Tristan Malavoy dans ses Éléments

Encore mieux que rédacteur en chef national de l’hebdomadaire Voir, Tristan Malavoy est poète. Il a publié des recueils et, en adoptant les règles chansonnières, a livré un premier album en 2006 : Carnets d’apesanteur. Alors qu’on commençait à désespérer de l’entendre de nouveau, l’auteur-compositeur-interprète lance [le 1er mai] Les éléments. Un album pas nécessairement attractif à la première écoute – faut laisser infuser –, mais s’y mettra-t-on qu’on ne le regrettera pas. Un album plus focalisé que le premier, plus chanté quoique encore largement parlé, plus mélodique aussi, coloré de pop.

Si la voix de Malavoy ne grimpe pas la montagne, agissant plutôt comme une bise sur la peau, celle d’Amylie, qui s’amène ici et là, ressemble à un drapeau que l’on hisse. Les deux vont bras dessus bras dessous si on peut dire…

Photo : Jocelyn Michel

Mais l’essentiel des Éléments tient à la matière écrite : fiévreuse, lyrique, lucide, connectée, amoureuse. Quand Tristan chante à son Iseut : « Tu réinventes lentement/ mon prochain firmament », on est soulevé de terre. L’album se termine sur « Voyons voir », deux poèmes entrelacés de Roland Giguère, pas de la camelote : « Voyons voir/ si ce matin le soleil est bien à sa place. » Entretemps, on aura entendu mes chansons préférées – « Ville Marie », « Une vie nouvelle », « Mon prochain firmament », « Trois pas », « Tout ce que les vents d’été  » (avec une finale instrumentale casse-cœur) – et applaudi la beauté de la langue française.

La chanson Ville-Marie

Malavoy écrit des textes à poitrine large qui, mis ensemble, définissent notre temps, regardent les hommes tomber et se relever – essayer de vivre. Dans une poésie sobre, sans forfanterie.

Le poète chanteur, au piano et aux guitares, est solidement appuyé dans son projet artistique par les musiciens Alexis Martin (aussi à la réalisation, aux arrangements, à la prise de son et au mixage), Jean-François Leclerc (également à la réalisation et aux arrangements), Simon Godin, Yves Labonté et Jean-François Gagnon. Les éléments n’est pas un disque môôôderne, qui s’use au fur et à mesure de l’écoute, c’est plutôt un poison lent qui s’insinue dans le cortex pour le faire éclater en millier de pétales.

Maintenant qu’elles sont gravées, ne reste plus aux chansons qu’à déployer leurs ailes sur scène.

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