Suggestion livre: La Brigade du rire de Gérard Mordillat

La Brigade du rire propose une réflexion de fond sur la crise du travail.

brigade-du-livre-grand
La Brigade du rire, par Gérard Mordillat, Albin Michel, 528 p.

L’écrivain et réalisateur français Gérard Mordillat a toujours affiché fièrement ses sympathies gauchistes. À 66 ans, il remonte aux barricades contre le 1 % de privilégiés en offrant une vengeance corsée à tous les indignés de ce monde — petits salariés, assistés sociaux, travailleurs jetés sur le pavé par les réductions d’effectifs et autres compressions imposées par la course à la croissance des profits.

Version bénigne des Brigades rouges, la Brigade du rire réunit une bande d’amis dont les emplois sont bouleversés par la loi tyrannique du marché : « Avant on avait un métier, après on a eu un travail puis un emploi et maintenant on a un job quand c’est pas un stage. C’est-à-dire une misère. » Au lieu de s’en prendre aux dirigeants d’entreprise, ils décident de kidnapper leur porte-parole le plus enragé : Pierre Ramut, éditorialiste au journal de droite Valeurs françaises (caricature à peine déguisée de Valeurs actuelles).

Fervent admirateur de l’économiste néolibéral Alain Minc, ce Ramut ne manque pas une occasion de traiter les ouvriers de fainéants et de cracher sur la protection sociale, qui nuit, selon lui, à la compétitivité de la France, « un État ventripotent […] qui ne sera plus un jour qu’un royaume d’assistés et de retraités ». Son modèle : la Chine, dont les conditions de travail proches de l’esclavage ne seraient que le prix de la modernité, puis­que « ce qui guide le monde, ce ne sont plus les idéologies, mais le bizness ». Vu qu’il parle à tort et à travers, les ravisseurs le séquestrent et lui rendent la mon­naie de sa pièce en le faisant travailler comme… un Chinois.

Plus qu’une satire mordante de la lutte des classes à l’heure de la mondialisation, La Brigade du rire propose une réflexion de fond sur la crise du travail et fait un bras d’honneur aux macroéconomistes qui s’imaginent que « le capital s’accumule sans être produit par personne ».

Laisser un commentaire