Stéphane Brulotte et Ingmar Bergman

Stéphane Brulotte convoque Napoléon Bonaparte et son assassin potentiel à une partie d’échecs (Une partie avec l’Empereur, au Théâtre Jean-Duceppe), et une pianiste célèbre et sa fille s’écharpent avec les mots d’Ingmar Bergman (Sonate d’automne, au Théâtre Prospero).

Stéphane Brulotte convoque Napoléon Bonaparte et son assassin potentiel à une pa
Photo : François Brunelle

THÉÂTRE / ÉCHEC AU ROI

Présenté en 1831, le «Napoléon Bonaparte», d’Alexandre Dumas, comptait 24 actes, plus de 70 personnages et de nombreux figurants. Restait-il du monde éveillé à la fin de la représentation? On dit que Bonaparte était fou de théâtre. Lui, dont l’ambition «était de faire émaner la notabilité de lui seul» (selon les mots de Pierre-Louis Roederer) eut été enchanté de savoir qu’un jeune auteur québécois en avait fait le héros d’une comédie d’espionnage, même si elle ne présente pas le petit roi corse sous son meilleur jour, en dénonçant sa dictature et ses abus de pouvoir.

Résumé fourni par l’auteur (et comédien) Stéphane Brulotte: « En 1814, un jeune acteur anglais est engagé pour empoisonner Napoléon Bonaparte, en exil sur l’île d’Elbe. » Mais l’empoisonneur pressenti se laissera empoisonner par le charme du conquérant jusqu’à remettre en cause son projet d’assassinat. Hélas! pour lui, Napoléon est au courant de ses intentions. Une ultime partie d’échecs scellera le sort «de celui qui voulait débarrasser le monde d’un tyran sanguinaire».

On doit à Brulotte Le fou de Dieu, présenté en 2008, pièce pleine de qualités et bourrée de défauts tournant autour d’un schizophrène se prenant pour François d’Assise et menaçant de se jeter du haut d’un immeuble. À la lecture, Une partie avec l’Empereur m’a semblé plus réussie, sachant mélanger les ingrédients qui plaisent au théâtre: action, péripéties, esprit. Et bonnes saillies: «Il n’y a pas que les échecs dans la vie… il y a les dames aussi.»

L’auteur, avec la complicité de Dominic Champagne, dirige sa pièce que défendent, dans les rôles principaux, Benoît Brière (Napoléon) et Gabriel Sabourin (Atwood).

Une partie avec l’Empereur, Théâtre Jean-Duceppe (Place des Arts), à Montréal,  du 14 avr. au 22 mai, 514 842-2112.


THÉÂTRE / SONATE EN BERGMAN MAJEUR

Fasciné par le mystère féminin, le réalisateur Ingmar Bergman n’a cessé de sonder les abysses de l’âme humaine dans des films dont plusieurs ont accédé au rang de chef-d’œuvre: Sonate d’automne, par exemple.

Protagonistes: une pianiste grisée par le succès et sa fille qu’elle n’a pas vue depuis sept ans et qu’elle n’a jamais su aimer. Cette dernière vit dans un presbytère auprès de son mari et de sa sœur handicapée. Une nuit, dans une tentative de rapprochement, mère et fille font sourdre les tensions et s’éloignent à jamais.

Retrouvé dans un très ancien Nouvel Observateur, un article dans lequel Liv Ullmann, qui fut l’épouse de Bergman, confiait: «Pour Ingmar, une femme qui choisit une carrière ne peut être une bonne mère. S’il avait pu comprendre qu’un homme qui fait la même chose crée les mêmes frustrations chez un enfant! Ingrid Bergman et moi étions folles de rage parce qu’il faisait un monstre du personnage de la mère.» Machiste peut-être, mais le cinéaste suédois posait une question essentielle: qu’est-ce l’art en face de la vie?

Dans L’Oiseau-Tigre (Les Cahiers du théâtre français du Centre national des Arts, vol. 9, no 2, janvier 2010), le metteur en scène Marcel Pomerlo, aussi auteur et comédien, écrit un texte émouvant sur la mort de son frère Maurice – il avait 18 ans – en 1978, l’année où il découvre le film de Bergman. Plus de 30 ans après, il monte Sonate d’automne avec des acteurs de haut vol: Andrée Lachapelle, Marie-France Marcotte et Gabriel Arcand.

Sonate d’automne, Théâtre Prospero, à Montréal, du 13 avr. au 8 mai, 514 526-6582; studio du Centre national des Arts, à Ottawa, du 26 au 29 mai, 613 755-1111.

www.laveillee.qc.ca

Photo : Jean- François Bérubé, montage visuel de Vasco Design