Un pays à constituer

Présentation des ouvrages Remettre à demain : Essai sur la permanence tranquille au Québec, de Jonathan Livernois, et Constituer le Québec, de Roméo Bouchard.

remettre-a-demainDans Remettre à demain : Essai sur la permanence tranquille au Québec, Jonathan Livernois, professeur de littérature et critique, s’interroge sur la notion de permanence tranquille, telle qu’elle définit, selon lui, le rapport qu’entretiennent les Québécois avec le temps. « Bref, le Québec ne connaît ni début ni fin, du moins dans son imaginaire, marqué par l’impression de durer toujours — laquelle gêne inévitablement l’achèvement de grands projets collectifs. À quoi bon se presser quand le temps, lui, n’est pas pressé ? » Ainsi, les rébellions de 1837-1838 et la Révolution tranquille n’auraient pas été des ruptures aussi nettes qu’on le dit, mais plutôt des projets inachevés.

En s’appuyant sur les événements du printemps 2012, l’auteur engage avec ses contemporains essayistes un dialogue fécond, dans lequel il interpellera notamment Mathieu Bock-Côté et Nicolas Langelier, reprochant au premier le regard qu’il pose sur la période pré-1960 : « Comme si l’année 1959 et tout ce qui précède étaient figés, extirpés et élevés au-dessus de la ligne du temps », et au second d’avoir cherché refuge dans les profondeurs de la forêt laurentienne dans la confusion du printemps 2012 : « Voilà le narrateur qui sacre son camp pour construire une cabane à l’abri de l’Histoire, comme beaucoup de personnages littéraires québécois, d’ailleurs. » À ses yeux, le Québécois est un Sisyphe moderne qu’il faut imaginer heureux. C’est par ces lignes qu’il conclut son essai : « Presque rien, mais un signal que la patience finira par se fatiguer d’elle-même et que la roche prendra le bord. »

L’idée selon laquelle un changement sociétal radical serait imminent et souhaitable est reprise par Roméo Bouchard dans son essai Constituer le Québec, préfacé par Gabriel Nadeau-constituer-le-quebecDubois. Ancien président de l’Union paysanne et coordonnateur de la Coalition pour la constituante (Parti des sans-partis), Bouchard est d’avis que les décisions de nos gouvernements ne sont pas le reflet de la volonté populaire et que notre démocratie est malade. En témoignent les taux d’abstention stratosphériques lors des élections et les ressemblances frappantes entre les programmes des partis. La solution qu’il propose ? Une refonte complète des règles du jeu politique. Pour réhabiliter la voix du peuple, il faudrait décentraliser le pouvoir, redonner une voix aux régions et surtout former une assemblée constituante citoyenne, clé de voûte de cette révolution démocratique. Citant la démocratie directe helvète en exemple, Bouchard présente l’assemblée constituante comme un remède à la crise de confiance actuelle envers les politiques. Ces changements d’envergure ne pourront se produire que s’ils sont amenés par une autorité politique assez forte pour les mettre en œuvre. Peut-on en rêver au pays de la permanence tranquille ?

(Remettre à demain : Essai sur la permanence tranquille au Québec, par Jonathan Livernois, Boréal, 152 p., 19,95 $, et Constituer le Québec, par Roméo Bouchard, Atelier 10, 112 p., 10,95 $)

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