Un auteur interpelle les critiques

Depuis que Charles Dickens a inventé la tournée de promotion, vers 1834, les auteurs sont condamnés à se développer une âme de commerçant, parfois à leur corps défendant.

Photo: Cyril Petit/Twitter
Photo: Cyril Petit/Twitter

En mal d’attention médiatique, un auteur français a placé une petite annonce dans le journal pour attirer les critiques. Jusqu’où ira l’autopromotion?

Depuis que Charles Dickens a inventé la tournée de promotion, vers 1834, les auteurs sont condamnés à se développer une âme de commerçant, parfois à leur corps défendant.

Lectures publiques, séances de signature dans les salons, entrevues accordées aux journalistes, rencontres dans les librairies et les bibliothèques… Autant d’activités auxquelles ces êtres souvent introvertis doivent se soumettre, sourire aux lèvres, chaque fois qu’un nouveau livre paraît – en plus d’être présents et actifs sur les réseaux sociaux le reste du temps, histoire d’assurer le service après-vente.

Mais voilà: l’espace médiatique réservé aux livres étant de plus en plus restreint, même les romans dans la course aux prix littéraires risquent de passer entre les mailles du filet critique. C’est ce qui est arrivé à Ann, de Fabrice Guénier, sorti en mars 2015 dans la collection Blanche, chez Gallimard, sélectionné pour les prix Françoise-Sagan et Médicis, et toujours en lice pour le Renaudot.

En désespoir de cause, l’auteur de 59 ans (un ancien publicitaire qui est au chômage et vit chez sa mère) a publié une petite annonce dans l’édition du 10 octobre du journal Libération: «Dernier roman Gallimard encore en lice pour le Renaudot, n’ayant eu à ce jour ni critique ni article de presse, cherche à rencontrer journaliste curieux.» Prix de l’opération : 100 euros.

Le stratagème a fonctionné. La nouvelle a fait le tour des journaux et Fabrice Guénier a depuis été invité sur une foule de plateaux télé. On sait maintenant que son roman est consacré à une jeune prostituée thaïlandaise, morte de tuberculose à 23 ans, et que Michel Houellebecq l’a apparemment beaucoup aimé.

Tant mieux pour lui, évidemment. Mais les auteurs, hélas, en sortent perdants. S’il leur faut désormais débourser, de leur poche, des centaines de dollars en publicité, c’est à se demander s’ils ne devront pas bientôt devenir colporteurs et vendre leurs livres au coin des rues…

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