Un vidéoclip, qu’ossa donne?

Mettre sa musique sur des images? L’idée est presque aussi vieille que le cinéma, mais elle a fortement pris racine dans la culture populaire il y a environ 35 ans.

Tournage du vidéoclip de la chanson «Faut pas se fier aux apparences», de Yann Perreau. (Photo: Bonsound)
Tournage du vidéoclip de la chanson «Faut pas se fier aux apparences», de Yann Perreau. (Photo: Bonsound)

Au début des années 1980, la chaîne de télévision MTV a servi de tremplin au vidéoclip, cette forme d’art qui est aussi un puissant levier de marketing. Mais aujourd’hui, avec sa diffusion rare au petit écran, est-il encore pertinent ou s’agit-il plutôt d’un reliquat d’une autre époque ?

Pertinent, le clip l’est peut-être plus que jamais, ont expliqué des travailleurs du milieu de la musique à L’actualité. De toute évidence, il est passé de nos téléviseurs à nos nouveaux écrans, ceux des ordinateurs, tablettes et autres téléphones dits intelligents. Il n’y a peut-être plus de canaux communs comme MusiquePlus pour en voir, mais il y a maintenant une multitude de plateformes sur lesquelles les visionner et les partager. Facebook et Twitter, par exemple, permettent une diffusion plus disparate, mais plus large, même à des internautes qui ne cherchent pas particulièrement de la musique en vidéo. Ce ne sont plus obligatoirement les gens qui vont au clip, mais c’est le clip qui arrive aux gens.

Chez Bonsound, une maison de disques et de production québécoise qui travaille entre autres avec Lisa LeBlanc, Dead Obies, Yann Perreau et Safia Nolin, lauréate du Félix du meilleur vidéoclip de l’année au dernier Gala de l’ADISQ, cet outil joue un rôle précieux. « C’est une excellente vitrine pour faire la promotion de nos artistes et de leurs albums, explique Alexandre Caron, chargé des contenus créatifs et du marketing. Le fait que tous nos clips soient présents sur des sites comme YouTube et Vimeo peut même nous ouvrir des portes à l’extérieur du Québec. Avec la grande place qu’occupent les réseaux sociaux et l’aspect visuel dans la carrière d’artistes qui font de la musique, nous trouvons qu’il est super important d’investir dans la création de contenus de qualité. »

Non seulement le clip vient à vous, mais il peut venir de loin et aller loin. Et permettre à des artistes d’ici de se faire voir ailleurs.

L’image est désormais partout dans la société. Avec des applications mobiles telles que Snapchat et Instagram, par exemple, photos et vidéos sont omniprésents dans la vie numérique de toute une génération. À tel point que de nombreux auditeurs préfèrent se créer des listes de lecture sur YouTube plutôt que d’acheter un album ou de l’écouter en continu.

Pour Martin Véronneau, dont l’entreprise de promotion, Local 9, s’occupe entre autres du groupe 2Frères, le vidéoclip est un élément très utile, notamment pour faire inviter ses artistes dans les émissions de télévision. « Les recherchistes et les animateurs veulent avoir du visuel pour appuyer les entrevues, qu’il soit extrêmement bien produit ou plutôt simpliste, dit-il. Si en plus les clips obtiennent de bons résultats de visionnement, on peut utiliser ça comme argument et comme un certain gage de succès. On a vu que ceux des 2Frères ont eu un très gros effet et ils ont certainement contribué à leur succès. »

Mais qu’en est-il du côté créatif, du récit, de la symbiose image-musique ? Le chanteur Jason Bajada, qui a fait paraître son sixième album, Volcano, en 2016, est allé jusqu’à tourner au Maroc pour le vidéoclip de la pièce « Demain vendredi ». « Beaucoup de gens écoutent la musique différemment lorsqu’une vidéo y est rattachée, croit-il. L’image peut très bien amplifier la musique et vice versa. Un mood visuel réussi va donner du sens à un morceau, lui apporter une certaine importance additionnelle. »

Mais du même souffle, Bajada souligne que si notre époque est très versée dans le visuel, elle a ses travers : « Je crois que, plus que jamais, cette image quasi essentielle est consommée et aussitôt jetée. C’est très rare que j’écoute un clip plus qu’une fois ou deux. »