Trans-identité

Un roman important, écrit par une intervenante sociale et riche en détails, qui contribuera certainement à dissiper les préjugés à l’égard des transsexuels.

Gravure : Art Collection 3 / Alamy Stock Photo

Le premier transsexuel de la littérature a fait son apparition en l’an 1 de notre ère, quand Ovide a raconté, dans Les métamorphoses, comment le devin Tirésias fut transformé en femme après avoir vu deux serpents copuler. Le mythe a inspiré à Virginia Woolf son Orlando, l’histoire d’un noble immortel qui change magiquement de sexe au terme d’une semaine de sommeil. Il faudra cependant attendre 1968 avant que Gore Vidal mette en scène la première véritable opération de réattribution sexuelle dans Myra Breckinridge.

De nos jours, le thème de la trans-identité se confine surtout aux récits autobiographiques et aux romans jeunesse, mais il commence à émerger dans la fiction pour adultes, notamment chez Jeffrey Eugenides (Middlesex), Kathleen Winter (Annabel), David Ebershoff (Danish Girl), John Irving (À moi seul bien des personnages) et, ce printemps, chez Sophie Bouchard.

Jeanne, par Sophie Bouchard, À l’étage, 384 p.

Jeanne est la chronique d’une longue, lente et très complexe transition, celle de Jean, marié et père de deux garçons, qui décide d’embrasser sa véritable nature féminine à l’approche de la quarantaine. La nouvelle étonne d’autant ses proches que Jean, « plus stéréotypé qu’un stéréotype », a toujours étouffé cette nature sous une accumulation de clichés masculins pour se conformer aux conventions sociales du rôle de l’homme. La réaction de son épouse est violente, celle de son fils aîné aussi. Mais il est prêt à « tout perdre pour se gagner soi ».

Sans lésiner sur les détails, l’auteure, qui est aussi intervenante sociale, met en lumière les multiples étapes de la métamorphose : le choix d’un prénom, les séances de maquillage, les exercices de posture et de pose de voix, la participation à un groupe de soutien… Elle nous ouvre les portes des pensées intimes de Jeanne alors que celle-ci poursuit ses démarches médicales, juridiques, psychologiques et esthétiques : l’horreur que lui inspirent son pénis et sa pomme d’Adam, les sautes d’humeur dues à la prise d’hormones, l’isolement au travail, le fiasco de la première relation sexuelle, la révolte devant le sexisme de certains hommes…

Grâce à une empathie qui ne se dément jamais, Sophie Bouchard a écrit là un roman important, qui contribuera certainement à dissiper les préjugés à l’égard de la nouvelle révolution sexuelle.

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Encore une autre qui pense détenir la vérité… que de foutaise…faut être TS pour savoir de quoi ont parle

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