Sylvie Paquette : la discrète

On n’a pas fini de découvrir Sylvie Paquette : quatre albums depuis 1993, ce n’est pas beaucoup, mais on s’en délecte encore. Du folk, surtout, mais aussi du rock, de la pop, des ballades entêtantes.

Sylvie Paquette : la discrète
Photo : Jocelyn Michel

Elle arrive à bicyclette comme elle trace son chemin dans la chanson, sans fureur ni trompette. Dans la splendeur de la quarantaine, des cheveux sur ses yeux si bleus, la Montréalaise se résume : « J’aime prendre soin des autres et j’aime faire rire. » Voilà sa philosophie. Mais mettez-lui une guitare entre les mains et vous verrez de quelle poésie elle se chauffe.

Sa voix a du grain, de l’ampleur, des ombres ; la vie l’a patinée. Ses chansons tirent parfois les larmes, mais sur scène, elle rigole entre les titres, se moque d’elle-même. Elle dit au public : « C’est sûr que s’il vous arrive en une semaine toutes les peines que je chante, allez consulter… » Sa thématique : les corridas sentimentales, lovées dans des mélodies aux tensions douces ou aux accents chahutés.

Musicienne accomplie, elle a composé pour Luce Dufault, Catherine Durand, Stéphanie Lapointe. « Ma force, c’est de créer des atmosphères. » Ses sons feraient merveille au cinéma.

« Une bonne chanson, c’est celle qui vient percer quelque chose qui n’avait pas encore été touché. » Aujourd’hui, elle laisse volontiers les paroles de ses chansons à des plumes qu’elle juge plus douées que la sienne : celles de Dave Richard, Martine Coupal, Marc Chabot, Jean Fauque (parolier d’Alain Bashung).

On ne la voit pas dans les cocktails ; les journaux ne lui courent pas après ; la télévision n’en a que pour Annie Villeneuve. La critique salue pourtant chacune de ses prestations. « Ce qui m’a empêchée de me perdre, c’est le fait de ne pas avoir eu de grands succès. Je n’ai jamais voulu faire carrière, seulement chanter pour quelqu’un. Je veux aviver chez les gens la fibre créatrice, le goût de la vie, de la beauté, de la dignité. Je ne suis peut-être pas ambitieuse, mais finalement, je me rends compte que je veux beaucoup ! »

Inconditionnelle de Joni Mitchell et de Barbara, c’est la sœur artistique de Daniel Bélanger, avec lequel elle a écrit « Garde-moi » et qui a réalisé son plus récent album, Tam-Tam, aux tendances électropop, où plusieurs chansons font monter l’adrénaline, en tout cas l’émotion : « Doucement », « Puisque », « Tant de toi », « Les valises », titre du spectacle-laboratoire dans lequel elle enfile les perles de ses quatre disques.

Elle dit : « Sur scène, j’ai le sentiment d’exister, d’être utile. » Elle sera utile cet été, puisqu’elle fait partie, avec quatre autres auteures-compositrices-interprètes, de Toutes les filles, sympathique collectif en tournée dans plusieurs villes de l’est du Québec.

Sylvie Paquette repart comme elle est venue, emportée par un vent de liberté.


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Toutes les filles,
avec aussi Gaële, Amélie Veille, Catherine Durand et, en alternance, Marie-Annick Lépine et Magnolia, dans plusieurs villes de l’est du Québec (de Matane à Péribonka) du 20 juill. au 11 août.

Pour la compilation évolutive Haïti Mon Coeur, soit une sélection de chansons originales ou de collaborations inédites d’artistes voulant soutenir à long terme la reconstruction d’Haïti, Sylvie Paquette propose – chantée par Stéphanie Lapointe, M. Mono, Andrea Lindsay et elle-même – une nouvelle version de «Si peu de choses» (paroles de Dave Richard), augmentée d’un texte de la rappeuse Jenny Salgado, alias J. Kyll. Écoutez le résultat, vous aurez envie de faire un don.