Troquer la rime contre la prose

Ou pourquoi les chanteurs délaissent la courte chanson pour le long récit.

Stéphanie Boulay. (Photo: E. Carriere / JDM / Agence QMI)
Stéphanie Boulay. (Photo: E. Carriere / JDM / Agence QMI)

Ce n’est pas comme si le marché du livre roulait sur l’or, mais coucher une histoire sur papier relié semble toujours faire rêver les créateurs. Les musiciens ne faisant pas exception, plusieurs auteurs-compositeurs-interprètes québécois ont essayé depuis quelque temps de troquer la rime contre la prose.

Un tour à votre librairie favorite vous permettra de voir sur les rayons des livres de Biz, membre de Loco Locass, de Florence K, de Mara Tremblay, de Sunny Duval, guitariste du groupe rock Les Breastfeeders, ou du bassiste et chanteur Michel-Olivier Gasse. Ce dernier, fidèle collaborateur de Vincent Vallières et membre du duo folk Saratoga, a déjà deux romans à son actif, dont le plus récent, De Rose à Rosa, mérite le détour. En 2014, le vétéran de la chanson Jérôme Minière a aussi tenté l’aventure littéraire avec un premier roman, L’enfance de l’art, et 2016 verra paraître le premier effort de Stéphanie Boulay, des Sœurs Boulay.

Mais qu’est-ce qui attire donc les musiciens vers le livre ? Un paquet de petites frustrations, disent certains, et un peu de rêve, à coup sûr. Mais aussi une façon nouvelle de raconter quelque chose, «de faire passer des émotions», nous a expliqué Stéphanie Boulay, qui publiera à l’automne dans la collection «La Shop», à Québec Amérique. «Ce qui m’intéresse le plus là-dedans, c’est les mots», affirme celle qui se voit davantage comme une auteure que comme une musicienne.
Jérôme Minière, lui, a trouvé le processus de création plus solitaire qu’en musique, mais a beaucoup aimé le fait que la vie du livre soit plus lente et plus longue — «parce que, tout simplement, il faut l’avoir lu!» «Ça me change de la volatilité de la musique au temps du numérique. Durée de vie moyenne: un clic, ajoute-t-il.  Mais quand il y a rencontre, c’est souvent très émouvant.»

L’époque actuelle permet, et parfois impose, à beaucoup de gens de porter plusieurs casquettes ou de superposer les tâches. «Les frontières entre les disciplines sont moins étanches, moins stables, dit Minière, qui fête ses 20 ans de création. Dans mon cas, le désir de raconter des histoires englobait plu­sieurs formes d’art, dont celle de faire des chansons.»

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