[Sotchi] Des Jeux olympiques en français

Quatre Québécois participent aux Jeux de Sotchi à titre de traducteurs-interprètes pour y assurer la présence et la… qualité du français.

Janick Roy. - Photo : Martin Laprise
Janick Roy. – Photo : Martin Laprise

Il y a une équipe de la Francophonie à Sotchi. Composée de 22 « athlètes » traducteurs-interprètes québécois, français, suisses et belges envoyés par l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), elle appuie les services linguistiques des Jeux et redorera le blason du français, langue officielle, avec l’anglais, de ces grandes compétitions.

« J’y vais pour la cause et pour le plaisir », dit Julien Gagnon, 30 ans, un des quatre Québécois de l’équipe. Traducteur chez Sematos, à Québec, il passera au total 10 semaines à Sotchi (jusqu’au 17 mars) et travaillera au Centre principal des médias.

Ce sont Les Offices jeunesse internationaux du Québec qui ont sélectionné le quatuor, parmi une centaine de candidats. Critère principal : maîtrise du français et de l’anglais, et… bonne connaissance du russe !

Julien Gagnon s’est intéressé aux langues slaves à l’époque où il suivait la Course destination monde. Après un détour par l’ukrainien, acquis au cours d’un séjour d’études d’un an à Lviv, cet ancien élève de l’École internationale de Saint-Sacrement, à Québec, s’est mis au russe tout en étant caissier dans une épicerie russe de Sainte-Foy !

« Je n’ai pas grandi en pensant que je ferais un doctorat en littérature russe ! » dit Janick Roy, doctorante de l’Université de Toronto qui vit dans les Laurentides. Élevée à Québec, elle s’est passionnée pour Dostoïevski au point d’apprendre sa langue, qu’elle a enseignée. À 31 ans, cette mère de deux enfants se libérera deux semaines pour les Jeux paralympiques, où elle sera interprète à l’aréna de hockey sur luge. « J’ai très hâte, dit-elle, mais je devrai sevrer mon bébé avant le départ ! »

« Sotchi sera une expérience tout à fait inhabituelle », dit Ilya Krouglikov, 32 ans, un natif de Moscou qui a acquis un français impeccable depuis son arrivée au Québec, à l’âge de 13 ans. Dramaturge, metteur en scène, interprète et escrimeur, il est le seul sportif de niveau semi-professionnel du groupe et il ne cache pas qu’il ignore où tout cela le mènera. « On ne sait jamais, dit-il. Un des interprètes québécois à Pékin a été embauché par le Comité olympique canadien. »

Après Pékin et Londres, c’est la troisième fois que le Québec envoie des traducteurs-interprètes. « C’est le genre de mesure qui a de l’importance sur le terrain », dit Jean-François Lisée, ministre des Relations internationales, qui précise que les frais (environ 150 000 dollars) sont partagés entre le Comité organisateur, l’OIF et les États participants.

« Nos actions donnent des résultats », se félicite la commissaire pour la langue française aux Jeux olympiques à l’OIF, Audrey Delacroix. « Pour la première fois, ce ne seront pas des stagiaires, mais des “volontaires internationaux”, qui recevront une indemnité de 1 500 dollars et seront intégrés à l’organisation des Jeux. Ils seront logés et nourris au village olympique et porteront l’insigne et l’uniforme du comité organisateur. »

Cette délégation fait partie d’un large dispositif de promotion du français. L’OIF a créé un site Web sportif (lefrancaisjadore.com) et coordonne le travail des ambassades de pays francophones, ce qui a suscité la création d’une Association francophone des comités nationaux olympiques.

« Pour imposer le français dans le mouvement sportif international, il faut que les francophones soient soudés », dit Audrey Delacroix.

Depuis la première mission d’un Grand Témoin de la Francophonie aux Jeux d’Atlanta, en 1996, qui avait constaté les nombreux manquements au bilinguisme officiel des Jeux, l’OIF a fait de grands efforts pour agir — en particulier depuis les Jeux de Pékin — sans être perçue comme le gendarme de la langue.

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