Une caisse de bons vins

Pour tous les goûts et toutes les occasions, une douzaine de bons vins choisis parmi les meilleurs du Guide du vin 2008.

Un rapport publié en mars dernier par l’Organisation Internationale de la Vigne et du Vin (OIV) indiquait que la consommation mondiale de vin avait progressé de 1,4 % en 2006, pour atteindre 241 millions d’hectolitres, soit l’équivalent de 32 milliards de bouteilles. Plus positif encore, à la suite d’une étude effectuée cette année pour le compte de Vinexpo, à Bordeaux, le cabinet britannique IWSR (International Wine and Spirit Record) estime que la consommation mondiale de vin devrait progresser de 9,15 % pendant la décennie 2001-2010.

Le Québec n’échappe pas à cette vague de civilisation. L’an dernier, la part du vin dans les ventes totales de la Société des alcools s’est encore accrue, pour atteindre 76,8 %. En moyenne, les Québécois boivent 18 litres de vin par année.

Pourquoi un tel engouement ? Parce que le vin est — ou devrait être — plus qu’une simple boisson industrielle. Le vin vrai, sincère et authentique est un produit culturel de premier ordre. Au moment de déboucher l’une ou l’autre des bonnes bouteilles recommandées ici, dites-vous que ce flacon transporte la saveur intacte d’un lieu, le goût d’un pays lointain.

Les 12 vins suivants sont autant d’invitations au plus exaltant des voyages sensoriels.

Blancs, d’abord. Ni chardonnay ni sauvignon — il fait bon parfois changer de refrain ! —, mais plutôt des vins issus de variétés moins répandues, dont la palette aromatique est pourtant gage d’originalité. Produite dans le sud de la France et composée des cépages locaux roussanne, viognier et grenache blanc, la cuvée Terre d’Argence 2005, Vin de Pays du Gard, du Domaine Mourgues du Grès, est un étonnant vin blanc vineux à souhait, titrant 14,5 % d’alcool et débordant de générosité (S-10783539 ; 23,10 $).

Encore plus dépaysant, le Savagnin 2003, Arbois, de Stéphane Tissot, présente le « goût de jaune » caractéristique des vins de voile du Jura français. Élevé en fûts partiellement remplis pendant trois ans, le vin se recouvre progressivement d’une flore levurienne favorisant une savante oxydation et prend ce goût de noix typique évoquant le xérès. Ce vin hors norme s’impose autant par ses saveurs denses, rehaussées par une acidité du tonnerre, que par sa tenue en bouche et sa longue finale. Accompagné d’un fromage comté, il fait un malheur à tout coup (S-10783871 ; 27,35 $).

L’Italie est aussi la source de remarquables vins blancs distinctifs. À l’est de Vérone, le cépage régional garganega donne l’épatant Monte Carbonare 2005, Soave Classico, du Domaine Suavia. Avec ses arômes tranchants de pierre à fusil auxquels se mêlent savamment des notes d’amandes et de miel, ce vin droit, aux saveurs franches et distinguées, compte parmi les meilleurs soaves offerts cette année (S-10706701 ; 30,25 $).

Au sud de Rome, en Campanie, le Domaine Colli di Lapio est la source d’un sensationnel Fiano di Avellino 2005. Ce vin sec et merveilleusement floral s’exprime avec une droiture et une densité aromatique franchement irrésistibles. C’est une occasion en or d’apprécier les vertus d’un cépage unique (S-10675976 ; 29,75 $).

Enfin, impossible de ne pas inclure dans cette courte liste le Riesling 2006, Hanwood Estate, de McWilliams, surtout que ce vin australien demi-sec friand et agréablement aromatique est depuis peu inscrit au répertoire général de la SAQ (C-10754607 ; 14,70 $).

Rouges, maintenant. À moins de 20 $, notez bien les quatre vins suivants :

Domaine La Guintrandy 2004, Le Deves, Côtes du Rhône-Villages Visan. Issu d’un grand millésime et élaboré principalement à partir de vieilles vignes de grenache, ce vin brille par son grain, son relief fruité, son volume et sa persistance (S-10678907 ; 17,80 $).

Domaine des 2 Ânes 2004, Fontanilles, Corbières. Au sud de Narbonne, ce domaine pratique une viticulture biologique et en tire ce délicieux vin charnu et tout en rondeur, aux accents minéraux fort distingués (S-10776275 ; 17,25 $).

De tous les vins rouges à moins de 20 $ distribués dans l’ensemble des magasins de la SAQ, le Duas Quintas 2004, Douro de Ramos Pinto fait figure de champion. Ce vin portugais issu des cépages tinta roriz, touriga franca et touriga nacional est particulièrement séveux et étoffé dans sa version 2004 (C-10237458 ; 17,30 $).

Établie en Argentine depuis fort longtemps, la maison champenoise Moët et Chandon produit maintenant un impeccable Terrazas de Los Andes 2006, Mendoza. De jeunes vignes de malbec cultivées à plus de 1 000 m d’altitude donnent un vin classique qui n’est pas sans rappeler de bons bordeaux (S-10692119 ; 14,65 $).

Enfin, pour que vous preniez un égal plaisir à goûter le classicisme de la vieille France et l’opulence du Nouveau Monde, les trois vins suivants vous combleront.

Domaine Gavoty 2003, Cuvée Clarendon, Côtes de Provence. Dans les collines de l’arrière-pays, se refusant à suivre les modes, la famille Gavoty produit ce vin raffiné, au profil quasi bordelais tant il est droit et idéalement équilibré (S-10783918 ; 24,30 $).

Et puisqu’il est question de bordeaux, retenez le Château Greysac 2003, Médoc ; un excellent vin, dont la précision du fruit et la tenue en bouche ne peuvent laisser indifférent, surtout lorsqu’elles sont déclinées avec autant d’élégance et de fraîcheur. Un nom à retenir pour l’amateur de bordeaux à l’affût d’aubaines (S-896274 ; 25,35 $).

Pour finir, un détour aux antipodes pour découvrir la savoureuse cuvée Miss Harry 2005, Vieilles vignes, Barossa Valley, du producteur Dean Hewitson. Un fructueux assemblage de grenache, de shiraz et de mourvèdre provenant de vignes de plus de 80 ans est la formule gagnante pour obtenir un vin séveux et costaud, déployant en bouche des couches de saveurs exotiques. Le vin australien dans ce qu’il a de plus sympathique à offrir (S-10256093 ; 23,85 $).

Michel Phaneuf est l’auteur du Guide du vin 2008, publié aux Éditions de l’Homme.