Source de lumière

Si vous avez vu Kooza ou Corteo, du Cirque du Soleil, Nomade ou Rain, du Cirque Éloize, vous savez de quoi est capable Martin Labrecque, l’un des concepteurs d’éclairages québécois les plus allumés.

photo : Jocelyn Michel

Avec le cirque, le coefficient de difficulté est élevé : les acrobates tenant en l’air presque par miracle, il ne faut pas que les projecteurs les aveuglent, occultent leurs repères ou leur cachent le sol. D’un autre côté, on doit faire briller le spectacle pour ceux qui le regardent.

Le fils du réalisateur Jean-Claude Labrecque aurait pu verser dans le cinéma, vu qu’il y a baigné toute sa jeunesse, mais c’est le théâtre qui le capture dès sa sortie du collège Lionel-Groulx, où il obtient, en 1994, son diplôme en gestion et techniques de scène. Sur la liste de ses expériences, quelque 130 mises en lumière, dont une centaine au théâtre, souvent à raison de 15 productions par an.

Après trois ans avec le Cirque du Soleil — il y retournera fin 2011 pour un nouveau spectacle —, Martin Labrecque est content de revenir à ses premières amours et de « créer avec trois projecteurs et beaucoup de débrouillardise ».

Du dosage de l’ombre et de la lumière, il fait surgir un monde, une émotion, des moments de poésie. « J’essaie d’éclairer le non-dit. »

Il s’illumine quand il parle de La grande machinerie du monde, pièce dans laquelle il retrouve son complice Patrice Dubois, codirecteur artistique du Théâtre PÀP, avec lequel il a créé, en 2004, un éblouissant Everybody’s Welles pour tous. « Patrice et moi avons le même âge [36 ans]. La grande machinerie parle de notre adolescence, à la fin des années 1980, quand, avec la chute du mur de Berlin, on commence à prendre conscience de ce qui se passe dans le monde. »

Pour cette pièce, les mots et la lumière ont fait route commune dès le début du processus créatif, les premiers provoquant la seconde, quand ce n’était pas le contraire. « Ce que je préfère dans mon travail, c’est la discussion avec le metteur en scène. Je suis gâté avec Patrice, qui est de surcroît très sensible à l’éclairage. Ce qui n’est pas donné à tout le monde. »

Fin avril, Labrecque rejoindra un autre de ses complices, René Richard Cyr, sur le plateau d’Amadeus (pour la Compagnie Jean Duceppe). « On dit que j’ai une signature, mais je n’ai pas de méthode, j’y vais à l’instinct. » Un instinct bien inspiré, car le sculpteur de lumière a déjà été récompensé par plusieurs prix. Pour des images de son travail : web.me.com/unfanal/Site/Bienvenue.html.

La grande machinerie du monde, texte et mise en scène de Patrice Dubois ; co-idéateur et éclairages : Martin Labrecque. Avec Sophie Cadieux, Alexandre Goyette et Stéphane Franche.
Espace Go, à Montréal, du 24 févr. au 21 mars, 514 845-4890.

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