Thrillers potagers

Après le récent blizzard des polars venus du froid signés Roslund & Hellström, Arnaldur Indridason ou Jo Nesbø, il est réconfortant d’ouvrir deux thrillers d’un genre plus verdoyant, qui ont la fraîcheur des primeurs du printemps.

Chronique de Martine Desjardins : Thrillers potagers
Photo : L. Burke / Getty

Le phyto-analyste est le premier roman de Bertrand Busson, Montréalais de 29 ans et botaniste amateur qui possède, apparemment, 163 plantes d’intérieur. Son héros, Germain Tza­ricot, sommité en matière de communication végétale et auteur du Guide et glossaire de la phyto-analyse, doit élucider le mystère d’une pourriture verte qui attaque la flore du voisinage et menace de se répandre sur toute la surface du globe. Cette gelée visqueuse se retrouve bientôt sur les fleurs des che­mises, dans les veines de milliers de toxicomanes, et s’attaque aussi aux tissus humains. «?La frontière entre les espèces s’était rompue?», doit conclure Germain lorsque le médecin lui annonce non seulement qu’il est atteint du syndrome de putréfaction, mais que son cœur semble avoir été remplacé par un chou-fleur.

L’enquête de Germain sur ce «?Tchernobyl végétal?» le con­fronte à des policiers plus corrompus qu’un tas de compost, à des messages chlorophylliens en code binaire, à des plantes fos­siles porteuses de curieux hiéroglyphes. Elle le mènera dans les salles de torture de l’horrible usine de condiments, dans la jungle amazonienne et, finalement, jusqu’en Antarctique. Enlè­vements, poursuites, traquenards et rebondissements?: ce «?thriller botanique?» touffu, inspiré et enlevant n’a rien de végétatif. En plus, il a l’immense mérite de nous initier à la métaphysique des plantes, à leurs affinités avec certains humains, et de ressusciter avec bonheur une espèce vénéneuse que l’on croyait éteinte?: le savant fou.

L’auteure de suspenses Michèle Barrière est historienne de la gas­tronomie et milite entre autres pour la sauvegarde des légumes oubliés. Elle n’écrit pas de la grande littérature, mais ses faiblesses stylistiques sont amplement compensées par son érudition culinaire. Dans son septième roman historique, Le sang de l’hermine (en lire un extrait >>), elle raconte la périlleuse mission de Quentin du Mesnil, maître d’hôtel à la cour de François Ier, qui doit escorter Léonard de Vinci de Florence jusqu’au château d’Amboise, alors que les ennemis du Maître utilisent ses propres inventions pour causer sa perte.

Ce roman, qui rappelle les feuilletons de cape et d’épée, est aussi un parcours gourmand de l’Italie durant la Renaissance. Tourte de bettes, salades de bourrache, de pimprenelle et de dragone, pâtés d’œufs de truite, pigeons farcis au cédrat, lièvre à la coriandre confite… Quelques recettes sont même présentées à la fin du livre pour ceux qui voudraient mettre en pratique les principes du grand gastronome italien Platine de Crémone. Un vrai régal.

Le phyto-analyste, par Bertrand Busson, Marchand de feuilles, 296 p., 26,95 $.

Le sang de l’hermine, par Michèle Barrière, JC Lattès, 350 p., 29,95 $.

VITRINE DU LIVRE >>


Liberté de mœurs

L’écrivain H.G. Wells n’était pas qu’un visionnaire qui, dès 1920, présagea la télévision, la bombe atomique et Internet?: c’était un homme à l’avant-garde de son temps qui prônait et pratiquait l’amour libre sans aucun scrupule. De ses aventures et mésaventures sexuelles, David Lodge a fait un roman, Un homme de tempérament, en s’accordant une licence poétique très… licencieuse. Les nombreux admirateurs de Lodge seront séduits. (Rivages, 718 p., 35,95 $)


Le mysticisme d’un athée

Jean-François Beauchemin, c’est un peu notre Christopher Hitchens à nous?: un athée qui prêche la primauté de la raison sur la religion – en version toutefois plus nuancée. Dans son dernier roman, Le hasard et la volonté, il s’imagine en condamné à mort pour faire le bilan de sa vie et de son œuvre. Comme dans tous ses livres depuis La fabrication de l’aube, l’intrigue est occultée par la réflexion, portant ici sur la nature de l’âme chez un être ne craignant ni Dieu ni diable. Nonobstant les convictions de Beauchemin, ce testament est d’une spiritualité miraculeuse. (Québec Amérique, 176 p., 18,95 $)

 

Laisser un commentaire