Un drôle de couple

Difficile de s’étonner devant le tourbillon médiatique causé par la publication de La bataille de Londres, de Frédéric Bastien. 

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Ce livre tient ses promesses et contient assez de révélations pour causer un remous important. Au moment où j’écris ces lignes, l’Assemblée nationale du Québec demande à l’unanimité à Ottawa d’ouvrir ses archives pour que la vérité éclate au grand jour sur les irrégularités qui auraient entouré les négociations avec les Britanniques dans le cadre du rapatriement de la Constitution canadienne, que l’auteur n’hésite pas à appeler un coup de force.

Dans ce livre qu’on déguste comme un roman d’espionnage, le lecteur découvrira une Margaret Thatcher prête à accorder aux Canadiens ce qu’elle n’aurait jamais voulu offrir aux Britanniques : une charte des droits et libertés qui donnera préséance aux décisions des tribunaux sur le pouvoir parlementaire. Pour une première ministre qui voyait en Nelson Mandela un terroriste, ce cadeau est pour le moins étonnant. Le décès de la « Dame de fer », un jour avant la sortie du livre, vient ajouter une touche shakespearienne à l’affaire. La photo de Pierre Trudeau et de Margaret Thatcher en couverture nous rappelle que la politique forme souvent de drôles de couples.

Au-delà des révélations-chocs, dont la pertinence restera longtemps objet de débats, et de la solidité admirable de la recherche, ce qu’il faut admirer de cet ouvrage, c’est la facilité déconcertante de l’auteur à créer une histoire palpitante à partir d’éléments en apparence inintéressants. En effet, c’est dans la mise en récit du résultat de ses recherches que Frédéric Bastien présente son tour de force. L’auteur y parvient en dosant le suspense et en utilisant savamment les montées narratives. Pédagogue jusqu’à la fin, il en profite pour jeter un peu de lumière sur certains mythes, par exemple celui selon lequel le Québec n’aurait jamais, sous aucune condition, accepté le rapatriement de la Constitution. À lire pour mieux comprendre l’héritage de Pierre Elliott Trudeau.

La bataille de Londres
Frédéric Bastien
Boréal
480 p., 32,95 $

 

LA VITRINE DU LIVRE

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Un portrait fidèle
Pour donner l’heure juste sur la répartition du revenu au Québec, on ne pourrait proposer meilleure lecture que Le Québec économique 2012, un ouvrage de référence qui sera utile à tous ceux qui s’intéressent aux politiques publiques. Si ces 50 fiches thématiques remplies de statistiques peuvent paraître arides, elles ont le mérite de révéler un portrait exact de l’évolution des revenus au Québec. (Dir. Jean-Yves Duclos, Luc Godbout et Marcelin Joanis, PUL, 582 p., 39,95 $)

 

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Flèche de tout bois
Chroniqueur au quotidien Le Devoir, Louis Cornellier a aussi signé, jusqu’en 2012, des textes d’opinion dans l’hebdomadaire lanaudois L’Action. Dans mon carquois nous fait découvrir un penseur qui n’hésite pas à décocher quelques flèches en direction des démagogues et de leurs discours creux. Dans L’Action, Cornellier se fait plus direct et moins nuancé, comme si le concept de « subjectivité honnête », qu’il emprunte à Pierre Bourgault, prenait dans un hebdomadaire régional une envergure nouvelle. À l’instar de Comment mettre la droite K.-O. en 15 arguments, de Jean-François Lisée, Dans mon carquois deviendra une source précieuse d’arguments pour toutes vos joutes rhétoriques. Certaines de ces chroniques frappent si juste que nous voudrions avoir leur auteur assis sur notre épaule pour nous souffler les répliques qui nous font trop souvent défaut. Comment Cornellier y arrive-t-il ? Je pense qu’il lit beaucoup, énormément, à la folie… (PUL, 188 p., 19,95 $)

 

 

 

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