Un été tout en musique

Un concert Fondue au chocolat, un violoniste émule du diable, un pianiste «aux mains à sept doigts» : la musique classique s’éclate cet été, à la ville comme à la campagne. Sortez la nappe à carreaux et partez à l’aventure!

Photo : iStockphoto

MONTRÉAL BAROQUE

(du 25 au 28 juin)

Fondue au chocolat, Chocolatine, Oh Henry !… Voilà quelques-uns des concerts inscrits au menu de Montréal Baroque. C’est que le compositeur anglais Henry Purcell (1659-1695), auquel le festival consacre l’essentiel de sa programmation, serait mort d’un excès de chocolat… En ouverture : un défilé sonore dans le Vieux-Montréal, où les musiciens inviteront le commun des mortels à fournir les percussions sur casseroles. « Dans « festival », il y a festif », dit Susie Napper, âme de cette fête et praticienne renommée de la viole de gambe. L’aspect débridé de Montréal Baroque ne l’empêche pas d’être de fort calibre. Il réunit la galaxie d’ensembles réputés qui font de Montréal un temple de la musique ancienne, où convergent de grosses pointures venues de partout pour l’occasion.


Les incontournables du Montréal Baroque.

– The Fairy Queen, œuvre scénique luxuriante rarement jouée, d’après Le songe d’une nuit d’été, de Shakespeare.

– L’admirable Didon et Énée, seul opéra de Purcell (étrenné la veille au Domaine Forget), interprété par de jeunes chanteurs canadiens et l’Ensemble Masques.

– Le Flanders Recorder Quartet, un des meilleurs ensembles de flûtes à bec du monde.

 

Les bons coups du Montréal Baroque.

– Les Fantaisies pour violes, jouées sur les instruments anciens de la collection Hart House, conservée à l’Université de Toronto.

– Création mondiale de l’ode Arise My Muse, laissée inachevée par Purcell et terminée par le ténor anglais Charles Daniels.

FESTIVAL ORFORD

(du 19 juin au 15 août)

Musique de chambre, 75e anniversaired’Oliver Jones, grands pianistes du terroir, quatuors à cordes de haute volée, tango avec l’Ensemble Romulo Larrea, le Tsigane Roby Lakatos, surnommé le « violoniste du diable » : Orford maintient sa tradition d’équilibre entre classique et décontracté.

Départ canon avec Les Violons du Roy, qui font la tournée des festivals (Larrea et Lakatos se promènent aussi). Retour attendu à l’abbaye de Saint-Benoît-du-Lac, où Les Différens recréeront un office de l’Assomption célébré chez les Ursulines vers 1750.

L’incontournable du Festival Orford

Le récital de Marc-André Hamelin, que la planète s’arrache, dans un programme qui va de Haydn à Charles-Valentin Alkan, compositeur du 19e siècle réputé pour ses œuvres difficiles, que le pianiste montréalais a contribué à faire revivre. On appréciera sa finesse dans Haydn et sa virtuosité dans Alkan (Symphonie pour piano seul, le titre dit tout !).
La technique du pianiste « aux mains à sept doigts », dixit un critique anglais, fait ressortir les qualités musicales du compositeur français, « qui a innové sur les plans de l’harmonie et du contrepoint ainsi que du vocabulaire pianistique », dit Hamelin. Récital repris au Domaine Forget en août.

Les bons coups du Festival Orford

– La création, à l’invitation du DG du festival, Davis Joachim, d’un autre Quatuor Orford. Né en 1965, le premier Quatuor à cordes Orford, un des meilleurs du genre au Canada, a mis fin à ses activités en 1991. Il est juste et bon que le Nouveau Quatuor à cordes renaisse à Orford, avec pour premier violon l’excellent Jonathan Crow, ex-violon solo de l’OSM.

– La première visite du prestigieux Fine Arts Quartet, de Chicago.

– Le retour du Juilliard Quartet, de New York.

 

FESTIVAL DU DOMAINE FORGET

(du 20 juin au 6 septembre)

Les spectaculaires paysages de Charlevoix s’illuminent des belles flammèches produites par les grands noms de la musique de chambre qui se bousculent au Domaine. Cette année, le Festival fête trois anniversaires. D’abord, 30 ans de guitare : les inconditionnels du Concerto d’Aranjuez pourront entendre l’Orchestre symphonique de Québec, qui le jouera en compagnie de l’éminent guitariste italien Aniello Desiderio. Puis, Mendelssohn, qui aurait 200 ans cette année : le Montréalais Alexandre da Costa, brillant pianiste et violoniste, sera au violon dans le Concerto en ré mineur pour piano, violon et cordes. Enfin, pour souligner ses 20 ans, le Nouvel Ensemble moderne de Montréal, salué dans le monde entier, revient comme ensemble en résidence dans ce lieu ouvert à l’exploration.

