Shilvi fait des petits !

Elle a six ans et demi, elle a vendu 100 000 disques et 20 000 livres, et elle aura bientôt sa série télévisée. Histoire d’une PME qui s’appelle Shilvi.

Tous les soirs, on dresse la table pour cinq personnes chez les Larochelle-Dumontier. Il y a les parents, les deux enfants et… Shilvi, qui, même si elle n’existe pas en chair et en os, est membre à part entière de la famille et a droit à son couvert ! « Pour nos filles, Julia et Éléonore [sept ans et quatre ans et demi], elle vit vraiment ! C’est comme leur grande sœur », dit Sylvie Dumontier, la voix et l’âme de Shilvi.

La rouquine Shilvi s’est imposée depuis quelques années au Québec comme la chanteuse chouchoute des enfants… et de leurs parents. Elle a une voix perchée bien haut — entre celle de Cannelle, dans Passe-Partout, et celle de la Schtroumpfette —, mais qui ne tombe jamais sur les nerfs. Elle raconte, sur des airs de jazz, de swing et de bossa-nova, le quotidien plein de poésie d’une fillette aussi téméraire et attachante que Fifi Brindacier. Ses trois premiers albums, Ma p’tite poupoune, Tid’lidop ! et La tour de bébelles, ont connu des ventes combinées de 100 000 exemplaires et ont remporté le Félix de l’album jeunesse en 2002, 2004 et 2005.

En novembre dernier, Shilvi, qui a vieilli de deux ans et atteint l’âge de six ans et demi, a lancé 14 pistes pour débutants et intermédiaires, un opus qui la ramène tout aussi vive, drôle, amoureuse des mots et de la vie. La rouquine coquine est également la vedette de livres-disques, de livres cartonnés pour les tout-petits et d’un Shpectacle de théâtre chanté, écrit par Sylvie Dumontier et interprété par la comédienne Véronique Marchand. Shilvi, c’est aussi une poupée vendue en librairie et, depuis peu, des… chocolats de Pâques. Suivant les traces de notre Céline nationale, la petite diva lancera bientôt son premier disque en anglais (une adaptation de Ma p’tite poupoune, qui deviendra My Sweety Pie) ! Et on devrait voir sous peu sa série télévisée.

De quoi tenir ses « parents » occupés ! À un point tel que Sylvie Dumontier n’a presque pas eu de temps à consacrer à son premier album à elle, Les îles flottantes, après son lancement, en 2006. Elle n’en veut pas à Shilvi de prendre tant de place. « Elle nous permet d’explorer tellement de choses ! » dit l’auteure-compositrice-interprète de 43 ans, qui a l’air d’en avoir 34. Souvent, le couple vaque à ses occupations et s’arrête pour penser aux familles qui, au même instant, écoutent Shilvi. « On se sent privilégiés de pouvoir entrer dans la vie des gens par son intermédiaire. On leur fait connaître des personnages sortis tout droit de notre imagination. On grave dans la tête des enfants des musiques dont ils se souviendront peut-être une fois grands ! » dit Sylvie Dumontier, qui se sent très proche de sa propre enfance, peuplée de la Souris verte et de Fanfreluche, ses inspiratrices.

C’est dans leur grande résidence aux allures de maison de poupée du quartier Notre-Dame-de-Grâce, à Montréal, que tout se crée et se décide en ce qui concerne Shilvi. Sylvie écrit les textes et les musiques de la plupart des chansons dans son bureau, rempli de dictionnaires, et dans son coin piano. Denis, ancien pianiste de Monique Leyrac et de Clémence DesRochers, réalise et arrange les albums à l’étage, dans son studio, qu’on dirait niché dans un arbre tant il est entouré de branches. Quand Julia et Éléonore sont couchées, les parents peuvent continuer à travailler.

Depuis la sortie de Ma p’tite poupoune, en 2001, sous leur propre étiquette, Petite Plume, les Larochelle-Dumontier ne comptent plus les offres qu’ils ont reçues de la part de gens désireux d’exploiter le potentiel commercial de Shilvi. « On dit plus souvent non que oui. On n’a pas envie que le personnage soit surexposé ou “cheapette” et qu’on se retrouve avec des petits pots à pipi Shilvi ! » dit Sylvie Dumontier. « Peut-être qu’on n’a pas la stratégie marketing du siècle, mais on veut que cette aventure dure, et c’est cette volonté qui oriente nos décisions », ajoute Denis Larochelle.

