THÉÂTRE / Brecht sur la brèche

Voyons voir ce qui nous attend au Théâtre du Nouveau Monde, où Robert Bellefeuille, le metteur en scène, a déjà monté La dame aux camélias. Il a choisi pour défendre la pièce : Serge Postigo, Émilie Bibeau, Danielle Proulx, Paul Savoie et plein d’autres. La véritable surprise du spectacle vient de l’auteur du texte français : René-Daniel Dubois. On n’irait que pour lui.

On a dit (je l’ai lu quelque part, mais où ?, m’en souviens plus !) que Bertolt Brecht ne lâchait jamais son cigare, même quand il faisait l’amour…, mais ce qu’on a heureusement retenu de lui, c’est qu’il a transformé le jeu de l’acteur par un concept connu sous le nom de « distanciation ».

Il y a longtemps jadis – soit en 1977 – j’ai vu, au Trident à Québec, dans la mise en scène de Guillermo de Andrea, L’opéra de quat’sous, de Brecht/Kurt Weill, un spectacle qui m’a saisi sous les aisselles et emporté au-delà des cintres. Dans la distribution, il y avait Léo Munger (une femme, malgré le prénom, qui en avait dedans, et qui s’est mise plus tard à chanter Piaf), Marie Laberge (oui, l’auteure), Jacques Thisdale (premier acheteur québécois à se procurer la voiture hybride Prius), Pierrette Robitaille, Germain Houde…

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Depuis 1977, j’ai assisté à quelques productions de L’opéra…, entre autres celles de Brassard et de René Richard Cyr, sans doute bien meilleures que celle de de Andrea (qui a prouvé par la suite qu’il n’était pas une grande pointure de la mise en scène), mais qui, malgré tout, n’ont pas réussi à surpasser celle de mes 25 ans, « la fondatrice». Par contre, j’aurais adoré voir la version de Jean Gascon, en 1961, avec Monique Leyrac et Pauline Julien, mais on ne peut pas regretter d’avoir été trop jeune…

Dans cette satire sociale inspirée de L’opéra des gueux, de John Gay, on est criminel mais on se fait anoblir ; on épouse deux femmes ; on s’acoquine, pour ses mauvais coups, avec le chef de la police de Londres ; et on chante des airs qui ont traversé le temps (« La complainte de Mackie le surineur », « La fiancée du pirate »). Sur fond de lutte de pouvoir entre Peachum, le roi des mendiants, et Mac the Knife, le voyou séducteur, la haute société londonienne est déboulonnée. Brecht avouait avoir calqué son Mackie sur le Don Juan de Molière, qu’il admirait.

Voyons voir ce qui nous attend au Théâtre du Nouveau Monde, où Robert Bellefeuille, le metteur en scène, a déjà monté La dame aux camélias. Il a choisi pour défendre la pièce : Serge Postigo, Émilie Bibeau, Danielle Proulx, Paul Savoie et plein d’autres. La véritable surprise du spectacle vient de l’auteur du texte français : René-Daniel Dubois. On n’irait que pour lui.

À noter que L’opéra de quat’sous, qui a 82 ans mais ne les fait pas, sera également présenté au Trident, à Québec (du 18 avr. au 14 mai), avec 14 acteurs, quatre musiciens de l’orchestre d’Hommes-Orchestres et les marionnettes du théâtre Pupulus Mordicus. Pas mal tentant. Mais cerise sur le gâteau : Brigitte Haentjens, qui a monté l’œuvre en 1982 pour le Théâtre du Nouvel-Ontario, souhaite la revisiter en 2012 en compagnie de Sébastien Ricard (Mackie) et Céline Bonnier (Jenny). Le duo pressenti nous fait saliver.

L’opéra de quat’sous, Théâtre du Nouveau Monde, à Montréal, du 28 sept. au 23 oct., 514 866-8668.

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