Trois mondes: sexe, mensonges et grosse auto

Trois-mondes_portrait_w858Nous avons souvent été déçus, ces dernières années, par des thrillers français à budget moyen. Déception qui, en général, a beaucoup moins à voir avec le budget proprement dit qu’avec une trame aussi mince que prévisible, de celles qui rendent les comédiens, même les bons, aussi à l’aise qu’un Michael Phelps dans une pataugeoire.

Aussi avons-nous été sceptiques devant l’affiche de Trois mondes: graphisme douteux, comédiens peu connus, réalisatrice, Catherine Corsini, dont on ne peut pas dire que le nom évoque d’emblée des souvenirs impérissables (on lui doit le plutôt loupé La répétition, avec Emmanuelle Béart et Pascale Bussières).

La bonne surprise est proportionnelle aux inquiétudes.

Un soir de fête, le très sûr de lui Al (Raphaël Personnaz) roule trop vite. Plus occupé à rigoler avec les deux amis qui l’accompagnent qu’à garder les yeux sur la route, il renverse un homme. Violemment. Tandis que les trois éméchés s’enfuient, Juliette (Clotilde Hesme), qui a tout vu depuis la fenêtre de son appartement, descend s’occuper du malheureux.

Un triangle va bientôt se mettre en place entre cette dernière, le chauffard – qu’elle va retrouver – et Véra (Arta Dobroshi), jeune Moldave qui tente de faire sa place en France et femme du blessé, resté entre la vie et la mort. Troublant, le triangle, tant vont s’entremêler ici colère, désir de vengeance et désir tout court.

Les «trois mondes», ce sont les univers auxquels appartiennent les protagonistes. Celui du fric et des voitures de luxe (Al est vendeur vedette dans un garage prospère, dont il doit d’ailleurs épouser la fille du propriétaire), celui du milieu universitaire (Juliette est étudiante et entretient une relation friable avec un prof de philo) et celui des sans-papiers. Trois mondes qui se heurtent dans un bruit de tôle froissée.

La mécanique du thriller agit du début à la fin, sans étouffer les sujets actuels et graves soulevés en chemin, à commencer par l’immigration clandestine et les rapports de classes. Et puis on s’attache à des acteurs franchement doués, dont les noms seront désormais familiers à nos oreilles!

Nettement au-dessus de la moyenne.