Quand ils disent oui à un fabricant de chocolat ou à une maison de production télé, les « géniteurs » de Shilvi s’assurent donc d’avoir leur mot à dire sur la façon dont celle-ci est représentée et utilisée. La plupart du temps, ils travaillent avec des proches, des gens qu’ils aiment et qui aiment Shilvi. Le frère de Denis, Marc Larochelle, participe de près à l’écriture et à la conception des albums. L’ami Claude Meunier a écrit une des plus belles chansons du premier disque, « Maman », dans laquelle Shilvi déclare son amour à sa mère. Clémence DesRochers a aussi écrit des chansons pour Shilvi. Des amies illustratrices, Julie Fréchette et Nadja Cozic, lui ont composé une frimousse.

Assis au comptoir de la cuisine devant un thé, Sylvie Dumontier et Denis Larochelle racontent la naissance, il y a une quinzaine d’années, du personnage qui allait changer leur vie. Sylvie avait utilisé cette voix enfantine dans un démo, en vue de faire des publicités, et Denis, l’ayant trouvée amusante, l’avait baptisée Shilvi. La voix est devenue une plaisanterie pour le jeune couple alors sans enfant. Quand Denis et Sylvie voyageaient en Provence, Shilvi était avec eux, parlant à la marseillaise. Allaient-ils aux États-Unis ? Elle émettait ses remarques, parfois acides, en anglais. « À un moment donné, Shilvi était devenue tellement présente dans notre vie qu’on s’est dit : il faut faire quelque chose avec elle ! » raconte Sylvie Dumontier.

La première apparition au grand jour de Shilvi a eu lieu grâce au livre-disque 100 comptines, d’Henriette Major, publié par Fides en 1999. Denis Larochelle assurait l’arrangement musical de ces petits poèmes rythmés et Sylvie devait en interpréter plusieurs. « Pour varier le ton, on a décidé que je dirais quelques comptines en Shilvi », raconte l’interprète. Shilvi a tellement aimé sortir du placard qu’elle n’a plus jamais voulu y rentrer ! Sylvie Dumontier allait laisser son travail de recherchiste à la télévision pour faire ce qu’elle aime le plus au monde depuis qu’elle est adolescente : écrire et composer.

Tous les jours, Sylvie et Denis reçoivent des commentaires d’admirateurs dans leur site Web. Telle famille parle de son rituel d’après-souper, où elle se réunit dans le salon pour danser sur les rythmes latinos de « Barbara la rhubarbe à barbe » (« qui se trémousse avec un pamplemousse dans un bar à salade à la Barbade ! »). Une mère raconte que sa fille gravement malade n’accepte de recevoir ses traitements qu’en écoutant Shilvi. Des enseignants louent le vocabulaire recherché de Shilvi et demandent l’autorisation de mettre une chanson à l’étude en classe. « Le monde de Shilvi est relativement simple, mais on essaie d’y infuser de la folie, de la douceur, de l’humour. Les enfants en ont bien besoin. Nous n’avons pas d’approche pédagogique, nous fonctionnons par instinct, en nous branchant sur nos enfants et sur notre passé d’enfant », dit Sylvie.

Certains des commentaires viennent de France, où les disques de Shilvi circulent, même s’ils n’y sont pas encore officiellement distribués. « La musique pour enfants est prise au sérieux là-bas et on sent vraiment une affinité entre Shilvi et le public français », dit Sylvie Dumontier. Ainsi, Julia et Eléonore pourraient un jour voir leur « grande sœur » faire le saut de l’autre côté de l’Atlantique. Reste à savoir si elle reprendra son accent marseillais !

Shilvi : Le shpectacle
• Le 11 mai 2008 à l’Olympia de Deux-Montagnes.
• Les 27, 28 et 29 décembre 2008 à l’Étoile 10/30, à Brossard.

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