste

Ses photographies de Harry Truman, de Marilyn Monroe ou des Kennedy lui ont valu sa grande notoriété. Dans ce magnifique album, le photographe montréalais d’origine américaine George S. Zimbel rend hommage aux lecteurs qu’il a croisés depuis 60 ans, à Montréal, New York ou Paris. Vicki Goldberg, critique au New York Times, analyse le parcours original de Zimbel et rappelle son immense contribution à la photographie humaniste. Une exposition d’œuvres de Zimbel aura lieu à Montréal, à la mi-septembre, dans le cadre du Festival international de la littérature (FIL).

(Le livre des lecteurs ou Comment pénétrer l’univers éternel du livre et de la lecture, par George S. Zimbel, Les éditions du passage ; textes de Dany Laferrière, Vicki Goldberg et Elaine Sernovitz Zimbel, 160 p., 70 photos en noir et blanc, 49,95 $)

 

 

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