Sergei Babayan : pianiste depuis le Bach à sable

Le toucher d’orfèvre du discret pianiste arméno-américain Sergei Babayan, un virtuose méconnu du grand public, laisse béat. De l’avis des spécialistes, c’est sans doute l’un des meilleurs musiciens de notre temps !

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Sergei Babayan – Photo : Christian Steiner/Festival Bach

Certaines œuvres ne meurent jamais. La preuve : 264 ans après la mort de Jean-Sébastien Bach, on continue de s’inspirer de son corpus.

Grâce à des artistes « transgenres », le compositeur allemand vit une énième cure de jouvence depuis la rentrée. La gargantuesque intégrale de ses cantates est présentée au Musée des beaux-arts de Montréal depuis le mois de septembre et s’échelonnera sur huit saisons. En octobre, le désarçonnant spectacle Flying Bach mêlait danse hip-hop et Le clavier bien tempéré du compositeur lors d’une tournée canadienne. Enfin, depuis le 23 novembre se déroule le Festival Bach de Montréal, consacré exclusivement au cantor de Leipzig et à sa prolifique famille de musiciens.

Ce fut l’occasion de voir en concert le discret pianiste arméno-américain Sergei Babayan, un virtuose méconnu du grand public, dont le toucher d’orfèvre laisse béat. De l’avis des spécialistes, c’est sans doute l’un des meilleurs musiciens de notre temps. Les novices, eux, pourront difficilement demeurer insensibles à la vision romantique qu’a l’homme de son art.

Babayan privilégie un jeu qui parle aux sens, au diapason de son amour de la musique, qui est démesuré. Multi-instrumentiste enthousiaste, étudiant sans relâche les œuvres de ses prédécesseurs comme de ses contemporains, il ne se cache pas de cette recherche presque obsessionnelle d’une musique spirituelle, qui confinerait au magique.

Premier artiste de l’ex-URSS à se présenter aux concours internationaux sans le soutien de son pays, il a raflé les plus grands prix d’interprétation, notamment au Concours international de piano Robert Casadesus, à Cleveland, et au Concours musical international Reine Élisabeth de Belgique.

Qu’il joue Bach, Mozart, Prokofiev ou Tchaïkovski (qui l’hypnotise depuis l’enfance), sa musique dépasse le simple cadre du jeu. Elle est personnifiée par son don naturel pour l’orchestration, une fraîcheur et une rare intensité de jeu, conjugués à une technique irréprochable.

Surnommé « le poète du piano », Sergei Babayan mène en toute lucidité un combat plus grand que lui : nous tirer des considérations du quotidien ou encore pousser notre soif de savoir pour comprendre le sens de nos vies. Chose certaine, sa façon de dévaler les touches donne envie de le suivre.

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