Stéphane Aquin : une vie au musée

Comment expliquer que l’un des plus prestigieux musées des États-Unis vienne recruter son nouveau conservateur en chef à Montréal ? Il doit pourtant y avoir, au pays du MoMA, du Met et du Getty, des gens parfaitement qualifiés pour le boulot… Discussion avec le Québécois Stéphane Aquin, depuis peu à la tête du Musée Hirshhorn, à Washington, une institution de premier plan.

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Stéphane Aquin – Photo : Xuejun Bao, Smithsonian Institution

Situé à 800 m du Capitole, dans un ensemble de bâtiments appartenant à la prestigieuse Smithsonian Institution, qui regroupe 19 musées et 9 centres de recherche, le Hirshhorn a ouvert ses portes en 1974 et est devenu rapidement un incontournable en matière d’art moderne et contemporain. Aujour­d’hui, ses collections comptent plus de 12 000 pièces, parmi lesquelles des Calder, des Warhol, des Serra.

« Depuis quel­que temps, le musée cherche à s’ouvrir encore davantage à la scène internationale », explique Stéphane Aquin, encore un peu sonné de se retrouver dans un fau­teuil aussi convoité. « Nous, les Qué­bécois, nous comprenons bien les modes de fonctionnement nord-américains et nous avons aussi l’habitude — parce que nous le faisons à longueur d’année — de travailler en collaboration avec des équipes d’ailleurs dans le monde. Ça explique sans doute un peu pourquoi un profil comme le mien a eu de l’intérêt aux yeux de la direction du Hirshhorn. »

La direction en question a certainement été impressionnée, par ailleurs, par le très fécond passage de Stéphane Aquin au Musée des beaux-arts de Montréal (MBAM), où il a été conservateur de l’art contemporain pendant les 16 dernières années. Warhol Live, c’est lui, tout comme Tom Wessel­mann : Au-delà du Pop Art. Et Riopelle : Artiste canadien, encore lui. Autant d’expos à succès qui ont démontré sa capacité de conjuguer travail de fond et formule attrayante pour le public.

Star-system muséal

Stéphane Aquin le sait, les directeurs des grands musées sont soumis à la pression du star-system qui s’est peu à peu installé dans le domaine. Il vient d’ailleurs de passer quelques années auprès de la très médiatique directrice du MBAM, Nathalie Bondil, pressentie il y a peu pour diriger le Louvre et illustration parfaite du phénomène.

De nature plus discrète, le conservateur de 55 ans, adepte de plein air et de chasse au chien d’arrêt, refuse de trop céder à cette logique. « Il n’y a pas si longtemps, les conservateurs œu­vraient essentiellement dans l’ombre. On ne leur demandait qu’une chose : mettre l’art en lumière, de façon pertinente. Cette vedettisation du rôle de conservateur, qui vient sans doute d’un con­texte de grande concurrence dans l’offre culturelle, ne doit pas nous faire oublier qu’on est là d’abord pour servir l’art… »

À ce sujet, Stéphane Aquin se plaît à citer une phrase prononcée par Dillon Ripley, de la Smith­sonian Institution, lors de l’inauguration du Hirshhorn, il y a 40 ans : « La mission du Hirshhorn est de nous rappeler que la vie va au-delà de l’ordinaire, et que l’esprit humain, dans la diversité constamment renouvelée de ses idées, est en mesure d’adopter, à travers des objets, des manières de penser nouvelles et positives. » Puis il ajoute : « On pourrait tout aussi bien remplacer “Hirshhorn” par “art” et on aurait là une belle définition du rôle de l’art dans nos vies. »

Un regard sur le monde que vient moduler la création, voilà qui n’aurait pas déplu au père du conservateur, Hubert Aquin, écrivain et cinéaste majeur, mort en 1977. Un père plus grand que nature dont le principal intéressé dira qu’il a peu de choses à en dire, lui qui l’a peu connu — il a été essentiellement élevé par sa mère, en Suisse et aux États-Unis —, mais dont il reconnaît volontiers que certaines préoccupations résonnent en lui. « Un attachement au territoire américain, par exemple. Et la conviction que l’art peut éclairer nos existences. »

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Quatre œuvres des collections du Hirshhorn que le nouveau conservateur en chef juge incontournables

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Michelangelo Pistoletto, Venus of the Rags, 1967. Hirshhorn Museum and Sculpture Garden, Smithsonian Institution, Washington DC. Photo : Cathy Carver

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Alexander Calder, Two Discs, 1965. Hirshhorn Museum and Sculpture Garden, Smithsonian Institution, Washington DC. Photo: Lee Stalsworth

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Andy Warhol, Marilyn Monroe’s Lips, 1962. Hirshhorn Museum and Sculpture Garden, Smithsonian Institution, Washington DC. Photo : Cathy Carver

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Constantin Brancusi, Torso of a Young Man, 1924. Hirshhorn Museum and Sculpture Garden, Smithsonian Institution, Washington DC. Photo : Lee Stalsworth

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