Trainspotting: un train peut en cacher un autre

Il n’y a pas que le film-culte. Le théâtre aussi s’est attaqué avec succès au roman Trainspotting, ce spectacle de vies disloquées parsemé d’éclairs d’humanité. Une nouvelle mouture à Montréal vaut le déplacement.

photo : Pierre-Marc Laliberté
Une scène de la pièce Trainspotting, présentée au Théâtre Prospero. (Photo: Pierre-Marc Laliberté)

Qu’est-ce qui fascine tant dans Trainspotting, ce roman de l’Écossais Irvine Welsh paru en 1993 et devenu, dans l’adaptation qu’en a tirée Danny Boyle en 1996, le film-culte d’une génération?

Qu’est-ce qui fascine tant dans ce groupe d’héroïnomanes qui flambent leur jeunesse dans la banlieue d’Édimbourg, entre deux shoots et leur obsession pour le va-et-vient des trains?

Ce qu’on y observe est pourtant extrême, à des kilomètres de ce que vivent la plupart d’entre nous. Voyeurisme, alors? Ça ne suffirait pas à expliquer le vif intérêt qu’exerce Trainspotting aux quatre coins du monde depuis 23 ans, et que confirme la popularité de la mouture théâtrale présentée ces jours-ci au Prospero, dans une mise en scène de Marie-Hélène Gendreau — il en existe une version scénique (signée Harry Gibson) depuis 1994, que Wajdi Mouawad a adaptée pour le Québec, déferlantes de sacres à l’appui.

Ce qui fascine tant, c’est peut-être de voir surnager, dans la violente dérive des camés qui nous est montrée, des relents d’amitié, de solidarité, des éclairs amoureux, même, là où tout semblait calciné par la quête spectaculairement égoïste de la prochaine dose.

Dans ces vies disloquées, l’humanité qui s’accroche, tant bien que mal.

Il est encore temps d’attraper l’une des dernières représentations de cette petite production tonique, dont les moyens limités sont compensés par beaucoup d’invention, et qui sera l’occasion de découvrir une cohorte de jeunes comédiens super doués, qu’on reverra certainement beaucoup dans les prochaines années: Lucien Ratio, Claude Breton-Potvin, Charles-Étienne Beaulne, Jean-Pierre Cloutier et Martin Boily.

Jusqu’au 15 mai, au Théâtre Prospero.