Souffrons-nous de «corponose» ?

Le psychologue montréalais Michel Perreault signe l’un des livres les plus audacieux et les plus fascinants de la rentrée. Dans un savoureux mélange de rigueur scientifique et d’humour caustique, il dresse un constat effarant : l’intrusion des grandes entreprises dans nos vies prend de telles proportions que les gens en viennent à utiliser les valeurs et les modes de résolution de problèmes de celles-ci pour régler leurs difficultés personnelles.

Souffrons-nous de «corponose» ?

Être « contaminé » par les valeurs des entreprises signifie d’abord adopter un style de vie fondé sur la consommation et adhérer au postulat voulant qu’il existe une solution commerciale à tout, qu’il s’agisse de la calvitie, du vieillissement, du poids, de la dysfonction érectile ou de l’insomnie.

L’intrusion sournoise des valeurs d’entreprise dans la sphère intime se manifeste aussi, soutient l’auteur, professeur au Département de psychiatrie de l’Université McGill et chercheur à l’Hôpital Douglas, par la volonté de plus en plus grande, chez les personnes vivant dans les pays développés, de vouloir tout « gérer », tout planifier, tout quantifier, tout diriger : leur temps, leurs émotions, leur image, leur vie amoureuse, leurs vacances et leurs amitiés. Et même l’angoisse de leur animal de compagnie. Le fabricant du Prozac, rappelle l’auteur, a lancé un antidépresseur pour les chiens qui éprouvent des difficultés d’adaptation à la vie domestique !

Cette intrusion expliquerait aussi le souci, fort répandu, de tout régler par des formations – l’auteur donne l’exemple de cours de « power yoga écoresponsable » – et la tendance à communiquer comme des entreprises de relations publiques (en se mettant en valeur et en renommant les problèmes).

De la même manière qu’il existe des « zoonoses », c’est-à-dire des maladies animales transmissibles à l’homme, il existe des « corponoses », soutient Michel Perreault, des maladies d’entreprise transmissibles aux humains. « La contamination survient lorsque les individus sont soumis à des contacts non protégés à titre de clients, d’employés, de fournisseurs ou même d’actionnaires. »

On aura compris que Michel Perreault jette un regard critique sur cette tendance, qui prend de l’ampleur avec les réseaux sociaux. Le psychologue en appelle à notre jugement. Devenir soi-même une petite entreprise, assure-t-il, nous éloigne de notre humanité.

 

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Je ne suis pas une compagnie !
L’intrusion des valeurs corporatives dans notre intimité

par Michel Perreault
Stanké
312 p., 27,95 $


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