Un vieux fantasme de Tremblay

Demain matin…, c’est la réalisation, 25 ans plus tard, d’un rêve de l’auteur: présenter une comédie musicale à grand déploiement, comme à Broadway.

L’humour populaire, qu’on savait rentable, subventionne désormais le théâtre. En effet, la comédie musicale Demain matin, Montréal m’attend est financée en grande partie par un jeune humoriste de 26 ans qui fait courir les foules… au Théâtre des Variétés!

Patrick Huard avait la couche aux fesses, en août 1970, quand Lola Lee et sa joyeuse troupe de travestis ont exécuté leurs premières «steppettes» sur la scène du Jardin des étoiles. Il n’a jamais vu la comédie musicale – ni aucune autre pièce de Michel Tremblay d’ailleurs – et ne l’a pas lue non plus. «Je me réserve la surprise», dit-il.

Au risque de la lui gâcher, rappelons que cette comédie a une histoire aussi brève à résumer que celle qu’elle raconte. Une jeune campagnarde gagne un concours de chant amateur et saute dans le premier autobus pour la grande ville, où, croit-elle, une glorieuse carrière l’attend. Elle compte sur sa soeur aînée, la célèbre Lola Lee, pour lui ouvrir toutes les portes. Mais la grande soeur a payé très cher son ascension au sommet et n’a que faire d’une rivale de plus. Pour la convaincre de retourner right back à Saint-Martin, elle entraîne la jeune ingénue dans une tournée des pires «trous» de la ville.

La présentation de la version originale en 1970 n’a pas provoqué d’hystérie collective. Le collègue René Homier-Roy exprimait dans La Presse son «regret de n’être pas emballé» par cette oeuvre inclassable, à mi-chemin entre le freak show et la revue musicale. Soulignons, à la décharge des auteurs, que cette production avait été montée à la hâte pour répondre à une commande de la Ville de Montréal.

Malgré la minceur du livret – le spectacle initial durait à peine une heure -, cette première ébauche contenait assez d’éléments prometteurs pour qu’on remette ça en mars 1972, au Théâtre Maisonneuve de la Place des Arts. Cette version améliorée, plus substantielle que la première (les auteurs avaient ajouté une dizaine de chansons), a été mieux reçue. Elle a gardé l’affiche pendant trois semaines avant de faire l’objet d’une courte tournée. Sauf erreur, Demain matin… n’a pas été rejouée depuis.

Bref, ce n’est pas tant le 25e anniversaire d’une oeuvre majeure dans la dramaturgie québécoise qu’on célèbre ces jours-ci que la réalisation d’un vieux fantasme de Michel Tremblay: faire de la comédie musicale à grand déploiement, comme à Broadway. «Avec 101 costumes et sept décors différents, ça va être un show comparable à Kiss of the Spider Woman», promet François Flamand, ami de longue date de Tremblay et instigateur du projet. Flamand, 38 ans, est aussi l’agent de Patrick Huard depuis cinq ans et son associé dans Sortie 22, la compagnie qui a investi 2,2 millions dans Demain matin…

Michel Tremblay a écrit les textes de trois nouvelles chansons et resserré un peu certains dialogues. François Dompierre a modernisé tous les arrangements musicaux, en plus d’écrire la musique de ces trois chansons.

Le texte, dans sa nouvelle mouture (publiée chez Leméac), est plus «politiquement correct», l’auteur ayant coupé surtout dans les échanges vitrioliques entre travestis. Il a un peu «déjoualisé la parlure», enlevant quelques jurons et troquant les «icitte» contre des «ici», les «ta yeule, toé!» contre des «veux-tu te taire, toi!». Il a aussi inventé un nouveau personnage pour Nathalie Simard, dont on fait grand état dans ce spectacle. Une bien modeste participation toutefois – neuf répliques -, mais un rôle de prostituée qui confirme que la jeune chanteuse a définitivement changé de village!

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