 

Les incontournables du Festival du domaine Forget

– Catrin Finch jouera les Variations Goldberg, de Bach, dans une transcription pour la harpe.

– L’exceptionnel quatuor à cordes Pacifica présentera son Mendelssohn fétiche.

 

Les bons coups du Festival du domaine Forget

– La première visite des pianistes Paul Lewis et Nareh Arghamanyan, lauréate du Concours international de musique de Montréal en 2008 (également au menu de Lanaudière).

 

FESTIVAL DE KNOWLTON

(du 4 au 16 août)

Bonne nouvelle, le Festival de bel canto, organisé en Estrie l’an dernier par Kent Nagano, directeur musical de l’OSM, s’implante et devient annuel. Il s’appellera Festival de Knowlton, mais le chant y restera à l’honneur. Le maestro a recruté des sommités et jouera Brahms. « Le bonheur ! » s’exclame la formidable contralto québécoise Marie-Nicole Lemieux. « L’OSM aura son coin de nature où célébrer l’été, et quelle bonne idée de commencer par Brahms, qui a tant chanté la nature dans sa musique ! Je réalise mon rêve de chanter, avec l’OSM, sa Rhapsodie pour alto, l’œuvre suprême pour une contralto. »

 

Les incontournables du Festival de Knowlton
– Le génial pianiste américain Stephen Kovacevich dans les Variations Diabelli, de Beethoven.

– Le grand ténor canadien Ben Heppner dans des lieder de Strauss.

 

Les bons coups  du Festival de Knowlton

– Le rossignol coréen Sumi Jo dans la version concert de La sonnambula, de Bellini, et dans des extraits de Strauss.

– Le grand baryton Thomas Hampson, aussi dans des lieder de Strauss.

FESTIVAL DE LANAUDIÈRE

(du 4 juillet au 2 août)

Le fondateur et inspirateur du plus important festival de musique classique au Canada, le père Fernand Lindsay, est disparu en mars, à 80 ans. La veille de sa mort, il exprimait pour la énième fois au pianiste Alain Lefèvre sa préoccupation première : l’avenir de la relève. Ce souci est l’une des raisons qui lui avaient fait choisir comme ambassadeur le pianiste montréalais, qui se voue lui aussi à la cause des musiciens en herbe. L’an dernier, Lefèvre a privilégié les jeunes pianistes en ouverture. Devant le succès obtenu, il récidive. Quatre violonistes prometteurs joueront chacun un mouvement des Quatre saisons, de Vivaldi, et pas dans une petite salle. « C’est important que les jeunes jouent dans l’amphithéâtre, comme les vedettes », dit-il.


Les incontournables du Festival de Lanaudière

– L’Orchestre Métropolitain, dirigé par Yannick Nézet-Séguin dans Stravinski, et avec Alain Lefèvre comme soliste dans Gershwin. 

– L’OSM, dirigé par le jeune Julian Kuerti, puis par Kent Nagano dans le Requiem allemand, de Brahms.

Les bons coups

– Le retour de la flamboyante pianiste russe Valentina Lisitsa.

– La première apparition des pianistes Nareh Arghamanyan et Jonathan Biss, et de la violoniste Rachel Barton Pine.

– Deux raretés : la Messe pour Rossini, commandée par Verdi à 12 compositeurs italiens, et Les larmes de saint Pierre, de Roland de Lassus, par le Studio de musique ancienne de Montréal.

 

EN PRIME

– L’Orchestre de la francophonie canadienne, dirigé par Jean-Philippe Tremblay, jouera l’intégrale des symphonies de Beethoven du 12 au 15 août, à la salle Pierre-Mercure, à Montréal. C’est l’occasion de voir si cet orchestre de jeunes répétera l’exploit qu’il a réalisé avec Bruckner.

– Le Festival d’été de Québec frappe un grand coup avec le maître gambiste Jordi Savall et le ténor Placido Domingo, qui est tombé sous le charme de Québec lors du concours international de chant qu’il y a tenu l’an dernier. Du 9 au 19 juillet.

 

 

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