Coauteur de « Tu m’aimes-tu ? », Steve Laplante se mouille…

Les réalisateurs qui comptent ne disent que du bien de Steve Laplante?: grand, solide, concret, ni flamboyant ni hâbleur, formidable acteur. Quand on regarde son cheminement, la qualité de ses choix artistiques impressionne?: Aveux, Mirador, Le gentleman. Sans oublier le théâtre — il a créé quatre pièces de Wajdi Mouawad.

Laplante nous parle de Tu m’aimes-tu??, télésérie de 13 épisodes qu’il a élaborée avec le comédien et metteur en scène Frédéric Blanchette.

Photo : Jocelyn Michel

On ne vous attendait pas, Blanchette et vous, au volant d’une série sur l’amour. L’avez-vous écrite pour plaire à vos conjointes ?

Frédéric a eu l’idée originale il y a presque huit ans. Quand il m’a appelé pour écrire avec lui, on nageait dans le Barnum médiatique autour du film de Ricardo Trogi, Horloge biolo­gique (2005). Sur toutes les tribunes, on reprochait aux gars d’être irresponsables, infidèles, de refuser la paternité. J’avais adoré le film, je m’y étais reconnu, du moins à une certaine époque de ma vie, mais là, je venais d’avoir un enfant et de m’acheter une maison, je me dissociais de l’être écervelé qui servait de moule aux hommes. Nous étions partants pour offrir un contrepoint?: une série sur l’engagement amoureux centrée sur deux hommes qui y croient et une femme incapable de s’investir.

Comment définissez-vous la télésérie : comédie romantique ?

Comédie romantique, ça m’a toujours tombé sur les nerfs. Je la définirais plutôt comme une comédie dramatique, même si je dois reconnaître qu’il y a pas mal de romantisme dedans.

Podz, le réalisateur (Minuit le soir, 19-2), serait donc fleur bleue ?

Notre chance est d’être tombés sur lui, complètement allergique au genre. Quand il a lu le scénario, il venait de vivre une rupture, notre propos le rejoignait. Et ça le changeait de son registre habituel…

Doit-on comprendre qu’il n’y a pas d’action dans Tu m’aimes-tu??

En tout cas, il n’y a pas beaucoup de «chars» de police?! L’histoire repose sur les personnages plus que sur les péripéties. Fred (Sébastien Huberdeau) vit une peine d’amour dont il n’arrive pas à se remettre?; Mélanie (Magalie Lépine-Blondeau) n’est jamais tombée amoureuse?; et Dave, que j’interprète, marié et père de deux enfants, assume ses responsabilités.

Ambitionnez-vous de brosser le tableau des façons d’aimer des trentenaires ?

On n’a jamais voulu faire un portrait générationnel. On parle d’engagement, ce qui concerne tout le monde, peu importe l’âge. Ça adonne que les personnages sont dans la trentaine.

Votre série a mis du temps à voir le jour. A-t-il fallu faire des ajustements pour qu’elle colle mieux à la réalité, à l’heure où les textos ont remplacé les billets doux ?

Bien sûr. Des iPhone, ça n’existait pas il y a huit ans?! Reste que c’est une émission qui porte sur les sentiments, pas sur les gadgets technologiques.

Frédéric et vous avez écrit pour le théâtre. Pas trop rude, le passage à la télévision ?

À l’École nationale de théâtre, André Brassard disait?: «Au théâtre, on est bien, parce qu’il n’y a pas d’argent, c’est ce qui nous sauve.» Il n’a pas tort. À la télé, plus les gens investissent de l’argent, plus ils veulent des résultats et plus ils ont leur mot à dire. Alors, ils l’ont dit?: «Votre sujet est bon, mais vos textes sont “poches”.» On nous a adjoint une merveilleuse chef scénariste, Michèle Tougas, qui nous a fait travailler et retravailler. On a dû rédiger 30 versions du premier épisode?!

Et là, vous préparez la suite ?

On achève le septième épisode, sans savoir ce qu’il va en advenir. Car si on se ramasse avec des cotes d’écoute de 115 000, on ne restera pas longtemps en ondes. C’est ça, la télé.

Tu m’aimes-tu ?, à Radio-Canada, à compter du 12 sept. à 21 h 30.

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