«Silent Night» : la guerre à l’opéra

Présenté à la Place des arts, Silent Night plonge le public au cœur du champ de bataille et met à nu l’humanité profonde de ces soldats, entre histoires d’amour et de famille.

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Photo : 2011 © Michal Daniel

Le 25 décembre 1914, en pleine Grande Guerre, des soldats écossais, allemands et français, embourbés dans les tranchées, décident seuls une trêve pour Noël. Ils déposent temporairement les armes, improvisent un match de foot avec une vieille boîte de conserve, assistent à la messe, troquent cigarettes et boutons de manchettes. Une fraternisation qui se propage inégalement sur le front de l’Ouest, et où la musique joue un rôle moteur. En 2005, Christian Carion tire d’ailleurs un film de cet « incident », Joyeux Noël.

De ce film, dont tantôt on loue l’humanité, tantôt on décrie l’angélisme, le compositeur amé­ricain Kevin Puts a tiré un opéra en deux actes, Silent Night, qui sera joué à l’Opéra de Montréal ce printemps. Une bonne nouvelle pour l’institution culturelle, qui, grâce à des programmations plus actuelles, peut atteindre un plus vaste public. En particulier quand elle présente l’œuvre d’un créateur aussi talentueux.

Kevin Puts, tout juste quadragénaire, a une façon de jouer avec les ressorts émotionnels de la musique qui parle au plus grand nombre : il façonne une musique complexe, recherchée, mais accessible et touchante. Figurant parmi les compositeurs les plus doués de sa génération, il est un multi-instrumentiste redoutable, à l’aise dans tous les registres. Surtout, il s’interroge dans ses productions sur l’actualité récente, comme le réchauffement climatique ou la guerre au Moyen-Orient.

Pour Silent Night, son premier opéra, coécrit avec son compatriote librettiste Mark Campbell, il a reçu le prix Pulitzer de musique en 2012. Ce drame lyrique plonge le public au cœur du champ de bataille et met à nu l’humanité profonde de ces soldats, entre histoires d’amour et de famille. Une tragédie qui existait bien avant 1914, et qui n’a pas pris une ride à l’ère des armes bactériologiques et des guerres dites propres.

À la lumière des conflits d’aujourd’hui, ce spectacle, où la grâce et le chaos sont magistralement réunis, aura une résonance particulière. Peut-être pour se rappeler qu’avant le sifflement des balles il y avait la musique des bals.

(16, 19, 21 et 23 mai à la salle Wilfrid-Pelletier)

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