Sur la route

Après une année passée à Montréal en tant que professeur invité à l’UQAM, Barthélémy Courmont entreprend un long et lent voyage sur les routes du monde, accompagné de sa femme taïwanaise.

Photo : 123RF/Liu Fuyu

« Pourquoi un professeur prend-il le bus ? » lui demandera un douanier américain perplexe. « Pour mieux voyager », répondra l’auteur pour faire court. Ce récit d’un voyage qui commence en Lituanie pour se terminer à Taïwan aurait pu, comme le moyen de transport qui l’a rendu possible, rester au niveau des pâquerettes. Mais Courmont n’est pas un voyageur comme les autres. Il s’arrête, contemple, décrit et fait de nous les témoins de son extase devant ce monde qui change. Son récit prend ainsi la belle envergure des anciennes relations de voyage – comme si Marco Polo avait eu un appareil photo numérique -, avec un intérêt marqué pour la géopolitique et la culture des lieux visités. Les photographies d’un noir et blanc suranné appuient le texte autant qu’elles suscitent le rêve et le voyage intérieur. Après avoir laissé derrière lui cette Europe de l’Est à la recherche d’elle-même, Courmont nous emmène dans les entrailles de l’Asie, qu’il connaît manifestement comme le fond de sa poche. À Vang Vieng, petite ville du Laos, la norme fait loi : « Et la norme du moment, c’est que la quasi-totalité des restaurants et cafés du coin passent en boucle des DVD de la série Friends. » Ayons une pensée pour ces victimes innocentes de la mondialisation.


Dans la mémoire du lecteur se graveront des images d’une Chine hystérique aux contrastes encore plus saisissants qu’il ne l’aurait cru. Resteront de cette plaisante lecture l’image d’une immense pelle mécanique nivelant les quartiers populaires anciens de Shanghai pour faire place à des tours d’habitation gigantesques et, surtout, l’envie de partir.

(Avant Éden : Sur les routes d’Europe et d’Asie, Hamac, 304 p., 24,95 $)

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Vitrine du livre

Au-delà de la novlangue


Par la gouvernance, les structures décisionnelles de l’entreprise sont devenues des modèles à imiter pour l’État. Comment et pourquoi ? Le mot « gouvernance » pose déjà problème. Il ne s’agit pas seulement en effet d’une autre façon de dire « bien gouverner » ; sa définition participe d’une vision néolibérale de l’État qui favorise la défense de l’intérêt des particuliers par rapport à l’intérêt général. C’est à cette notion très controversée de philosophie politique qu’Alain Deneault s’attaque dans cet essai dense, en la soumettant à une analyse du discours fort à propos. Pour aller au-delà de l’euphémisme facile.

(Gouvernance : Le management totalitaire, Lux Éditeur, 200 p., 14,95 $)

 

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