Starbuck : la fête des pères

Starbuck, qui prend l’affiche le mercredi 27 juillet, devrait faire une bouchée des autres sorties de l’été.

Au moment où David Wozniak (Huard), 42 ans, décide de mettre de l’ordre dans sa vie et de la réussir si affinités – avec sa blonde (Julie LeBreton), entre autres –, survient une tuile, qui s’ajoute à sa dette de 80 000 $ à des gars qui n’ont pas la face à rire : on lui annonce qu’à la suite de dons généreux de sa semence à une banque de sperme il y a 20 ans, il est l’heureux papa de… 533 enfants, dont 142 veulent le rencontrer. Ils y tiennent tellement qu’ils ont déposé un recours collectif pour qu’il assume ses responsabilités. Ce que le dissuade de faire son meilleur ami et néanmoins avocat sans permis d’exercer (Antoine Bertrand), qui croit posséder quatre bons arguments pour le convaincre : ses quatre propres enfants ! Le film suit la transformation d’un ado attardé en homme forcé d’entrer dans l’âge adulte.

Patrick Huard en papa de 533 enfants ? On y croit ! Il est très fort.

Au moment où David Wozniak (Huard), 42 ans, décide de mettre de l’ordre dans sa vie et de la réussir si affinités – avec sa blonde (Julie LeBreton), entre autres –, survient une tuile, qui s’ajoute à sa dette de 80 000 $ à des gars qui n’ont pas la face à rire : on lui annonce qu’à la suite de dons généreux de sa semence à une banque de sperme il y a 20 ans, il est l’heureux papa de… 533 enfants, dont 142 veulent le rencontrer. Ils y tiennent tellement qu’ils ont déposé un recours collectif pour qu’il assume ses responsabilités. Ce que le dissuade de faire son meilleur ami et néanmoins avocat sans permis d’exercer (Antoine Bertrand), qui croit posséder quatre bons arguments pour le convaincre : ses quatre propres enfants ! Le film suit la transformation d’un ado attardé en homme forcé d’entrer dans l’âge adulte.

On a  beau trouver qu’il se la pète parfois, que son dernier film comme réalisateur, Filière 13, était raté dans toutes ses largeurs et qu’il choisit mal ses copines (même si ce n’est pas de nos affaires), il reste une chose : Patrick Huard est un sacré acteur quand il s’en donne la peine. Il le prouve hors de tout doute dans Starbuck, titre clin d’œil au taureau canadien, qui a éjaculé environ 685 000 doses de sperme et donné naissance à quelques 200 000 vaches laitières.  Ici, Huard montre moins ses biceps que la rosée dans ses yeux. Il ramollit ? Nenni, il mûrit, enrichit son jeu, élargit sa palette. Quand il dit, je cite de mémoire : « Impossible d’être le père de 533 enfants, mais leur ange gardien, ça je peux », on y croit, on sait qu’il le peut. D’ailleurs, peu importe son âge, le spectateur dans la salle se met à rêver d’avoir un papa comme lui !

Le film ne va pas sans défauts, un rien d’essoufflement ici, un brin d’appesantissement moraliste là, et la musique, omniprésente comme dans trop de films, surligne l’émotion dans des scènes qui s’en seraient passées volontiers, mais réussit là où plusieurs longs métrages échouent : il tient son sujet serré sur la durée, tout en assurant divertissement, questionnements et secousses au cœur. Dans le rôle du père des trois fils Wozniak, Igor Ovadis, comédien que l’on voit plus souvent au théâtre qu’au cinéma, offre, en duo avec Huard, la scène la plus forte du film, où il est question d’argent, d’amour et de transmission des valeurs.

Plus tendre que drôle (quoique très drôle par moments), le film, adossé sur un scénario aussi improbable que percutant de Ken Scott et Martin Petit, compte sur une attentive direction d’acteurs et sur l’efficace réalisation de Scott, qui sait éviter à temps le système que l’on croyait voir s’installer quand David se met en frais de rencontrer chacun des enfants qui lui ont écrit.

C’est un long métrage fait par trois hommes (Scott, Petit, Huard), au début de la quarantaine, qui voient bien que la vie file en torpinouche et qu’il est temps de s’interroger sur les vraies affaires, dont la paternité. [Huard, qui perdait son père récemment, sera papa pour la seconde fois en janvier 2012.]

• Starbuck, qui prend l’affiche le mercredi 27 juillet, devrait faire une bouchée des autres sorties de l’été.

https://www.youtube.com/watch?v=qZbDQH5aZMo

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Restons encore un peu avec Patrick Huard…

Il y a quelques années, au moment de la sortie de Bon Cop, Bad Cop, j’avais rencontré Huard pour une  longue entrevue. En voici quelques extraits, la plupart inédits.

