Tous des enfants de Drucker

Depuis trois générations, Michel Drucker reçoit à ses émissions les artistes québécois qui veulent conquérir la France. En mai, il sera au Québec pour célébrer les idoles des années 1960, 1970 et 1980.

Tous des enfants de Drucker
Photo : Jacques Brinon/AP/ PC

Prononcez le mot « Québec » devant lui et Michel Drucker vous répondra avec assurance qu’il connaît « ce pays » par cœur. Le roi des variétés ne compte plus ses innombrables « amis » dans la communauté artistique québécoise. Pilier de la télé française – il affiche au compteur 46 années devant les caméras -, il déroule régulièrement le tapis rouge à ceux qui veulent conquérir la France en les invitant à l’une ou l’autre de ses trois émissions, qui attirent de quatre à six millions de téléspectateurs.

Animer ne suffit pourtant pas à rassasier ce boulimique de travail et découvreur de talents. Drucker trouve le temps de prendre la plume pour raconter son histoire. Dans son dernier ouvrage, Rappelle-moi, il tombe le masque en livrant un récit intime qu’il dédie à son frère, décédé en 2003.

Michel Drucker sera au Québec les 6 et 7 mai pour coanimer Le retour de nos idoles, un spectacle qui aura lieu au Colisée Pepsi et qui réunira une quinzaine d’artistes québécois et français populaires dans les années 1960, 1970 et 1980.

L’actualité l’a joint à son bureau parisien.

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En novembre dernier, lorsque vous avez reçu, à Paris, les insignes d’officier de l’Ordre national du Québec, pour quelle raison avez-vous déclaré que le Québec était votre second pays ?

Michel Drucker : Depuis que je fais de la télé, je viens régulièrement au Québec. J’ai la chance d’avoir de nombreux amis dans le milieu artistique québécois. Pendant les décennies 1980 et 1990, j’ai été un pont aérien entre la chanson québécoise et la France. Il y a trois générations de Québécois qui sont venues à mes émissions, de Jean-Pierre Ferland à Cœur de pirate en passant par Céline Dion et Lynda Lemay. Quand j’arrive chez vous, j’ai un frisson particulier parce que je suis en Amérique du Nord, mais je me sens aussi un peu en France.

Vous qui avez reçu dans vos émissions de nombreux chanteurs, acteurs et humoristes québécois, quelles diffé­rences faites-vous entre les artistes québécois et français ?

La grande différence, c’est la rigueur. Les artistes québécois sont disciplinés, plus rigoureux, ils chantent en direct, par tous les temps. Je me souviens d’avoir présenté, pour le passage à l’an 2000, une émission spéciale en direct depuis l’Arc de triomphe. Il faisait un froid polaire et nous étions face à la tour Eiffel, dont le compteur était tombé en panne. À 1 h du matin, Isabelle Boulay avait chanté a cappella le succès de Piaf « Non, je ne regrette rien ». À mes yeux, il n’existe aucune chanteuse française capable de réaliser une telle performance dans de telles conditions et sans musiciens. Les Québécois sont des Américains qui ont été élevés dans la rigueur de l’Amérique anglophone.

Selon vous, pourquoi ne voit-on plus d’artistes français percer au Québec, comme l’ont fait, à une certaine époque, Patrick Bruel, Francis Cabrel et Patricia Kaas ?

Je crois que la nouvelle génération d’artistes, en France, n’a pas encore osé tenter l’aventure outre-Atlantique. En revanche, ce sont les humoristes français qui ont réussi à percer le marché québécois, grâce au festival Juste pour rire. Je sais que Franck Dubosc et Gad Elmaleh sont très appréciés chez vous.

Comment expliquez-vous le succès, depuis cinq ans, de la tournée Âge tendre et têtes de bois, le modèle français du Retour de nos idoles ?

Je pense que les grandes chansons populaires ne meurent jamais. Il existe un public nostalgique des artistes qui ont marqué les décennies 1960, 1970 et 1980. Ce succès de nos idoles peut s’expliquer par la nouvelle chanson française, qui n’est pas encore dans le cœur des gens.

Pourquoi avoir consacré un livre hommage à votre frère, décédé subitement en 2003 ?

J’avais envie d’écrire un livre sur lui, de peur d’oublier. Nous avons travaillé presque 40 ans en télévision, lui du côté des patrons, moi du côté des artistes. Dans ce livre, je lui raconte ce qu’il n’a pas vu depuis son décès et je lui écris ce que je suis devenu. J’ai fait cela avec beaucoup de pudeur.

Ce travail d’écriture vous a-t-il aidé à faire votre deuil ?

Oui, sans doute. Les psychologues, ce n’est pas mon truc. On a l’impression que l’on a toute la vie devant soi pour se parler, mais quand on perd un proche, on s’aperçoit que l’on ne s’est pas dit le dixième de ce que l’on aurait dû se dire.

Pourquoi avoir intitulé votre livre Rappelle-moi ?

« Rappelle-moi » est le dernier message que mon frère a laissé dans ma boîte vocale avant de mourir.

 

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Lynda Lemay, reçue par Drucker à l’émission Samedi soir avec…,
sur France 2, en novembre 2004.
Photo : J.-J. Datchary / Abaca / PC