P.H. : Se cantonner dans ce qu’on sait faire m’a toujours paru dangereux et ennuyeux. Le confort m’insécurise énormément. Si je m’y installe, je ne crois pas que je vais tenir le coup longtemps. C’est pourquoi je zappe d’un milieu (cinéma, télé, scène) à un autre, d’un genre de rôle à un autre.

A.D. : N’est-ce pas une marque d’ambition artistique ?

P.H. : Howard Hugues disait : « Tant que les gens sont en désaccord avec un artiste, c’est qu’il est en accord avec lui-même. » Quand j’étais très jeune, mon père m’a demandé : « Qu’est-ce que tu veux faire dans la vie ? » J’ai répondu : « Je veux être un artiste », et non pas : « Je veux être une vedette. » Un artiste court des risques, dont celui de se péter la gueule. Car sans ce risque-là, la victoire n’est pas flamboyante. Si on savait toujours à l’avance qui va gagner une partie de hockey, on perdrait tout intérêt. Je pense que le public s’amuse de nous voir risquer des choses, et quand on les réussit, ça le fait tripper lui aussi.

A.D. : Vous avez dit, et vous me corrigerez si je vous cite mal : « Je ne suis pas carriériste, mais rêveur et ambitieux. »

P.H. : Je suis un artiste, j’ai donc des rêves. Mais il y a une part de moi qui demande des comptes : « C’est bien beau tout ça, mais tes rêves ne valent rien si tu n’essaies pas de les concrétiser. »  Alors j’essaie d’avoir l’ambition de mes aspirations et d’être à la hauteur du  talent que j’ai reçu. Ce n’est pas prétentieux de dire qu’on a du talent, puisqu’on n’en a aucun mérite. Tu l’as, c’est ce que tu en fais qui importe.

A.D. : Comment définiriez-vous votre talent ?

P.H. : Je suis excellent dans rien, et je suis bon dans tout [Il rit.] J’arrive à bien performer dans beaucoup de choses, mais je ne suis pas le meilleur.

A.D. : Et vous travaillez fort pour le devenir ?

P.H. : C’est juste normal d’essayer d’être le meilleur possible dans ce qu’on fait, non ? Je n’accepterais pas qu’un joueur du Canadien de Montréal dise : « Moi, là, je ne veux pas gagner la coupe Stanley, je ne veux pas être le meilleur marqueur de la ligue. Je veux juste rentrer sur la patinoire, être apprécié des gens et faire humblement mon boulot. »

A.D. : Qu’est-ce qui vous fait accepter un rôle ?

P.H. : L’histoire. Plutôt que d’accepter un rôle spectaculaire dans un film qui ne raconte rien, je préfère un rôle ordinaire dans un film qui raconte une histoire extraordinaire. Car c’est ça mon métier : raconter des histoires. Ensuite, j’accepte un rôle quand  je me visualise en train de le jouer. Il faut qu’il existe une relation entre lui et moi.

A.D. : Quelle est la question qu’il ne faut jamais vous poser ?

P.H. : Par exemple, je dis à quelqu’un : « Samedi, je m’en vais jouer au golf avec des amis. Faudrait remettre notre rendez-vous. »  Et cette personne de me poser la question fatale : « Ah, tu aimes mieux aller jouer au golf avec des amis que de rester avec moi ? » Pourquoi me faire verbaliser crûment ce que je m’emploie à formuler d’une façon socialement acceptable ? Je déteste me faire mettre dans ce genre de situation.

A.D. : Qu’est-ce qui réussit à tout coup à vous faire pleurer ?

P.H. : N’importe quelle situation qui met en relation un père et sa fille. Si, dans un film, un père donne un chat à sa fille pour son anniversaire, je braille. Je pleure même si c’est un événement heureux. Imaginez quand c’est le contraire…

A.D. : Avez-vous peur de mourir ?

P.H. : Ce qui me chicote, c’est que je n’aurai pas le temps de faire tous les films que je veux faire, tous les voyages que je désire, d’essayer tous les terrains de golf possibles. À un moment donné, il faut l’accepter. Comme accepter que la vie, ce n’est pas juste accomplir des choses, c’est parfois être là, juste là, avec sa famille, les copains. J’aimerais quand même, avant de partir, avoir fait ma part sur cette terre, pouvoir me dire : « J’ai été le grain de sable qui a fait sa job à la bonne place sur cette plage-là. »

A.D. : Que voudriez-vous que Dieu vous dise en vous voyant arriver au ciel ?

P.H. : « T’es surpris en ostie, hein, tu pensais que j’existais pas ? » [Son rire part en cascade.]

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J’ai vu ce film-là récemment et j’ai adoré : un savant dosage d’humour et d’émotions. Chapeau!